Portrait d'un visionnaire

Rencontre avec Paul Haince

André-Constantin Passiour
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Pour ceux qui ne le connaissent pas, Paul Haince a été l’instigateur, avec Jacques Letendre, du légendaire Club Max (l’actuel sauna GI Joe), au début des années 1980, soit au moment où le Village commence son existence. Puis il a été le cofondateur, de la défunte Association des commerçants et professionnels du Village (ACPV). De 1999 à 2003, il ne cessera ainsi de travailler à l’amélioration du Village, à presser la Ville d’y consacrer des subventions et des travaux afin de l’embellir. Paul Haince cherche aussi à diversifier les activités du Village par le Festival des arts du Village qu’il fondera lui-même et qui fête cette année, sous le nom de Festival international Montréal en arts (FIMA), son 10e anniversaire. La SDC du Village est d’ailleurs un partenaire majeur du FIMA. Paul Haince, qui appuie la fermeture de la rue Sainte-Catherine, depuis ses débuts à l’été 2006, souhaite que la SDC du Village aille plus loin afin d’offrir de nouvelles occasions de visites sur son territoire et ainsi augmenter l’achalandage à l’année longue. Si les plus jeunes ont moins entendu parler de Paul Haince, c’est que le Club Max, ouvert en 1982 a fermé ses portes dans les années 1990, soit après que M. Haince l’ait quitté au début de la décennie. Une dizaine d’années plus tôt, Haince et Letendre voyaient que des bars gais et d’autres commerces ouvraient dans ce secteur où Priape était déjà installé. Les bars Au Deux R, la Boîte en Haut, les Gémeaux et les tavernes y étaient aussi. C’est à cette époque que Paul Haince et les commerçants d’autres établissements décident de faire de la publicité en y incluant le vocable «Village gai» pour attirer clients et touristes. Mais le sida vient ralentir cette ère de prospérité, Haince et son collègue Letendre décident de vendre le Max. Quelques années plus tard, Paul Haince ouvrira le Paco Paco sur le Plateau Mont-Royal. Entretemps, vers la fin de 1999, et ce, jusqu’en 2003, l’ACPV, avec à sa tête Paul Haince comme directeur, regroupera jusqu’à une cinquantaine de commerçants sur une base volontaire. La rue Sainte-Catherine Est rassemblant moins de commerces de détails à cette époque, il était difficile de tenir des activités de ventes trottoir. D’où l’idée «d’organiser un événement culturel qui donnera un autre visage au Village et qui permettra à des artistes gais ou non d’exposer leurs œuvres dans la rue, ce qui contribuerait à augmenter l’achalandage en créant une immense galerie d’art en plein air dans le Village», dit-il. Avec un budget minime, il met sur pied à l’été 2000 le Festival des arts du Village appuyé en cela par quelques commanditaires. «De fil en aiguille, on en arrive au 10e anniversaire, souligne M. Haince. La notoriété du FIMA ayant considérablement augmenté au fil des années, la sélection des artistes est plus pointue qu’à ses débuts et propose même des artistes invités provenant de l’étranger.» Ce festival (FIMA) est maintenant dirigé par Stéphane Mabilais, alors que M. Haince s’occupe essentiellement de son financement.

Paul Haince est un de ceux qui croyaient à la nécessité d’inclure l’ensemble des 300 commerçants du Village, d’où le besoin de créer une Société de développement commercial, structure juridique prévue par la Loi sur les Cités et Villes. C’est ainsi que le regroupement, sur une base volontaire, d’une cinquantaine de commerçants du Village (ACPV) donnera naissance, en 2005, à l’actuelle SDC du Village, forte de ses 300 membres, tout juste à temps pour préparer le Village à recevoir les athlètes et visiteurs des 1er Outgames mondiaux tenus à l’été 2006, ce qui rendit possible la première piétonisation de la rue Sainte-Catherine durant les 10 jours des Outgames. La SDC du Village entreprendra d’ailleurs cet été sa 4e édition de piétonisation de «la Catherine», passant de 10 jours en 2006, à 6 week-ends en 2007, puis à 2 mois et demi en 2008 et, finalement, à 3 mois et demi cet été. «Ces réalisations de la SDC ont injecté de l’adrénaline au Village. Cela a créé un esprit très positif et créatif pour le Village qui, autrement, vivrait une période dépressive, surtout dans la situation économique actuelle.

Je crois que ces piétonisations ne sont que le début, car je crois que la SDC doit continuer à se donner les moyens pour continuer à améliorer le Village et attirer le tourisme. Il faudrait peut-être créer un «comité des sages incluant des créateurs» qui pourraient être invités par l’actuel conseil d’admi-nistration de la SDC (composé de 8 commerçants et d’un représentant de l’Arrondissement Ville-Marie) à faire du brainstorming et brasser des idées, car il y a tant de choses à faire.» Il incite la SDC à agrandir son actuel territoire (Sainte-Catherine de Berri à Cartier et Amherst de René-Lévesque à Robin) pour pouvoir ainsi collaborer avec des entrepreneurs pour développer des projets attrayants et hautement touristiques, entre autres, à l’orée du Village, sur le terrain vague sous le pont Jacques-Cartier, par exemple. «On pourrait en faire tout un complexe qui attirerait des touristes gais de partout. Il y a sûrement des idées intéressantes pour développer cet endroit, en faire une attraction à exploiter et qui étendrait les limites du Village, ce qui, en retour, contribuerait à un achalandage encore plus accru», insiste celui qui, en 2002, a reçu le prix Phenicia (Festival des Arts) comme meilleur contributeur de développement économique dans le Village, puis un autre Phenicia, en 2007, cette fois à titre personnel pour l’ensemble de son œuvre. «Puis, enfin, je souhaiterais bien que plus de gais s’intéressent à la politique, en briguant les suffrages, surtout au muni-cipal, plutôt que d’attendre qu’on s’intéresse à leur cas. Il y a tellement à faire!»


Mes bonnes adresses dans le Village…

Pour manger le midi :
À la Piazzetta, c’est agréable.

Pour un événement spécial :
Je vais de temps à autre au Drugstore, mais je ne sors plus tellement…

Pour flâner :
L’été, j’aime le parc Émilie-Gamelin pour lire, pour m’étendre au soleil un peu.

Mon coin préféré du Village ?
Le parc de L’Espoir, le jour, lorsque la journée et belle et ensoleillée, c’est une sorte de club social où l’on rencontre du monde pour jaser…