Un groupe gai Au Coeur des Familles Agricoles

Homos ruraux

Michel Joanny-Furtin
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L'organisme « Au Cœur des Familles Agricoles » a mis sur pied depuis octobre 2007 un club d'agriculteurs homosexuels en Montérégie. Un projet courageux et formateur dans un milieu curieusement moins fermé qu’on voulait le croire. Rencontre avec les protagonistes.

«Peu importe l’orientation sexuelle, tous traversent les mêmes conditions difficiles, horaires élargis, sept jours sur sept, climat, éloignement et… solitude, mais il y a en chacun et chacune la même passion. Gai ou pas, c’est un être humain d’abord.»

La personne qui parle ainsi s’appelle Maria Labrecque-Duchesneau, directrice générale de l’organisme à but non-lucratif, Au Cœur des Familles Agricoles. Intervenante psychosociale, elle a pour mission d’aider les gens en difficulté. «Je suis un peu comme une grande sœur.» On la surnomme Mère Maria… et ça l’amuse beaucoup.
«Ici, que l’on soit producteur laitier ou agricole, tout le monde est en affaires avec tout le monde. Milieu de vie et milieu de travail ne font qu’un, précise Maria. Le milieu rural est plus ardu, physiquement exigeant, viril, voire machiste. Le prolongement familial, la transmission du patrimoine sont des thèmes très forts en milieu agricole.»
«Des membres de l’association m’ont parlé de leur condition et de leur solitude, et de la difficulté de trouver l’âme sœur et encore plus si c’est une ‘‘âme frère’’, raconte-t-elle. Alors, j’ai proposé à quelques-uns de se rassembler pour organiser des activités communes, se reconnaître et s’entraider. C’est un groupe social, pas un club de rencontres.»

«En raison des travaux agricoles et des distances, le groupe se réunit seulement tous les deux mois, mais ce sont des moments très vivants et chaleureux. Parfois, étant hétérosexuelle, je m’y sens même un peu étrangère , sourit-elle. Ma job, c’est de faciliter la prise de parole, de démythifier les a priori et de faire tomber les peurs. Lors de notre assemblée générale, quand je prends un gai dans mes bras, je dis aux autres que ça ne s’attrape pas. C’est le message que j’essaie de faire passer à ma manière et avec le sourire. » Et il semble que ça marche.


« La société change, même si c’est plus lent en milieu rural, pense Maria. Curieusement, deux femmes sur la même exploitation agricole, ça pose moins de questionnement que deux hommes. On parle d’abord d’un nouvel employé puis le voisinage constate que cet employé est là soir et matin. Vivre dans la marginalité y est donc très difficile. Ici tout le monde se connaît, alors on reste dans le placard.»

Ce groupe social - «qui n’est pas un club de rencontres», rappelle Louis David, un des coordonnateurs - n’a pas encore de nom. «On existe pour se reconnaître, échanger, se soutenir, faire des activités ensemble (cabanes à sucre, sorties vélos, visites, randonnées, fêtes, etc.) et contrer la solitude. Beaucoup sont encore célibataires après la trentaine. La dureté de la vie agricole ne favorise pas les couples.»

Le groupe rassemble une quinzaine de membres, dont certains viennent même des Laurentides ou de Victoriaville, et se développe sans affichage tapageur grâce au réseau privé qui fait le relais de l’un à l’autre.
«Le groupe permet de créer des connaissances et tisser de liens dans une communauté d’intérêts et d’écoute», témoigne Serge Lampron, producteur de bœuf et veau.

Personnalité plutôt extravertie, Serge a témoigné de son orientation sexuelle dans les pages du journal Le Coopérateur agricole l’été dernier. «Cela m’a attiré le respect au sein de ma communauté rurale, relate Serge. La reconnaissance de ma différence a permis à certains de comprendre et d’avancer. Il n’y avait plus rien à dire puisque c’était connu de tous et officiel. L’affirmation a fait taire les commentaires et faciliter l’acceptation!»

Au Coeur des Familles Agricoles,
1111, rue Gladu, à Marieville. T. 450 460-4632
www.acfareseaux.qc.ca

 

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Publié le 20 mai 2009

par Michel Joanny-Furtin