Immigration - Réfugié

Le droit à l'épanouissement pour Patrick passe par le Canada

Denis-Daniel Boullé
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On le sait, mais on ne veut pas de détails, et pourtant. Pour Patrick Yousse, jeune came-rounais, une année dans les prisons de Yaoundé a brisé sa vie. Rejeté par sa famille, ses amis, les prisonniers, il est celui dont le nom et le visage faisant la une des journaux papiers et télévisés. Sa vie a basculé en une journée, à la suite d’une plainte qu’il dépose pour le vol de son cellulaire. Les dates, il les connaît par cœur. Celle de l’arrestation, celle du procès filmé dont les journaux et les télés ont rendu compte… Celle du jour de sa libération, celles de son séjour en Tunisie, puis celle enfin de son arrivée au Canada. Difficile pour lui de se soustraire aux souvenirs de ce cauchemar qui commence le 8 février 2006.

«Je suis retourné au commissariat pour avoir des nouvelles de la plainte que j’avais déposée, sans savoir que la personne contre qui je portais plainte avait déclaré aux policiers que j’avais eu des relations sexuelles avec elle», se souvient Patrick. Les policiers le retiennent, lui reprochant de n’avoir pas tout dit. «Bastonné», selon ses propres termes, par plusieurs policiers, Patrick Yousse, épuisé, finira par déclarer qu’il est homosexuel. Envoyé en cellule où il restera 9 jours, il n’aura aucun contact avec l’extérieur : ni le droit de contacter un avocat ni celui de contacter sa famille. Comme ses aveux ne suffisent pas et qu’il faut la preuve d’un médecin, Patrick, sous bonne escorte sera examiné à l’hôpital pour un toucher rectal, qui se fera sans qu’on lui retire les menottes. «Les infirmières et les malades sont sortis dans les couloirs et m’insultaient à mon passage. Jamais je n’avais connu autant d’humiliation, ni ressenti autant de honte. Je ne sais combien il y avait de personnes, mais c’était une foule. Je marchais la tête baissée. Plusieurs fois, j’ai dû me retrouver face à des foules qui m’injuriaient et dans lesquelles je pouvais reconnaître mes tantes, mes cousins hurlant au déshonneur.»

Aveux et attestation du médecin en main, les autorités signent le mandat d’écrou et Patrick est conduit en prison. Dans une pièce donnant sur une cour se terminant sur un mur, Patrick partage un espace réduit avec une cinquantaine d’autres détenus. En tant qu’homosexuel, il est considéré comme le plus bas des criminels et devra donc faire face aux agressions verbales et physiques de nombreux prisonniers. «Je survivais sans savoir quand j’arrivais à m’endormir et si je n’allais pas être tué pendant mon sommeil.»

Cinq jours plus tard, au cours d’un procès médiatisé, et sans que Patrick ne puisse bénéficier des services d’un avocat, il est condamné à un an de prison et a environ 2000 francs CFA (environ 50 dollars). Sous les caméras et la foule qui le conspue, Patrick retourne en prison.

Un an, une éternité. La vie s’est arrêtée pour lui. Il pense même qu’il ne sortira jamais. Patrick ne fera pas appel de la décision de peur de perdre et de subir une condamnation plus lourde. «En prison, j’étais toujours sur mes gardes, de peur d’être agressé sexuellement. Les gars avaient interdiction de me parler sinon les autres allaient dire à leur famille qu’ils étaient homosexuels et leur famille les rejetterait.»

Me Alice Knom, qui s’est chargée du dossier de 11 autres homosexuels arrêtés quelque temps avant Patrick, tente de négocier avec les procureurs et le juge pour que Patrick puisse bénéficier de la «corvée», c’est-à-dire qu’il puisse sortir dans la journée et retourné au centre pénitencier la nuit, mais sans succès. Avec très peu de contacts avec les autres prisonniers, aucun avec l’extérieur sinon avec son avocate, Patrick n’envisage même plus la libération.

Pourtant le 26 janvier 2007, il est libéré mais pour se retrouver à la rue. «Quand je suis sorti, tout le monde m’a tourné le dos, la famille bien sûr mais les amis aussi. Je n’avais aucun soutien, ni aucun endroit où aller habiter. J’ai donc décidé de changer de ville.»

Patrick sait qu’avec un casier judiciaire comportant une condamnation pour homosexualité, il n’a aucun avenir au Cameroun. Avec l’aide d’un prêtre belge et d’un ami français, Patrick quitte son pays pour la Tunisie. Mais la peur ne le quitte pas pour autant. «Il suffit de taper mon nom sur Internet pour savoir tout ce qui m’est arrivé, aussi bien les articles des journaux camerounais qui me traînent dans la boue que les articles d’organisation de défense des droits de la personne comme Amnistie Internationale, j’avais peur en Tunisie que les gens que je fréquentais découvrent mon passé. Et la Tunisie n’est pas un pays ouvert à l’homosexualité. Je devais encore vivre en faisant attention à tout, en me méfiant de tout le monde.»

Toujours avec l’aide son ami français, Patrick fera une demande de visa d’étudiant pour le Canada. En décembre 2008, il débarque en plein hiver à Edmunston, au Nouveau-Brunswick. Même si il se sent en sécurité, les plaies ne sont pas refermées sauf celle de la honte. «Avoir honte, je sais ce que c’est, c’est quand des foules te traitent de tous les noms, quand des membres de ta famille font de même. Aujourd’hui, une insulte homophobe ne m’atteint plus.» À Edmunston, il commencera à s’ouvrir, à raconter son histoire à des profs. «Ils ne croyaient pas que l’on pouvait être arrêté, condamné et emprisonné pour homosexualité. Ils ont été très présents pour moi, mais c’était difficile pour moi de parler de tout cela. Comme ça l’est aujourd’hui d’ailleurs, puisque je dois écrire tout cela pour la Commission de l’immigration et du Statut de réfugié (du Canada)».
Patrick a demandé le statut de réfugié au mois de mars et est venu s’installer à Montréal où sera traitée sa demande. Au cours de l’entrevue, il appuiera tous ses propos avec les documents qu’il a conservés : l’acte d’écrou, la condamnation. Difficile d’imaginer que, derrière son large sourire et cette grande facilité à s’exprimer et à relater les faits, il ait pu subir autant d’humiliation. Pourtant, quand il évoquera l’hôpital et l’examen médical, son séjour en prison, ou encore le rejet de sa famille, impossible de ne pas remarquer ses yeux qui s’embuent, très vite secourus par son large sourire. La souffrance n’est pas loin, les souvenirs sont vivants, bien trop vivants. Mais depuis son arrivée au Canada, Patrick a repris espoir. «Quand j’étais en prison au Cameroun, j’étais seul, je ne savais même pas si je serais libéré, je n’avais plus aucun projet sinon celui de survivre. Ici, je me suis redonné des objectifs, je recommence à avoir un réseau.»

Le cas de Patrick n’est pas isolé. Combien de gais à travers le monde sont emprisonnés ou tués sans autre procès que le fait d’être homosexuel. Combien n’auront pas la chance de pouvoir atteindre un pays où ils pourront littéralement sauver leur vie?

 

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Le droit à l'épanouissement pour Patrick passe par le Canada

«Je suis retourné au commissariat pour avoir des nouvelles de la plainte que j’avais déposée, sans s (...)

Publié le 20 mai 2009

par Denis-Daniel Boullé

   
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Anciens commentaires

  • Toutes mes félicitations à ce jeune Patrick pour son courage et merci particulièrement aux deux personnes qui l'ont aidé à sortir de ce bourbier infernal. Patrick, je te dis que tu es le très bienvenu au Canada. N'aie pas peur de parler de ton homosexualité et surtout de marcher la tête haute. Pour avoir vécu et travailler auprès de la jeunesse africaine durant plusieurs années, je comprends le calvaire qu'endurent ceux qui veulent trouver leur épanouissement à travers leur homosexualité. Avec vous je lutte pour qu'un jour l'Afrique puisse reconnaître les droits de ces personnes. P.S. Si la chose est possible, j'aimerais bien avoir l'adresse courriel de Patrick afin de le soutenir et de l'encourager. Richard Publié le 27/05/2009
  • Patrick mon chéri! Que d'admiration et de respect à la lecture de ton témoignage, triste et superbe à la fois. Tu viens de loin, du gouffre, du tourbillon des périls et des embûches, des sombres abîmes... Mais aujourd'hui, à travers tes écrits, tes paroles à la télé et à la radio, tu triomphes et vis ta vie de plus belle. Oui, ce qui ne t'as pas tué t'as rendu plus fort, et plus forte encore est ta VOIX qui s'élève homophobie à l'encontre de cette horrible idéologie judéo-chrétienne qu'est l'homophobie institutionalisée. Je te souhaite tout l'amour et le bonheur du monde! N'oublie pas que chez Arc-en-ciel d'Afrique tu as désormais ta place et surtout, nous t'aimons. Sois prudent, Rudy, 19 ans Publié le 27/05/2009
  • un gran merci pour votre comentere sur patrick jai conu ce mec sur intérnete un peux aprai de sa sortie de prison es on na sinpatiser jai ete tres toucher pour ce quil a vécus la bas au cameroune moi je sui maire avec un camerounai de yaoudé voila 4ans nous somme gay es vivon en belgique je trouve domage qu ant l ans 2009 qui y et encore des gay qui son tres male heureu dans leur pays je sui tous les joure en comtacte avec des gay du cameroune es qu ant il me parle je sui triste pour heur moi jai u la chanche de rencomtre mon marie en france il ete la de pui 1ans je ne sui j amai aller laba au cameroune mai je voudre aler voire nous avon fai venire la mere de mon marie voila 8moi quel es avec nous elle ne savai pas que son fis ete gay es marie mai qu an elle ma vu tous sai tres bien passee entre nous et elle veux que je visite le cameroun pour vous dire vous les gay du cameroun je sui de tous coeur avec vous es avec patrick qu il trouve son boneur laba dans votre beau pays un gran merci Publié le 31/05/2009
  • merci infiniment pour ces commentaires c'est tres gentil j'ai des larmes avous lire . mon mail c patrickyousse@gmail.com pour tous ce qui souhaite me joindre personnellement merci Publié le 31/05/2009
  • merci à votre journal, j'ai suivi toute cette affaire de France ou on a essayé de se battre pour ces jeunes camerounais et Patrick en particulier, il a réellement beaucoup souffert durant cette année et à present je souhaite que le Canada pays de liberté et de tolerance lui donne sa chance et lui fasse oublier toutes ces epreuves n'oublions jamais qu'il y a encore trop de pays ou l'homosexualité est condamnée restons toujours vigilant et agissons pour nos petits freres qu'on prive de leur liberté Publié le 31/05/2009
  • courage frangin Publié le 31/05/2009
  • tout simplement un example pour moi et la comunaute gay ;cette histoire me touche enorment.que Dieu t eleve plus encore pour nomtrer a ceux ki ton tournè le dos ke lui il choisi pas. mona lisa Publié le 31/05/2009
  • Félicitation et bon courrage Patrick. En tant que moi-même gay et ancien stagiaire d'immigration Canada, je peut comprendre souvent ce qu'ils ont du escaladés des montagnes afin de parvenir la ou ils sont et pouvoir être non pas juste pour être 'toléré' mais ACCEPTÉ comme n'importe quel autre citoyen, payeur de taxes et dignes d'eux-mêmes! Ce faire reconnaitre en temps que personne digne de ces qualité et non en temps que 'marginal'. Publié le 31/05/2009
  • merci encore pour tous ces commentaires j'en suis trés emu . cette situation que j'ai vecu m'a rendu encore plus fort merci encore a fugues pour la parution de mon temoignage merci patrickyousse@gmail.com patrick yousse Publié le 01/06/2009
  • je te dis simplement bravo patrick pour ton courage et je suis fier de faire ta connaissance lorsque tu étais ici en tunisie..je te souhaite plein de bonheur dans ta vie et que tu puisses retrouver tout ce que tu as envie au canada. Publié le 01/06/2009
  • Vraiment ton cas nous montre à tous combien être gay dans certains coins du globe peut être une épreuve! Tu t'en ai sorti tant bien que mal mais tu t'en ai sorti. On ne l'a pas souhaité d'être comme ça, je ne comprend don pas pourquoi on doit être jété à la poubelle comme de vulgaire déchet! Publié le 01/06/2009
  • Il est triste de voir qu'il y a encore des gens qui n'acceptent pas les différences dans les personnes. C'est difficile de changer les traditions et les préjugés qui se sont installés dans les peuples depuis des centaines d'années. Par contre, nous devons travailler à faire changer ces préjugés. Patrick, je souhaite que tu trouves au Canada des gens qui vont t'accepter et t'accueillir comme une personne qui mérite de vivre heureux et libéré. Bonne chance. Publié le 01/06/2009
  • c débille pauvre coco en touka jespere que tas pas trop été tromatiser de sa que tu ten sen je pense a toi .... a+ bb Publié le 01/06/2009
  • Patrick, tu es une personne pleine de potentiel, de beauté, de charisme, et d'intelligence. J'espère que tous ces monstres ignobles ne t'empêchent pas d'en avoir conscience. Tu es un vrai héro. Tu as vu le pire de l'humanité là-bas. Je te souhaite de n'en voir que le meilleur désormais et de réaliser tes rêves ici. Je susi ému de lire ton histoire. BRAVO, tu es admirable. Publié le 01/06/2009
  • Wow Patrick!! T'es fort!! Tu ne mérite pas tout ce que tu as subit!! J'espère que le monde qui t'attend ici au Canada sera un monde meilleur ou tu pour être qui tu es!! Faut pas lâcher!! Publié le 01/06/2009
  • c'est vraiment desolant que des actes pareils soient encore reperés dans certaines parties du globe.poutant il ya pleins de problemes qui minent les societes Africaines et celle Camerounaise en particulier ils devraient(les gouvernements )s'y interresser de pres au lieu de passer le temps a menacer les libertés d'honnetes citoyens.saches que t'auras toujours mon soutien patrick je ne suis pas de ceux qui t'ont laché essaye de ne plus penser a toutes ces terreurs vceues dans ton propre pays.bizou a toi! kepdeupyves@yahoo.fr Publié le 02/06/2009
  • Bonsoir à tous. Je vous écris du Cameroun. Je suis redacteur, j'ai plusieurs fois écrit des articles sur l'homosexualité au Cameroun. J'ai même été l'un des 1ers journalistes à écrire sur le cauchemar de Patrick, juste quelques jours après sa libération. Il peut attester. En ce jour, ca me réjouit de savoir qu'il a enfin quitter ce pays phallocratique et "homophobe"...Mais seulement la question reste intacte et sans réponse. Comment de " Patrick" ou de "Alim" ( gay mort en prison et seropositif) sont encore marginalisés et emprisonnés ou envoyés sans autre force de procès vers une mort certaine au Cameroun? Reponse: Ils sont nombreux. Combien n’auront pas la chance de pouvoir atteindre un pays où ils pourront littéralement sauver leur vie? La question vaut son pésant d'or. A nous de répondre. Bientôt, une tribune verra le jour le jour au Cameroun, une sorte de plaidoyer et de lobbying pour expliquer et raconter les souffrances, humiliations, agressions et taumas que vivent la gays camerounais au quotidien. Contact: edarkchild@yahoo.fr. Sos pour d'éventuelles partenariats techniques, materielles, financiers ou même rédactionnels, etc. Merci. Anicet E. Publié le 02/06/2009
  • slt ça l'histoire je l'a connait tres bien puisque moi meme je suis originaire du cameroun et ça cette histoire m'a brisè le coeur pour dire vrai je suis choquè et de cette façon j'ai moi meme peur d'y retourner au cameroun bref mais sache t'es formidable c'est le passè je sais que pour toi c'est pas facil d'oublier mais avance et regarde pas en arriere mais c'est quand meme desolant pour un pays comme le notre de faire des pareils trucs hichhhhhhhhhhh bisou bon courage mon chou Publié le 02/06/2009
  • courage patrick!!! ........hans Publié le 07/06/2009
  • Merci d'avoir ercis ce texte ,j aimerais pouvoir faire quelque chose pour lui et tout les homosexuel qui sont traiter comme des malade ! Ce sont des humains ! Moi ça me bouleverse de savoir que ça existe en 2011! Publié le 15/04/2011