De l'ombre à la lumière

Julie Vaillancourt
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Pour celles qui se demandent où sont les lesbiennes de Montréal, pourquoi elles ne sortent pas dans les bars, ne possèdent pas davantage de lieux de rencontres, ou alors pourquoi elles ne sont pas aussi visibles que les gars lors d’événements LGBT, je n’ai malheureusement pas de réponses à ces questions, qui semblent quelque peu redondantes et éternellement sans réponses. Or, lorsqu’est organisée une journée de visibilité par et pour elles, les lesbiennes n’hésitent pas à répondre à l’appel et à se rendre visibles, question de se donner rendez-vous, du moins le temps d’une journée bien remplie. Pour celles qui, cette année, hésitèrent à sortir de l’ombre ou de leur salon, voilà un retour sur le 5e colloque sur la visibilité lesbienne.

Avant toute chose, je dois admettre que je n’ai pas la prétention d’effectuer un résumé exhaustif du colloque. Il y en avait pour tous les goûts et toutes les couleurs lors de la conférence, et toutes les interventions avaient leur intérêt, leur pertinence quant à la visibilité du lesbianisme. Évidemment, certaines m’ont marqué davantage, mais le tout reste grandement subjectif, j’en conviens! Cela dit, j’ai l’impression que toutes les femmes présentes à cette rencontre sont en quelque sorte ressorties avec une émotion similaire… «Parler, ça fait du bien» est non seulement le slogan de Gai Écoute, mais la réalité de plusieurs lesbiennes, et particulièrement celles des communautés ethnoculturelles. Et si parler de lesbianisme pour ces femmes est certainement un besoin, voire un exutoire, les entendre est pour nous à la fois un bonheur et une découverte. Malgré des réalités totalement différentes, nos oppressions et nos luttes quant à notre orientation sexuelle se rejoignent. À la manière des féministes qui autrefois ont mi-lité aux côtés des lesbiennes (et vice versa), nous devons lutter aux côtés des lesbiennes issues de communautés ethnoculturelles (et vice versa). Et à voir et entendre l’intérêt des lesbiennes présentes au colloque, on peut dire que cette lutte et les alliances qui en découlent sont déjà amorcées…

D’ailleurs, plusieurs lesbiennes étaient curieuses et intéressées à en savoir davantage sur le lesbianisme dans la communauté autochtone: la bispiritualité (Two Spirits). Si Mme Diane Labelle a malheureusement dû annuler sa participation au colloque, Wenda Seguin et Percy Lezard ont su proposer des interventions articulant les principales problématiques associées à la bispiritualité. Métis, bispirituelle et intervenante dans la communauté autochtone et dans la communauté Two-Spirits d’Ottawa, Wenda Seguin explique le concept de la bispiritualité : «Mettez de côté pour un moment les acronymes LGBTQSTYZ… et prétendez qu’ils n’existent pas![…] Si vous vous êtes déjà senties exclues, sans appartenance, alors vous avez ce cadeau (ce don), vous vivez dans deux mondes, vous êtes une personne bispirituelle.» Ainsi, selon cette dernière, les personnes bispirituelles ont un don, soit celui d’avoir à la fois une sensibilité masculine et féminine. Elles peuvent donc vivre et interagir dans deux mondes, le féminin et le masculin, en ayant deux rôles, soit celui de nurturer (qui nourrit et éduque, généralement associé à la femme) et celui de warrior (qui mène les combats et qui protège, généralement associé à l’homme). Comme schématisée par Wenda, la vie, selon les autochtones, est un cercle (intellectuel, émotif, physique et spirituel). Lorsque ces 4 axes (esprit, émotions, corps, spiritualité) sont en symbiose, l’être peut atteindre son plein potentiel. «Il est très important, comme le souligne Wanda, que les personnes bispirituelles explorent ce que le concept veut dire pour elles, puisque les enseignements de nos ancêtres sont perdus. À travers cette exploration, elles grandissent intellectuellement, émotionnellement, physiquement et spirituellement et, à partir de cela, elles sont capables de sortir de ce cercle et de marcher la tête haute à l’intérieur de la communauté.» Selon Percy Lezard, responsable des services éducationnels pour l’organisation torontoise 2-Spirited People of the 1st Nations, «comme nos chromosomes proviennent autant de notre père que de notre mère, d'un mâle et d'une femelle, tout est une question d’équilibre». Et cet équilibre, comme le précise Percy, est précaire puisque affecté par «l’homonormativité» et les effets de la colonisation sur le peuple autochtone : « La colonisation a apporté la notion du placard et implique que nous devons en sortir, mais les intervenants sociaux ne sont pas toujours sensibles aux réalités des personnes bispirituelles.»

D’ailleurs, le manque de connaissances liées au lesboculturalisme fut observé par plusieurs participantes du colloque. Par exemple, Katia Atif, intervenante au Centre des femmes de Verdun auprès des femmes immigrantes, a fait l’état des résultats concernant l’outil pédagogique «Les réalités lesbiennes —démystifier pour reconnaître». Bien que sommaires, les résultats furent commentés : « Les femmes ont refusé d’aborder la question de l’orientation sexuelle d’un côté plus personnel, souligne Katia Atif, car chez eux, cela ne se fait pas. Cela dit, les participantes étaient contentes d’avoir abordé la question en groupe […] Elles m’ont aussi confié avoir entendu à plusieurs reprises qu’elles étaient plus homophobes parce qu’elles sont membres de communautés culturelles, alors que ce n’est pas le cas!» D’ailleurs, des modèles positifs, il y en avait plusieurs au colloque. Entre autres, Heidi Kiran Mehta, organisatrice communautaire du programme «Diversité en Action» pour le Centre de prévention des agressions de Montréal et membre du conseil d’administration du Centre communautaire des femmes sud-asiatiques, ainsi que Kimberly Wong, directrice du programme SILK et bénévole pour ACÉS Québec (Association Canadienne pour l’Éducation et la sensibilisation). Kimberly a souligné l’importance de ses interventions dans les écoles : « Lorsque les étudiants me voient, ils se disent que c’est correct d’être chinois et de sortir du placard!» D’ailleurs, Michèle Brousseau, agente de formation et de développement au sein du GRIS-Montréal, indique que l’organisation a créé le Comité pour la Diversité Sexuelle (CDC) afin de diversifier les modèles d’intervenants et d’inclure des membres de communautés ethnoculturelles. Pour cela, le GRIS a modifié certains de ses critères, précise Michèle : «Par exemple, nous demandions avant à celui qui voulait devenir intervenant d’avoir fait son coming-out auprès de sa famille et de ses amis, mais cette réalité n’est pas toujours possible pour les personnes des communautés ethnoculturelles.» Pour conclure, Michèle Asselin a annoncé la tenue de la «Marche mondiale des femmes de 2010», en soulignant son désir qu’un contingent lesbien se joigne à la marche : «Pour moi, la lutte pour la discrimination lesbienne c’est une lutte pour toutes les femmes!» conclut la présidente de la Fédération des femmes du Québec.

Le Prix Contribution à la visibilité des lesbiennes a été remis à Laura Yaros, puisque, comme l’indique Magali Deleuze, vice-présidente de Gai Écoute et responsable du colloque, «nous avons besoin de modèles pour encourager la visibilité des lesbiennes, et Laura Yaros, par son implication et son ouverture, est une inspiration à la fois pour les lesbiennes issues des communautés ethnoculturelles mais aussi pour toutes les autres». Lesbienne d’ori-gine juive, Laura Yaros est reconnue pour son implication dans la communauté depuis plus de 36 ans, notamment avec des organisations telles que le Réseau des lesbiennes du Québec, Gay Women of Montreal, Mouvement contre le viol et l’inceste, Action Travail des femmes, Nice Jewish Girls, et plusieurs autres. D’ailleurs, vous pouvez l’entendre sur les ondes de Radio Centre-ville, lors des émissions Montréal sans accent et Matrix, ou encore tout en chanson avec l’Ensemble vocal Les Nanas. D’ailleurs, cet Ensemble vocal féminin, qui en est à sa deuxième année d’existence, offrait une prestation pour conclure le colloque. Et, au contraire, de l’année dernière, ce fut l’occasion de terminer la rencontre d’une façon «visible» et musicale, sur une note jazzée, sous la lumière du jardin d’hiver...

Les actes du colloque sont disponibles sur le site de Gai Écoute

 

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Publié le 28 avril 2009

par Julie Vaillancourt