Pas un crime mais de l'espoir

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

Un virus, pas un crime Il y a 22 ans, les États-Unis avaient interdit l’entrée sur le territoire américain aux étrangers séropositifs. Les États-Unis viennent de prendre les dispositions pour lever l'interdiction faite aux porteurs du virus du sida d'entrer sur leur territoire et la liberté de voyager sera restaurée à partir du 1er janvier 2010. On peut regretter que la fin de l'interdiction n’ait pas été étendue aux personnes séropositives ayant la volonté de s'installer aux États-Unis, mais à ce compte, le Canada non plus n’ouvre pas grand les bras aux séropositifs (à moins de raisons humanitaires ou de rapprochement de conjoints ou d’être accepté comme réfugié).

Actuellement, une dizaine d’autre pays dans le monde appliquent une telle réglementation. Il faut espérer que l'annonce de l’administration américaine aura un effet boule de neige, incitant des pays comme la Russie ou la Chine à remettre en cause, eux aussi, leurs politiques discriminatoires, fondées sur la peur plutôt que sur les faits.

La discrimination envers les séropositifs n’est évidemment pas l’appro-che à préconiser, pas plus que la criminalisation de la transmission du virus. Pourtant de plus en plus de pays condamnent des séropositifs à des peines de prison parfois très lourdes. Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes de cette épidémie. Alors que le VIH tend à devenir, grâce aux traitements antirétroviraux, une maladie chronique et que, d’une certaine façon, on assiste à une banalisation du sida, qui aurait cru que celle-ci s’accompagnerait d’une montée en puissance des législations qui font porter toute la responsabilité de la propagation de l’épidémie sur les séropositifs et les discriminent?

En avril 2009, un jury d’une cour de l’Ontario a reconnu coupable un homme séropositif de deux chefs d’accusation de meurtre avec préméditation et de 10 chefs d’accusation d’agression sexuelle grave. C’est la première fois au Canada qu’une personne séropositive, accusée d’avoir transmis le VIH, était trouvée coupable de meurtre prémédité. Le verdict d’homicide volontaire comporte une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

En assimilant la personne séropositive condamnée à un tueur, ce jugement vient renforcer dans l’opinion publique l’image du séropositif con-taminateur qui se moque de ses partenaires, ou qui souhaite sciemment transmettre le virus. De plus en plus d’études tendent à démontrer qu’en Amérique du Nord, la majorité des nouvelles contaminations proviennent de personnes nouvellement infectées qui ne connaissent pas nécessairement leur statut sérologique (au Canada, on estime que le tiers des personnes séropositives ignorent leur statut).

La criminalisation pointe la faute sur une seule personne au lieu de faire porter la responsabilité sur les deux. Le monde entier sait que les relations sexuelles non protégées sont potentiellement porteuses d’un danger. On ne peut plus prétendre que la personne séropositive est seule responsable et son partenaire une victime potentielle.

Le plus grand effet de la criminalisation est de renforcer la stigmatisation, l’ostracisme, la solitude, la peur et la crainte de poursuites criminelles. Des facteurs qui nourrissent la conviction que le VIH est une condition honteuse et qui découragent de se faire tester : pourquoi savoir si je suis infecté si je risque des poursuites ?

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L’irrésistible espoir
Le 24 septembre dernier, des chercheurs thaïlandais et américains annonçaient que la combinaison de deux vaccins, vieux de plus de dix ans et inefficaces individuellement, réduisait de 31,2% les risques d’infection par le virus du sida. L’essai avait été réalisé en Thaïlande sur une population de plus de 16 000 personnes. C’était la première fois en vingt ans que l’expérimentation d’un vaccin contre le sida donnait des résultats prometteurs, bien que non concluants.

Que peut-on en dire ? Les résultats sont modestes, mais une porte s’est ouverte, alors que jusqu’à présent elles se refermaient toutes. Nous sommes dans une situation paradoxale. Car ce double vaccin utilisé est un vieux produit sur lequel peu de chercheurs travaillent. En outre, les résultats complets de cet essai sont déroutants. Les volontaires étaient plutôt à risque faible concernant le VIH, et, au final, ce ne sont pas les volontaires les plus à risque qui ont été les mieux protégés par ce vaccin. Et la réponse immunitaire induite par la combinaison vaccinale reste faible. Cela dit, cette première bonne nouvelle sur le front du vaccin a manifestement «boosté» les chercheurs et redonné espoir en un vaccin. Actuellement, une vingtaine d’expérimentations sont en cours sur des vaccins thérapeutiques ou préventifs. Certains chercheurs essayent de comprendre pourquoi des patients, qui ont été infectés par le virus, voient leur système immunitaire se défendre avec efficacité. Pourquoi eux et pas les autres ?

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Tout en gardant l’espoir que des vaccins efficaces seront éventuellement développés pour éradiquer le VIH/sida, il ne faudrait pas oublier que le VIH est un virus, pas un crime. Il ne faudrait pas oublier, comme le dit l’artiste belge Philippe Geluck, que la prévention se transmet par la bouche, les yeux et les oreilles. Et que la solidarité se transmet par le cœur.


yveslafontaine@fugues.com