Souvenirs de vacances...

Turkish delight

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Il y a des mois où je n’ai aucune espèce d’idée de quoi vous parler et, d’autres fois, les sujets se bousculent dans ma tête comme une gang de madames de Verdun lâchées lousses dans un Dollorama. Ce mois-ci, j’aurais pu vous parler des élections municipales (mais je sais que la politique ça vous donne de l’urticaire), du 20e anniversaire de carrière de ma chum Nana (vous regarderez la pub en bas de ma page), de la popularité constante de Stupid Harper (après, vous vous demandez si l’indépendance est encore nécessaire!), du show magique de Kylie à Toronto (mais ça ne me tente pas de partir un débat avec les fans de Madonna) ou encore de mes 20 ans chez Fugues (ben oui, j’ai écrit ma première chronique en octobre 1989, j’avais 9 ans à l’époque!). Mais, à la place, j’ai choisi, au risque de me faire haïr, de vous raconter mon voyage en Turquie. Ben oui, la chienne en est à son 4e voyage cette année, et l’année est même pas encore finie.

Mais, d’abord, y’as-tu quelqu’un qui peut m’expliquer pourquoi c’est si compliqué de prendre l’avion? Répondez-moi pas que c’est à cause du 11 septembre, parce qu’il va falloir en revenir du terrorisme galopant. Si on ne me demande pas de montrer mon passeport 15 fois, on ne me le demande pas pantoute. Hey, les codingues, si j’me suis rendue jusqu’à l’avion, c’est peut-être parce que j’ai passé les douanes avec mon passeport. C’est vrai, entre le premier et le soixantième contrôle, j’aurais pu l’échanger contre un billet de première classe à un taliban! Et c’est quoi cette façon de me regarder comme si je venais d’égorger un cochon? On vous a pas appris à sourire dans vos cours de douaniers?
Chaque fois que je passe une douane, j’ai une poussée d’eczéma pis le poil du nez qui frise. Pis c’est quoi le trip de mettre la moitié de ma sacoche dans un Ziplog? J’ai comme pas envie qu’on sache que je me promène avec du KY et que je porte du parfum cheap de chez Jean Coutu. Et on peux-tu parler des bouteilles d’eau? Y’a la moitié de la planète qui boit même pas une goutte d’eau par semaine pis nous autres on en jette des millions de litres par jour. Si je la bois devant vous autres, c’est peut-être parce qu’y’a pas de nitroglycérine dedans! Ça prouve rien? Ben, mettez-moé dans la machine à rayons X d’abord, vous allez ben voir que j’ai rien d’autre qu’une cuisse de poulet dégueulasse dans le ventre.
Mais le pire c’est le retour. Non j’ai pas ramené de bouffe, je fume pas; j’ai juste 2 bouteilles d’alcool; j’ai acheté des cadeaux, des Cds, du linge; c’était un voyage d’agrément, j’ai pas travaillé là-bas, j’ai fait ma valise toute seule. Coudon, tant qu’à y être, voulez-vous savoir combien de fois j’ai pissé dans l’avion? Mais ce ne sont pas ces malencontreux inconvénients aéroportuaires qui vont m’empêcher de voyager. C’est la deuxième fois que j’allais en Turquie et je peux vous dire tout de suite qu’il risque bien d’y avoir une troisième fois. Je sais pas ce qui m’attire tant que ça là-bas. C’est pourtant pas le plus beau pays que j’ai visité malgré son charme incontesté. Par exemple, Istanbul a tous les atouts d’une ville désagréable: trop grande, trop polluée, trop de monde, trop de chars, trop de vendeurs de cochonneries, trop de femmes voilées, trop de toute. Mais demandez-moi pas pourquoi, depuis le premier jour où j’ai foulé le sol de l’ancienne Constantinople, je m’y suis sentie tout de suite à l’aise. Le feeling qu’on ressent pour un endroit ou quelqu’un ne s’explique pas.
Moi, dans la vie, j’aime ou j’aime pas. Pas besoin d’expliquer pourquoi. Mes sentiments ne sont pas matière à analyse. Mais attention, je ne suis pas en train de vous dire que la Turquie, c’est laid. La Cappadoce est une région
magnifique et envoûtante; Izmir est une ville charmante et grouillante de vie, Ephesus la mythique, la mystérieuse, renferme des trésors de temples grecs et romains; les plages de la mer Egée sont paradisiaques; et que dire de tous ces petits villages d’une simplicité et d’une hospitalité désarmantes.
Oui, mes chéris, les Turcs aiment et savent recevoir. Et cette chère Istanbul qui regorge de constructions toutes plus impressionnantes les unes que les autres : la Mosquée Bleue, l’Aya Sofia ou le palais Topkapi pour n’en nommer que quelques-uns. Et où on y mange (miam, le bon koftë) mieux que dans la plupart des grandes capitales de ce monde, Paris y compris. Et je ne vous parle même pas de la beauté troublante des hommes turcs, Leur regard profond, leur mono sourcil, leurs lèvres charnues et leur torse velu sont assez d’atouts pour humidifier mon fond de culotte ! Pas besoin de vous dire que j’ai eu les mamelons sur les hautes en permanence. Et cela malgré leur personnalité pas toujours évidente. Parce que, plus souvent qu’autrement, soit ils se la jouent un peu trop macho à mon goût, et ce même si les hommes (hétéros et gais confondus) se promènent bras dessus, bras dessous en pleine rue, ou c’est soit qu’ils sont à la limite de la folle insupportable, tsé le genre qu’on croise dans un couloir du sauna Oasis. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne s’amuse pas.
Au contraire, les Turcs aiment le party, y’a pas de doute. Les rues et les bars débordent de monde jusqu’aux petites heures du matin. Et ils aiment boire aussi; comme moi, un peu trop. Et ce, même si les drinks coûtent en moyenne 10$ voire 20$ (oui, vous avez bien lu) dans certains bars à la mode. J’peux quand même vous dire que le Raku (l’alcool national) a coulé à flots plutôt quinze fois qu’une en compagnie de mon ami Guy (un Québécois qui vit à Istanbul avec son chum turc) et Candan (un Turc qui vit à Montréal avec son chum québécois) pendant mes vacances. Et que dire de leur musique, tellement hot que j’ai dû perdre une bonne dizaine de livres à me trémousser sur les hits de la turkish pop sur la piste de danse du Tek Yon ( LE club gai d’Istanbul ). Vraiment, mes chéris, y’a juste en Turquie où je peux danser des heures sur de la musique que je comprends «sweet fuck all» les paroles sans me tanner.

Mais là où les touristes sexuels risquent d’être déçus, c’est quand il est temps de passer à l’acte dans une toilette, dans une cabine de sauna ou sur le divan de votre conquête d’un soir. Car voyez-vous, la Turquie est encore un pays à majorité musulmane et, même s’ils ont tout du profil de l’obsédé sexuel, côté cul, c’est pas San Francisco. Pas de sauna, à part quelques hammams où les attouchements subtils sont tolérés (et j’entends par subtils, cachés dans le fond d’une toilette avec une guenille dans la bouche pour pas faire de bruit) et dans les clubs, même si les rencontres sont assez faciles, les toilettes, c’est pour pisser et bonne chance pour le ramener à la maison. C’est soit qu’il ne peut pas se séparer de sa gang, qu’il reste chez sa maman, ou bien qu’il ne baise pas le premier soir (tiens on se croirait à Québec).

Mais ça m’a pas empêchée de frenchée la moitié de la ville (ma chum Patsie a frenché l’autre moitié) et comme il paraît qu’il y a 12 millions d’habitants à Istanbul, ça veut dire qu’il m’en reste 6 millions à plotter. Pas le choix, faut que j’y retourne! Mais as-tu réussi à coucher quand même? Voyons, mes chéris, vous me connaissez mieux que ça. Vous savez très bien que ça prend plus qu’une gang d’amis et une mère encombrante pour m’empêcher d’arriver à mes fins. Deux fois, tout de même, j’ai passé la nuit dans un hôtel de passe rempli de coquerelles alors que j’avais une belle chambre avec vue sur le Bosphore dans un hôtel 4 étoiles parce que mon bel hôtel chic m’interdisait l’accès à ma chambre accompagnée d’un Turc. Frustrant, vous dites? Vraiment pas! Baiser avec un Turc, ça vaut toute la tapisserie qui décolle, la moisissure sur les murs et les tapis couverts de brûlures de cigarettes du monde.

Ah, ma Turquie chérie, comment vais-je faire pour passer une autre année sans toi? Ta joie de vivre, ton hospitalité, ton sourire, ton charme, ta beauté, ta douce folie, tes nuits sans fin, tes hommes poilus, tes femmes sexy, tes vieux chialeux, tes jeunes surexcités, tes derviches tourneurs, tes fumeurs de narguilé, tes milliers de chats errants, tes poules pas de dents, tes chèvres en plein centre-ville, ton lait caillé, tes odeurs d’épices et de swing, mais surtout, ton peuple chaleureux, accueillant et si attachant, me manqueront terriblement. Hosça kalin, comme on dit par chez vous, et «à la r’voyure», comme on dit cheu nous!



 

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Mais, d’abord, y’as-tu quelqu’un qui peut m’expliquer pourquoi c’est si compliqué de prendre l’avion (...)

Publié le 16 octobre 2009

par Mado Lamotte

   
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Anciens commentaires

  • Bonjour, Est-il possible d'avoir l'adresse mail de Mado ? J'ai vécu au Québec de 93 à 96 et elle a fait partie de mon univers montréalais pendant ces années, une vraie parenthèse enchantée dans ma vie. Merci d'avance. Renaud de Strasbourg Publié le 02/11/2009
  • Chère Mado, Pour avoir visité la Turquie comme toi, je suis aussi épris que toi de ce pays...pas toujours pour les mêmes raisons mais..épris de ce pays envoûtant! Grace à toi, la communauté gai saura mieux le découvrir! Publié le 03/04/2010