Vieillir quand on est lesbienne ou gai

Steve Foster
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Les baby-boomers, qui atteignent la soixantaine, changent véritablement le visage de la vieillesse au Québec. En effet, ces personnes ont des fonds de pension intéressants, bénéficient d’avantages sociaux ou marginaux particuliers, etc. De plus, au cours des ans, avant la retraite, ces individus auront eu tous les conseils possibles et imaginables en matière de REER, FEER et autres programmes d’épargne. Ces personnes sont donc nettement mieux préparées à faire face «à la réalité du 3e âge» que la génération précédente. Et comme l’es-pérance de vie dans les pays occidentaux augmente de trois mois chaque année, c’est dire que nous pouvons espérer vivre plus vieux. Nous vivrons donc plus vieux, mais nous, les lesbiennes et les gais, le ferons-nous dans de meilleures conditions, en meilleure posture ou avec les mêmes avantages que tous les autres? Ça reste à voir! J’en veux pour preuve l’entrevue qu’ont accordée Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute et de la Fondation Émergence, et Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ-QLN) et vice-présidente du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), dans le cadre du dossier «Vieillir cool» publié dans La Presse récemment. Pour Laurent McCutcheon : « Il va y avoir dans peu de temps une première génération d’hommes de 60 ans qui ont fait leur coming out et le réseau de la santé et des services sociaux n’est pas prêt ou préparé à les accueillir comme il se doit. » Diane Heffernan, active militante des quarante dernières années, y est allée, pour sa part, de ce commentaire : «À mon âge, je n’ai pas le goût de retourner dans le placard. Si je me berce et pense à mon ancienne blonde, je veux pouvoir le dire à la personne d’à côté, et ce, sans censure. Mais au fond j’espère ne pas avoir besoin d’aller en résidence. » Tout comme Laurent, Diane en connaît un rayon sur la question du vieillissement LGBT puisqu’elle a notamment contribué avec les chercheuses Line Chamberland et Johanne Paquin à la rédaction et la pu-blication en 2004 du rapport Vieillir en étant soi-même... Le défi de l'adaptation des services résidentiels aux besoins des lesbiennes âgées. Cet important document est disponible dans le site Web du RLQ-QLN. Le thème central de ces travaux reprend et approfondit en fait l’orientation ministérielle du ministère de la Santé et des Services sociaux de 1997 : L’Adaptation des services sociaux et de santé aux réalités homosexuelles (disponible dans le site Web du MSSS). Il y a plus de 10 ans, le gouvernement écrivait alors dans ce document que «la Loi sur les servi-ces de santé et de services sociaux stipule que les services doivent être respectueux des caractéristiques des populations à desservir et répondre à leurs besoins. » En 2009, cette adaptation «respectueuse» des services de santé et de services sociaux visant l’amélioration de notre santé et de notre bien-être tarde encore tout comme l’implantation d’une politique nationale contre l’homophobie que le gouvernement Charest ne semble pas pressé de proposer. Cette politique nationale serait pourtant un levier important pour les changements requis en vue de cette adaptation attendue. Vieillir cool? Sans doute mais pas pour tout le monde! Du moins pas maintenant. Autre réalité, Diane Heffernan tente depuis un moment, avec toute l’énergie que nous lui connaissons, de diffuser un documentaire de sensibilisation Portraits de lesbiennes aînées sur les réalités des lesbiennes dans les centres d’hébergement pour personnes âgées. Ses efforts ont abouti jusqu’ici à de nombreux refus de la part des directions d’établissements. Les excuses données sont ahurissantes : «Nous ne croyons pas possible le changement de mentalité chez les personnes aînées; il n’y a pas de lesbiennes dans notre centre; les résidentes ne sont pas prêtes pour ça; nous n’avons pas eu de demande de notre personnel dans ce sens; on ne s’occupe pas de la vie intime des femmes, etc.» Malgré les claquements de porte, Diane persiste, convaincue qu’il faut dès aujourd’hui sensibiliser les intervenantes, les directions et les résidantes de ces centres afin que les «placards» dont nous sommes sorties ne se remplissent pas à nouveau. Lueur à l’horizon : le groupe LGBT les Aînés et retraités de la communauté (ARC) pilote depuis un moment un audacieux projet en collaboration avec Habitations II volets pour l’ouverture d’ici 2010 d’un complexe locatif près du métro Rosemont où la moitié des appartements sera, nous dit-on, destinée à une clientèle homosexuelle. Le Réseau des lesbiennes travaille aussi sur ce type de projet et regarde actuellement différentes possibilkités. Il faut saluer et appuyer ces initiatives tout comme souhaiter qu’il y en ait plusieurs autres, et ce, à la grandeur du Québec.

Steve Foster, Président-directeur général, Conseil québécois des gais et lesbiennes www.cqgl.ca

Pour en savoir plus sur les projets de résidence pour personnes aînées gaies et lesbiennes, contactez Raymond Bénard par courriel à [email protected] ou Diane Heffernan : [email protected]