Entre la foi et l’appréhension

Yves Lafontaine
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Pour la première fois depuis sa création en 1945, l’Assemblée générale des Nations Unies a abordé, le 18 décembre dernier, un sujet qui transcende les habituels conflits Nord-Sud et Est-Ouest : la Russie et la Chine, rangés aux côtés des États-Unis, ont fait front commun avec les pays arabes et le Vatican! Dans le camp opposé se trouvaient soixante-six autres pays, dont le Canada, l’Australie, le Brésil et tous les États de l’Union européenne. Achevant sa présidence de l’Union Européenne, la France présentait, ce jour-là à New York, une déclaration en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Présentée à l’initiative de la Secrétaire d'État française aux Droits de l’homme, Rama Yade, cette déclaration avait été préparée depuis deux ans par Louis-Georges Tin, qui a fondé la Journée internationale contre l'homophobie (IDAHO), qui se tient le 17 mai de chaque année (suite à l’initiative de la Fondation Émergence et de sa Journée nationale de lutte contre l’homophobie, au Québec). La déclaration française a été soutenue par une soixantaine de pays à travers le monde, et notablement trois pays africains. Cette déclaration visant les 90 états criminalisant encore les rapports homosexuels entre adultes consentants, notamment en Afrique, au Proche-Orient et dans les Caraïbes, n'était soumise à aucun vote et n’aura donc pas de caractère contraignant. Le Vatican, par la voix de l’Archevêque Celestino Migliore, représentant du Saint-Siège auprès de l'Assemblée générale de l'ONU, a tout de même sévèrement critiqué l'initiative qui, selon lui, pourrait être utilisée pour «mettre au pilori» les États ne reconnaissant pas les unions entre personnes de même sexe comme mariage. Cette position ayant déclenché une polémique virulente, le Vatican a toutefois démenti soutenir la criminalisation de l'homosexualité, mais être opposé au principe d’égalité entre couples hétéro et homosexuels. Depuis, le Vatican ne cesse d’accumuler les déclarations sur ce thème en insistant sur l’aspect contre nature de la relation homosexuelle, profitant de chaque occasion pour le faire.

Il y a quelques jours, un vieil ami (qui se trouve à être un prêtre catholique), en parlant de cette question, me faisait remarquer combien était ridicule l’argument naturaliste utilisé dans les discours homophobes. Il me le démontrait en m’expliquant qu’il n’y a rien de plus vaseux que d’asséner que l’homosexualité n’est pas naturelle car, comme l’expliquait, en son temps, André Gide dans son Corydon et comme cela a été démontré dans d’innombrables études depuis, les cas avérés et irréfutables d’homosexualité et d’homoparentalité animales sont légions. Mon ami, le sourire en coin, complétait son explication par une démonstration par l’absurde en m’assurant qu’il était facile de retourner l’argument aux adversaires homophobes (surtout lorsque leur homophobie trouve son origine dans une religion) en leur rétorquant qu’avec le raisonnement naturaliste, l’homosexualité est plus naturelle que les religions car on n’a jamais vu d’animal en pratiquer une. Il est des vérités de bon sens qu’il fait parfois du bien d’entendre.
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Coté américain, dans un discours «de célébration du renouveau de l’Amérique», prononcé deux jours avant son assermentation, Barack Obama a à nouveau mentionné les gais. Comme il l’avait fait dans le discours qu’il avait prononcé lors de son élection en novembre.
Si la majorité des gais américains se réjouissent de l'investiture de Barack Obama comme 44e président des États-Unis, la fête a été partiellement gâchée par une polémique sur la non-retransmission du discours de l'évêque gai Gene Robinson. La chaîne HBO a en effet révélé que la consigne de démarrer la diffusion après le discours du religieux provenait... de l'équipe du président-élu. En réponse, l'équipe d'Obama a évoqué un «malentendu». Lorsqu'on ajoute à cela que le chœur gai qui accompagnait Josh Groban, le même jour, n'était pas mentionné en tant que tel, mais qu'en revanche le discours du pasteur homophobe Rick Warren a été télévisé, on se dit que l'ambiance entre Obama et les gais lors de ce début de mandat promet d'être mouvementée... Car ce faux pas des cérémonies d'investiture fait suite à des interrogations qui ont jalonné la période de transition. Les organisations LGBT ont déjà déploré que le nouveau président n'ait pas suffisamment ouvert son cabinet à des membres homosexuels pour mieux marquer sa volonté d'afficher leur intégration aux institutions, et l'hypothèse selon laquelle l'urgence des dossiers économiques risque de retarder l'agenda LGBT promis par Obama se confirme jour après jour.

Les quatre grandes lois dont le Congrès doit discuter — sur les crimes de haine, la non-discrimination dans le travail, le rappel du Don’t Ask, Don’t Tell et la non-interdiction constitutionnelle du mariage gai — ne sont pas remises en cause, mais leur passage devant les élus devrait se faire seulement après le vote des grandes lois économiques imposées par la crise financière internationale et les décisions militaires liées à la situation en Afghanistan et en Irak. Au-delà de l'espoir de voir un président démo-crate, issu d'une minorité accéder à la Maison Blanche, la communauté LGBT est sans doute l'une des premières à attendre les actes du président investi avec une pointe d'appréhension.