Et si nos vies ne valaient rien?

Steve Foster
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Le bilan mondial s’annonce des plus catastrophiques en matière de droits humains pour les membres des communautés LGBT en 2009. Depuis le début de l’année, l’on constate ici et là que ces droits sont bafoués. À titre d’exemple, on a vu en Russie des militantes et des militants être battus puis arrêtés lors d’une manifestation publique pacifique, et ce, avec la complicité des autorités policières. En Israël, des gais et des lesbiennes ont été tirés à bout portant. À Rome, des bars gais ont été la cible d’attentats à la bombe. Ailleurs, en Serbie, les organismes LGBT ont été forcés d’annuler leurs célébrations à la suite de menaces venant de groupes extrémistes. Plus au Sud, en Irak, une fatwa à l’encontre des gais et des lesbiennes a été proclamée avec, pour conséquence immédiate, un lot de meurtres et de tortures perpétrés, au vu et au su de tous, par des individus et par les autorités en place. Dans ce dernier cas, la Human Right Watch confirmait ces informations et publiait un rapport dénonçant l’horreur subie par les personnes homosexuelles en Irak. Intitulé « They Want Us Exterminated : Murder, Torture, Sexual Orientation and Gender in Iraq » (Ils veulent nous exterminer : meurtre, torture, orientation sexuelle et identité de genre en Irak).

Puis, comme si cela ne suffisait pas, tout récemment, le Président de la 64e Assemblée générale des Nations-Unies, M. Ali Abdussalam Treki, y est allé d’une déclaration outrageante en conférence de presse : «C’est un sujet très délicat, très sensible. En tant que musulman, je n’y suis pas favorable… [l’homosexualité] n’est pas acceptée dans la majorité des pays du monde. Et il y a des pays qui l’autorisent, en pensant que c’est une forme de démocratie… Je pense que ce n’est pas le cas.»

Quand l’homosexualité est jugée inacceptable et que sa décriminalisation n’est pas considérée comme une question de droits humains ni de démocratie par l’un des plus haut représentants à l’ONU, il est clair que nous sommes loin des principes de la «Déclaration non contrai-gnante appelant à la dépénalisation de l’homosexualité» signée à l’ONU, en décembre 2008, par 66 pays.

Ce qui m’enrage, c’est de voir que ces viols flagrants des droits de la personne, et plus particulièrement ceux des personnes LGBT, ne sont pas dénoncés par notre gouvernement canadien qui pourtant a signé ladite Déclaration de l’ONU. À chacune de ces occasions, le premier ministre Stephen Harper et son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, sont restés muets.

Que nous soyons battus, torturés ou assassinés, il semble que cela ne soit pas des motifs suffisants, à leurs yeux, pour dénoncer publiquement de tels sévices. Ces hommes se doivent de dénoncer ces pratiques horribles. Le Canada est un pays qui a toujours défendu les droits de l’homme à l’étranger et le gouvernement Harper doit défendre les droits de tous les êtres humains, y compris ceux des personnes LGBT, et continuer à être l’exemple qu’il a été depuis longtemps à ce sujet sur la scène mondiale.

Et ce ne sont pas les tribunes qui manquent pourtant… Encore faut-il y être présent! L’absence remarquée du Premier ministre canadien lors de l’ouverture de la 64e législation de l’Assemblée générale de l’ONU est symptomatique de l’effacement du Canada sur la scène diplomatique, notamment au niveau de la promotion des Droits de l’Homme. L’ex-ambassadrice du Canada en Europe et à l'UNESCO, Marie Bernard-Meunier, s’inquiétait d’ailleurs récemment de cette question dans une entrevue offerte au journal Forum de l’Université de Montréal. «Sur la scène internationale, disait-elle, le Canada a un passé trop riche pour se contenter d'un avenir médiocre.»
Pour poursuivre dans la même logique, comment le Canada, qui a marqué l’histoire en devenant l’un des premiers pays à légaliser les mariages homosexuels peut-il, quelques années plus tard, pratiquer la politique du silence lorsque survient la question de la défense de leurs droits à l’international? Cela veut-il dire que les personnes LGBT sont des citoyennes et des citoyens de second rang, que nous n’avons pas droit à l’intégrité de nos personnes et au respect minimal comme tout autre individu? Pour eux, nos vies n’ont-elles aucune valeur?

Dans ces conditions, il m’apparaît plus que jamais important de revendiquer fortement notre droit à l’égalité juridique et sociale où que nous soyons sur cette planète. Nous avons le devoir de montrer nos contributions individuelles et collectives au développement de la société. Il n’est plus question ici d’être consi-déré comme citoyennes et citoyens uniquement lors de nos déclarations d’impôt.

 
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  • Il n'y a que 6 pays qui ont adopté le mariage gai sur la planète... une goutte d'eau dans l'océan...! Publié le 29/10/2009
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