Remise d’un rapport d’enquête sur le

VIH/sida en milieu de travail : la méconnaissance et la désinformation font des ravages

Yves Lafontaine
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C’est ce mercredi 25 novembre 2009 que la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) présentait les conclusions d’une enquête menée auprès des Québécois sur le VIH/sida en milieu de travail. Cette étude révèle plusieurs statistiques troublantes. En effet, environ un répondant sur deux affirme qu’une personne vivant avec le VIH était rejetée par ses collègues (51,5 %) et/ou qu’elle faisait l’objet de rumeurs, de potins (47,7 %). En ce qui concerne le harcèlement, c’est un peu moins du tiers (30,9 %) des répondants qui a affirmé que la personne vivant avec le VIH en était victime, alors que le pourcentage pour les personnes atteintes d’une autre maladie chronique est de 6%. À la suite de ces révélations, nous ne devons pas nous étonner que 42,4 % des répondants affirment qu’ils seraient inquiets d’apprendre qu’un collègue qu’ils côtoient fréquemment au travail vit avec le VIH; ils affirment ensuite à 16 % qu’ils en aviseraient les autres collègues.

On dénombre, également, que trois répondants sur quatre (76,0 %) se disent en mesure de définir le VIH et le SIDA. Cependant, c’est un répondant sur deux qui échoue à l’énoncé les définissant le mieux. On conclut que la discrimination, la méconnaissance et la désinformation entraînent de graves conséquences dans la vie professionnelle des personnes atteintes.

Les chiffres déroutants ne s’arrêtent pas aux collègues de travail, puisque l’étude a également été menée auprès des dirigeants d’entreprise. Par exemple, près de 40 % des répondants éviteraient d’embaucher une personne atteinte du VIH/Sida s’il le pouvait. Le motif le plus fréquemment évoqué étant la crainte que l’employé devienne moins productif, moins performant ou doive s’absenter fréquemment de son travail.

Poussant le résonnement plus loin, l’enquête démontre une bouleversante corrélation entre le refus d’embauche et les assurances collectives. En effet, le coût des cotisations préoccupe les répondants dans les entreprises où les employés peuvent bénéficier d’assurances collectives et le tiers d’entre eux dit avoir subi des hausses de cotisations à cause d’un employé atteint d’une maladie chronique. Nous pouvons également conclure que la notion de confidentialité connaît de forts ratés puisque 45 % des répondants déclarent être au courant de certaines réclamations faites par des employés et dans 24 % des cas, ils connaissent l’identité des personnes prenant des médicaments au sein de leur équipe.

« Nous pouvons dire, à la lumière de ces résultats, que nous sommes tous égaux dans la maladie, mais les maladies ne sont pas égales entre elles », affirme M. Martin Dubé, président d’Axiome Marketing, responsable de l’étude.

Pistes de solution de la COCQ-SIDA
« Malheureusement, nous sommes peu surpris par les résultats. Chaque jour, nous sommes témoins de cas reflétant les données du sondage. Il est primordial qu’une rééducation se fasse afin de changer les fausses croyances et, ainsi, créer une prise de conscience majeure au sein de la population, des élus et des dirigeants d’entreprise », déclare Me Stéphanie Claivaz-Loranger, coordonnatrice du programme Droits de la personne et VIH/sida et coordonnatrice de la Table des associations de personnes vivant avec une maladie chronique ou épisodique.
Depuis 2006, la COCQ-SIDA et ses partenaires associatifs travaillent à la mise en place d’un comité multisectoriel de travail sur l’accès à emploi pour les personnes vivant avec une maladie chronique ou épisodique. Au cours de la dernière année, une étroite collaboration s’est établie avec la Direction de la Santé publique du Québec afin de créer ce comité. Cette collaboration a permis d’organiser une première rencontre exploratoire. Me Stéphanie Claivaz-Loranger espère que le processus de création du comité et la mise en place d’actions concrètes continueront d’être priorisés, car : « Les conclusions sont sans équivoques : en plus de porter atteinte aux droits de la personne, les obstacles à l’accès à l’emploi des personnes vivant avec une maladie chronique ou épisodique font perdre à la société québécoise une précieuse source d’expertise et de main d’œuvre».

L’étude - méthodologie
L’étude, menée par Axiome Marketing, avait pour but de tirer les grandes lignes de deux paramètres distincts. Le premier évaluait les différents comportements et attitudes adoptés au travail à l’endroit des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ou vivant avec une autre maladie chronique (PVMC), ainsi que leur connaissance reliée à la maladie. Le sondage téléphonique a été réalisé du 30 mars au 2 juin 2009 auprès de 1054 répondants, avec une marge d’erreur de 3,02 %, et ce, 19 fois sur 20. Une fois sur 20, la marge d’erreur est supérieure.

La deuxième partie de l’enquête voulait connaître les habitudes des dirigeants d’entreprise face aux employés potentiels ou en poste vivant avec le VIH ou une autre maladie chronique, ainsi que celui de l’impact de la couverture de ces personnes sur les primes d’assurance collective. L’enquête quantitative web compte 111 questionnaires complétés, entre le 21 septembre et le 9 novembre 2009. La marge d’erreur maximale est de 9,3 % et ce, 19 fois sur 20, la marge est supérieure, 1 fois sur 20.

La COCQ-SIDA regroupe les organismes communautaires québécois de lutte contre le VIH/sida afin de favoriser l’émergence et le soutien d’une action concertée. Pour ce faire, elle suscite, soutient et consolide l’action communautaire face à la lutte contre le VIH/sida sur le territoire québécois. Le regroupement solidarise les gens, unit les démarches, les actions et les ressources impliquées, dans le respect de l’autonomie de chacun des groupes- membres, pour répondre aux enjeux qui touchent les PVVIH et l’ensemble des populations à risque d’être infectées par le VIH du Québec.