Autrement dit

Se marier... parce qu'on le peut!

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

Notre époque valorise énormément le sentiment amoureux. Dans nos rencontres quotidiennes, nous sommes à même de constater que les relations amoureuses occupent une place importante dans la vie de nos collègues et amis. Que ce soit parce qu'ils ont de la difficulté à rencontrer quelqu'un, à faire de bons choix, à établir une relation ou à s'engager, les gens se préoccupent beaucoup de leur vie amoureuse. À chacun, donc, de découvrir l’amour ou de le redécouvrir, de lui fermer la porte pour mieux le voir la défoncer, de lui jeter des regards méfiants pour mieux l’apercevoir en train de jouer son jeu à lui et, peut-être, le laisser gagner.

Que ce soit parce qu’ils ont depuis un certain temps une relation stable, harmonieuse et solide, et qu’ils pensent que c’est une suite logique à l’évolution de leur couple, certains gais et de lesbiennes pensent au mariage ou se sont mariés depuis que l’union entre personnes de même sexe est possible au Québec et au Canada.

Mais pourquoi se marier en 2010, me direz-vous? Pour certains, le mariage est un lieu d'oppression qui engendre, dans sa nature même, un rapport d'exploitation. Pour d'autres, il s’agit d’une institution passéiste, obsolète et porteuse d'aliénation. Toutefois, les valeurs d'engagement, de soutien réciproque qui s’y rattachent en séduisent plusieurs. C’est ce que démontre le reportage que l’équipe du magazine a réalisé en interviewant une dizaine de couples qui ont opté pour le mariage au cours des trois dernières années, et ce, bien qu’aucun d’entre eux n’y avait songé au début de leur relation.

Par leur mariage, la plupart des époux voulaient donner à leur couple une dimension sociale : on passe du couple privé au «couple officiellement déclaré et célébré comme tel par la famille et les amis». Par leur mariage, ces époux se sont engagés et être ensemble pour toujours, en connaissant chacun les défauts et lacunes de l’autre. Mais si ces époux se sont mariés, c’est aussi parce que c’est possible ici : «On nous l’a si longtemps interdit que, maintenant qu’on peut, on voulait le faire.»

Peu importe qu'on soit pour ou contre le mariage, l'égalité des gais et des lesbiennes n’aurait pu être atteinte sans que les couples de même sexe aient accès aux mêmes droits, obligations et institutions que les hétérosexuels, y compris l’institution du mariage. En ce sens, l'ouverture au mariage est venue mettre fin à une situation de discrimination qui ne faisait certes pas partie des valeurs fondamentales de l’ensemble des citoyens du Canada et du Québec.

La question n'est évidemment pas de savoir s'il faut se marier ou non. Loin de moi l'idée d'affirmer que les gais et les lesbiennes en couple devraient se marier. Libre à eux de le faire. Mais dans la longue marche vers la pleine égalité entre hétérosexuels et homosexuels, le mariage représentait l’une des étapes les plus importantes. Un enjeu encore brûlant d’actualité un peu partout dans le monde.

Ailleurs dans le monde...
Depuis le premier janvier, les députés portuguais ont voté la loi qui légalise le mariage pour les couples homosexuels (en revanche, ils ont rejeté d'autres propositions concernant l'adoption d'enfants). Le Portugal est devenu ainsi le 6e pays européen à légaliser le mariage pour les couples de même sexe, après les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne, la Norvège et la Suède. Les premiers mariages devraient avoir lieu au mois d'avril 2010, soit un mois avant la visite officielle du Pape Benoît XVI. C’est ce dernier qui doit être content...

Depuis le premier janvier, des couples gais et lesbiens se sont également ma-riés au New Hampshire, qui est devenu ainsi le cinquième état américain à célébrer les unions de personnes du même sexe. Et le symbolique Columbia District de Washington commencera à accorder des licences de mariage peu avant la Saint-Patrick.

En Californie, la loi qui confirme les droits des 18 000 couples, qui s'y sont mariés avant que la Proposition 8 ne mette fin au droit au mariage pour les personnes de même sexe, est entrée en vigueur au début de janvier. Cette loi garantit également à tout couple gai ou lesbien qui se marierait ailleurs le bénéfice des mêmes droits que ceux que la Califormie accorde aux couples mariés. En d'autres termes, il suffit à un couple gai d'aller se marier, par exemple, au New Hampshire pour bénéficier de l'égalité des droits en Californie. Tordu certes, mais efficace!

En Chine, l'homosexualité a connu une nouvelle avancée avec la publication en «une» du quotidien officiel China Daily d'une photo du premier «mariage» homosexuel dans le pays.

Une union qui reste symbolique — la Chine ne reconnaissant pas les unions homosexuelles —, mais qui dénote une certaine ouverture de la part du Parti Communiste chinois

Des lueurs d'espoir sont perceptibles pour les personnes LGBT dans certains pays de la planète, mais elles ne doi-vent pas faire oublier les combats considérables qu’il reste à mener, notam- ment en Afrique noire, en Asie, dans les pays musulmans surtout. Dans la vague qui déferle pour donner un cadre formel aux conjugalités gaies et lesbiennes, il ne faut pas oublier le mouvement de ressac toujours possible.
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