Il faut voter même si...

Steve Foster
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L’année 2009 sera (encore!) une année électorale au Québec, officiellement au niveau municipal et possiblement au niveau fédéral. Faire des promesses creuses, discréditer l’adversaire et développer un argumentaire démagogique feront probablement encore partie du menu. Avec les faibles taux de participation enregistrés au cours des dernières années, un réel défi attend nos politiciens : établirons-nous de nouveaux records d’abstention? Depuis de nombreuses années, le taux de votation, aux différents paliers de gouvernement, ne cesse de diminuer. À la dernière élection fédérale, en 2008, seulement 58,8 % des électrices et électeurs inscrits se sont prévalus de leur droit de vote. Un nouveau record du plus bas taux de participation à une élection canadienne depuis 1867 a ainsi été établi.

Au Québec, il faut remonter aux années 1920 pour retrouver un taux avoisinant celui de 2008, soit 57%. Au municipal, lors de la dernière campagne, le pourcentage du suffrage exprimé avoisinait les 35%, selon l’endroit. Avec ces résultats peu reluisants, nous pourrions déduire que nous n’avons aucune considération pour notre démocratie et que nous n’avons plus d’intérêt pour la politique.

Mais rien n’est plus faux! La population se passionne pour la politique. Il suffit de nous remémorer la dernière course à la chefferie démocrate et à la présidentielle américaine qui a mené à l’élection de Barack Obama. Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, il n’y a pas eu une journée où l’on ne m’a pas parlé de ce qui se passait chez nos voisins du sud. Encore plus étonnant que la multitude de conversations sur le sujet, l’enthousiasme avec lequel les gens en parlaient était rafraîchissant.

Notre histoire récente nous démontre aussi que certains chefs de parti ont su enflammer et intéresser les citoyennes et citoyens à la vie politique. Pensons à René Lévesque, Brian Mulroney et Pierre Elliott Trudeau qui, chacun à leur manière, ont captivé le cœur et l’esprit de la population. Nous avons donc connu, nous aussi, des « Obamanie » avec des taux de participation avoisinant les 80% au cours des années 1970-80.

Et que dire du référendum de 1995 où près de 94% des Québécoises et Québécois ont exercé leur droit de vote? Donc, quand les citoyens se sentent concernés par les enjeux et que des leaders savent susciter l’intérêt de l’électorat pour les questions politiques, économiques, sociales ou autres, le peuple est au rendez-vous.
Alors, qu’est-ce qui est à la source de ce désengagement de plus en plus grand des électeurs envers leur responsabilité de citoyen? En écoutant les gens parler de politique, le comportement des élus arrive au premier rang des raisons de ce désengagement. Ils ont carrément l’impression de se faire flouer par les politiciens et que ces derniers n’hésitent pas à les prendre pour des valises!

Facile de les comprendre lorsque l’on constate qu’entre deux élections, tout questionnement concernant le désaveu de la population est balayé du revers de la main. Exit la réflexion sur certaines habitudes politiques. Pourquoi remettre en cause les nominations partisanes au Sénat? Pourquoi adopter un nouveau mode de scrutin quand celui-ci nous permet de conserver le pou- voir avec l’aide d’un redécoupage électoral qui nous favorise? Pourquoi appliquer les recommandations de rapports chèrement financés, puisque nous avons de si belles tablettes au parlement? Puis, quant à rire du bon peuple, aussi bien le faire avec panache : pourquoi adopter un code de déontologie et d’éthique, alors que l’on est prêt à l’enfreindre tant que l’on ne se retrouve pas coincé dans quelques scandales bien juteux?

Après cela, les politiciens s’étonnent de constater que nous ne leur accordons pas notre estime. Si les gestionnaires d’organismes communautaires optaient pour les mêmes pratiques de gouvernance, il y a longtemps que nous les aurions lapidés sur la place publique. Il est donc étonnant de constater qu’une seconde révolution citoyenne un peu moins tranquille que la première ne soit pas en train de se fomenter…

•••

Mais, en entendant, à la vue des prochaines élections fédérales, rappelons que des questions fort importantes pour notre société et la communauté LGBT seront encore à l’ordre du jour. Dans l’urne, assurons-nous de choisir un parti politique qui a, entre autres, comme préoccupations la préservation de nos droits civils durement acquis au cours de la dernière décennie, tels que le mariage, la préservation du libre choix des femmes en matière d’avortement, et d’assurer un financement aux festivals LGBT équi-valent à ce que reçoivent tous les autres festivals. Les dernières années nous ont démontré qu’aucun droit n’est acquis éternellement et que le conservatisme ne cherche qu’à effectuer, tôt ou tard, un retour en arrière…

Steve Foster
Président-directeur général du Conseil
québécois des gais et lesbiennes www.cqgl.ca


 
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Anciens commentaires

  • Ton niveau de conscience sociale est un réconfort et redonne confiance en l'avenir. Nous avons, à mon époque et aujourd'hui encore, donné un sens au mot démocratie, nation, répartition des biens et richesses et filet social pour tous... En 50 ans, nous sommes passés d'une nation agricole à une société moderne, lettrée et consciente de sa culture et du monde. La première fois que je suis allé en Europe, ma grand-mère organisait, tous les soirs, pendant 9 jours avant mon départ, la récitation des rosaires chez elle, pour tous les membres de la grande famille, des terriens, cultivateurs qui trimaient 14 heures par jour. Ne me dites pas qu'il n'y a pas eu un bond phénoménal du Québec depuis ce temps... Toute mon amitié et ma tendresse mon beau Steve... Publié le 29/09/2009
  • Il est bien de notre responsabilité, a nous politiciens, de faire en sorte que nos paroles soient le reflet des préoccupations des gens. C’est si simple... et si complique en même temps. Merci de cet article. France Gagné Candidat du Bloc Québécois Circoncription de Louis-Saint-Laurent Publié le 30/09/2009
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  • Ton niveau de conscience sociale est un réconfort et redonne confiance en l'avenir. Nous avons, à mon époque et aujourd'hui encore, donné un sens au mot démocratie, nation, répartition des biens et richesses et filet social pour tous... En 50 ans, nous sommes passés d'une nation agricole à une société moderne, lettrée et consciente de sa culture et du monde. La première fois que je suis allé en Europe, ma grand-mère organisait, tous les soirs, pendant 9 jours avant mon départ, la récitation des rosaires chez elle, pour tous les membres de la grande famille, des terriens, cultivateurs qui trimaient 14 heures par jour. Ne me dites pas qu'il n'y a pas eu un bond phénoménal du Québec depuis ce temps... Toute mon amitié et ma tendresse mon beau Steve... Publié le 29/09/2009
  • Il est bien de notre responsabilité, a nous politiciens, de faire en sorte que nos paroles soient le reflet des préoccupations des gens. C’est si simple... et si complique en même temps. Merci de cet article. France Gagné Candidat du Bloc Québécois Circoncription de Louis-Saint-Laurent Publié le 30/09/2009