En réaction à l'édito du mois de novembre 2009

Pour une société vraiment laïque ?

Logan Cartier
Commentaires
Je prends quelques instants pour réagir à votre texte « Pour une société vraiment laïque ». Je ne comprends pas votre position quand vous écrivez : « La question n'est pas de partir en chasse contre les religions, mais bien de les circonscrire au domaine du privé.» Ce commentaire, c'est de la même nature que « les homos, ça me dérange pas, en autant que ça paraisse pas ». Nous le savons bien : notre sexualité, on ne la vit pas strictement en privé. Ce n’est pas seulement une question de chambre à coucher. Tous nos rapports sociaux jusqu’aux objectifs qu’on se fixe pour soi-même sont façonnés par notre orientation sexuelle, par le parcours qui nous est propre.

La religion, c'est la même chose : on ne peut pas la cantonner au domaine du privé. Messieurs Bouchard et Taylor expliquent bien dans leur rapport que la religion ne se réduit pas à un credo intérieur. C’est faire preuve d’ignorance que de suggérer pareille réduction.

Ce qu'on doit dénoncer, par contre, ce sont les fonctionnaires frileux : quand une demande d’accommodement nous semble déraisonnable, il faut s'y opposer, quitte à débattre de la question devant les tribunaux. La Cour suprême vient justement de poser de nouvelles balises plus restrictives à la notion d'accommodement raisonnable dans une cause portant sur les photos de permis de conduire. Il faut s'en prendre à ceux qui manquent de courage, pas à ceux qui vivent leur religion avec sincérité dans toutes les sphères de leur vie.

Sur le même sujet, récemment, Pauline Marois a pressé le gouvernement de modifier la Charte des droits et libertés dans l’objectif de subordonner la liberté de religion au principe de l’égalité entre hommes et femmes. Or, la liberté de religion découle de la liberté de conscience. La liberté de religion, c’est une des formes que prend la liberté de conscience. Et la liberté de conscience, c’est la liberté d’asseoir toute sa conception du monde sur une croyance sincère qui n’a besoin d’aucune approbation extérieure.

Dans notre monde, les libertés sont simultanées, et c’est cette simultanéité qui définit les limites de chacune. En ce moment, le consensus social de l’égalité entre hommes et femmes est sur le même pied que mon droit de vivre suivant ma conscience. Dans le projet de Pauline Marois, mon droit de vivre suivant ma conscience devient un droit de deuxième classe. Selon Pauline Marois, le consensus a plus de valeur que ce que me dicte ma conscience.

Ne nous souvenons-nous pas, nous homosexuels, que jusqu’à tout récemment, notre seul réconfort contre la bêtise d’une société méprisante et notre seul guide, c’était la voix de notre conscience. La liberté de conscience, dont découle la liberté de religion, est tout aussi fondamentale que toute autre liberté, que tout autre principe. C’est ce que nous devons défendre.