Des ministères pas tous égaux face à l'homophobie!

Steve Foster
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Le 20 mai dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) rendait public son « Bilan sur le suivi des recommandations » du Rapport de consultation du groupe de travail mixte contre l’homophobie. Publié en mars 2007, ce Rapport intitulé « De l’égalité juridique à l’égalité sociale : vers une stratégie nationale de lutte contre l’homophobie » fut le résultat d’une action concertée de représentants des ministères et des organismes publics ainsi que de partenaires des milieux communautaires, syndicaux et universitaires. Les recommandations du Rapport, adressées au gouvernement, visaient à assurer une participation citoyenne pleine et entière des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et transgenres dans toutes les sphères de la société québécoise. Quand est-il deux ans plus tard ? La Commission dresse trois grands constats :

1 – L’homophobie existe au Québec et sévit à différents degrés, sous des manifestations diverses et ce dans tous les secteurs analysés.

2 – Il existe différentes mesures et initiatives institutionnelles dont nous pouvons nous inspirer pour rendre plus efficace notre action contre l’homophobie dans la société québécoise, ainsi que dans les organismes publics et parapublics.

3 – Il y a des besoins importants non comblés qui ont été identifiés dans l’ensemble des secteurs examinés : le manque d’information, de sensibilisation et de formation; le manque d’accessibilité et d’adaptation des services; le manque de connaissances étayées par des recherches; le manque de soutien et de ressources pour les personnes en difficultés et les organismes communautaires qui leur viennent en aide.

De plus, la CDPDJ constate, à l’aide des comptes-rendus fournis par les différents ministères, que tous n’ont pas appliqué les recommandations et que dans certains cas, elles ont même été rejetées. En fait, à l’exception de quelques ministères comme celui de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), ces instances ont mit peu de nouvelles mesures en place quant à celles appliquées antérieurement au Rapport, elles ne permettent pas de répondre efficacement aux besoins des personnes LGBT, plus particulièrement, ceux des lesbiennes, des jeunes, des aînés et des familles homoparentales. Par exemple au ministère de la Santé et des Services sociaux, les mesures ont été majoritairement effectuées en prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) et en prévention des drogues de synthèses. Toutefois, aucune action n’a été posée en santé globale ! La CDPDJ constate aussi que les nouvelles mesures réalisées depuis 2007 ou celles annoncées, dans la très grande majorité des ministères, ne semblent pas toucher davantage ces clientèles déjà délaissées, sauf en de rares exceptions.

En fait, pour le CQGL, il apparait évident, à la lecture du bilan de la CDPDJ, que pour assurer notre égalité sociale, une politique nationale de lutte à l’homophobie, à la lesbophobie et à la transphobie est essentielle. Le gouvernement ne peut laisser au bon vouloir de chaque ministère et de ses représentants le loisir d’appliquer ou non des mesures visant à contrer la discrimination des personnes des communautés LGBT. Heureusement la ministre de la justice, Mme Kathleen Weil, s’est récemment engagée à adopter une politique d’ici la fin de l’année. Cependant, le Conseil (CQGL), tout comme ses partenaires dans ce dossier, croit que toute bonne politique se doit d’être arrimée à un plan d’action clair accompagné de ressources nécessaires à son application. D’ailleurs, le CQGL espère que la ministre utilisera les expertises de nos organismes dans la conception de son plan d’action afin d’en assurer son efficience. Il serait dommage, vraiment dommage, que nous nous retrouvions avec des orientations et des projets ne permettant pas de répondre adéquatement aux besoins et aux préoccupations que nous avons!

Steve Foster, est Président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes www.cqgl.ca

Pour lire le Bilan de la CDPDJ www.cdpdj.qc.ca
Le CQGL (anciennement la TCLGQ) est membre du Groupe de travail mixte. Il poursuit actuellement son implication au sein du Comité de suivi aves ses partenaires des milieux communautaires et syndicaux.