Fugues 1984-2009

1990, ce fut l’année de... SexGarage

Yves Lafontaine
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SexGarage était le nom donné à une série de partys privés organisés dans le centre-ville (sur de la Gauchetière, à quelques portes du sauna 456) par l’extraordinaire hôte que fut Nicholas Jenkins. En juillet 1990, des policiers de la Communauté urbaine de Montréal, sans leur insigne, y font un raid. Ils battent plusieurs fêtards à coup de matraque pendant que plusieurs drag queens, habituellement les premières à subir les harcèlements policiers, rampent pour sortir par l’escalier de secours. La police menace de faire feu sur quiconque quitterait les lieux sans escorte policière et arrêtent huit personnes. Après l’annulation, le lendemain, d’une rencontre avec les autorités policières, 200 protestataires manifestèrent devant le poste 25, bloquant une intersection et criant des slogans tels que «Brisez le silence! Pas de violence!» et «We’re here, we’re queer, and so are some of you!» Plus d’une cinquantaine de policiers en tenue anti-émeute et portant des gants de latex prennent d’assaut les manifestants et les porteurs de pancartes, puis procèdent à 48 arrestations. Les journalistes et caméramans de la télévision captent les scènes de brutalité policière. SexGarage, maintenant perçu comme le Stonewall de Montréal, a modifié le paysage politique de la ville, forçant les autorités municipales et le service de police de la CUM à permettre des manifestations sans qu’il soit nécessaire d’obtenir un permis. Sex Garage a également politisé une génération de gais montréalais. Deux semaines plus tard, 2 000 manifestants défilent dans les rues, du Quartier général de la police, alors situé dans le Vieux-Montréal, jusqu’au parc Lafontaine, où se succèdent différents orateurs, des orchestres rock et la troupe La la La Human Step. Des représentants de Queer Nation ont piqueté devant les bureaux de la délégation du Québec à New York en geste de solidarité avec des manifestants venus de Toronto, Washington et Londres. Et ce fut également l'année de...

Un professeur du Cégep de Joliette victime de discrimination et d’homophobie donne une copie de son dossier à Fugues et témoigne de son combat dans longue lettre publiée en mars 1990. Il relate le traitement que lui a réservé la direction, divulgation en pleine réunion avec ses collègues, de son statut sérologique, enquêtes auprès d’anciens étudiants pour savoir s’il avait couché avec eux, et intimidation en lui demandant de «ne plus aborder le thème de la sexualité en classe et de réfléchir à la façon de [se] faire traiter».


Elles l’ont dit dans Fugues...

«Je n’ai rien contre les gais. D’abord parce que j’en fréquente beaucoup surtout à cause du mé-tier que je fais, mais j’avoue que j’ai des pré-férences pour ceux qui sont moins volages.»
Mitsou (chanteuse)








«J’accepte toujours les invitations des organismes qui oeuvrent pour le sida. J’admire ces gens : ils agissent. Il me semble qu’il y a trop de monde qui s’en fout.»
Nancy Martinez (chanteuse)





Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales, mettant fin à plus d’un siècle d’homophobie médicale. La date du 17 mai sera ensuite choisie comme Journée internationale de lutte contre l’homophobie.





L’été est marqué par la crise d’Oka et la démission de Lucien Bouchard du Parti Conservateur, qui fonde le Bloc québécois, regroupant une coalition de députés fédéraux du Québec ayant à cœur les intérêts de la province. Gilles Duceppe devient le premier député élu du Bloc québécois, lors des élections partielles de Laurien-Sainte-Marie.