Contre la discrimination, une lutte perpétuelle

Yves Lafontaine
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Depuis le début de l’épidémie de sida dans le monde, la discrimination des personnes infectées par le VIH a été l’un des freins les plus sournois à une prise en charge optimale des personnes vivant avec le virus. Les années qui passent, l’arrivée des trithérapies, l’amélioration de la qualité de vie n’ont malheureusement pas tout changé. Au mieux, la discrimination est devenue plus sournoise.

On ne les pointe peut-être plus du doigt, mais que ce soit au travail, dans leur famille ou leur groupe d’amis, les personnes porteuses du VIH font face à beaucoup de discrimination. La situation s’améliore, mais il y a encore des ratés. Et même le milieu de la santé, milieu informé s’il en est, n’y échappe pas. Des médecins et des dentistes qui ne veulent pas soigner de séropositifs, des opérations refusées, une confidentialité brisée. Les cas de discrimination envers les personnes atteintes du VIH sont, aujourd’hui encore, trop nombreux dans le milieu de la santé. C’est ce que révèle un rapport de l’Agence de santé publique du Canada, pu-blié à la fin 2007. De jeunes hommes de 18 à 25 ans et des moins jeunes y relatent des situations où ils se sont sentis victimes de préjugés. Certaines personnes séropositives rapportent qu’on leur a refusé des opérations non urgentes, des traitements ou des implants dentaires. À mots couverts, on leur a fait comprendre que l’intervention n’était pas nécessaire puisque leur espérance de vie était réduite en raison du VIH. C’est parti-culièrement le cas dans les petites villes, où les préjugés face au sida sont plus répandus. Des dentistes accepteraient de soigner les séropositifs, mais à certaines conditions. Ainsi, l’une des personnes interrogées raconte que son dentiste lui donne toujours le dernier rendez-vous de la journée. De cette façon, les autres patients ne savent pas que le professionnel traite des personnes séropositives. Ce genre de situation se vit aussi dans les hôpitaux, qui fixent souvent en fin de journée les opérations des personnes séropositives. « Il faut plus de temps pour nettoyer et stériliser l’équipement utilisé », leur explique-t-on. Et beaucoup de travailleurs ne porteraient pas de gants dans les hôpitaux. Ce devrait pourtant être la norme, pas seulement face à une personne séropositive. Au-delà du VIH, il y a un risque de transmission de l’hépatite C ou de bactéries ; même chose pour la stérilisation de l’équipement. Est-ce que le dentiste, qui ne veut pas soigner une personne séropositive, refuse parce qu’il sait qu’il ne respecte pas les normes universelles de stérilisation? La question mérite d’être posée.
La discrimination est encore plus officielle dans le secteur des assurances, où l’on ne se cache même pas pour discriminer. Avec l’avènement des inhibiteurs de la protéase et des thérapies associatives, plusieurs personnes vivant avec le VIH/sida vivent plus longtemps et en meilleure santé. Pourtant, il est très difficile pour une personne séropositive d’obtenir une couverture d’assurance-vie ou invalidité, même si sa situation est sous contrôle. Le secteur de l’assurance a légalement «le pouvoir de décider, d’après des critères reconnus dans ce secteur (en particulier au niveau du partage du risque), qui peut être assuré, qui ne peut l’être et qui doit payer une prime plus élevée. En s’appuyant sur ces critères, les assureurs refusent régulièrement de l’assurance ou des prestations aux personnes vivant avec le VIH/sida.
Par ailleurs, et bien que tous les employeurs, superviseurs et collè-gues de travail ne réagissent pas de façon négative lorsqu’ils apprennent qu’une personne est séropo-sitive, il demeure risqué de divul- guer sa maladie au travail, un lieu où la compétitivité est forte et où les chances d’avancement disparaissent souvent lorsque la séro-positivité d’un employé est con- nue. Et la tendance récente de la criminalisation par les tribunaux de la tranmission du virus n’a rien de bien réjouissant.
Ces discriminations influent sur la visibilité des séropositifs et leur prise en charge est parfois semée de ces embûches quotidiennes, tant sur le plan social que médical. Réduire la stigmatisation et la discrimination associées au VIH/sida est crucial pour réduire la propagation de l'épidémie et pour amélio-rer la qualité de vie des personnes touchées. Les gouvernements ont la responsabilité juridique d'agir et tout le monde a un rôle à jouer au niveau de la sensibilisation, de la prévention et de la prise en charge des personnes atteintes, et ce, pas seulement autour de la journée mondiale de lutte contre le sida…
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En terminant, alors que le jury 2008 des prix Phenicia de la Chambre de commerce gaie du Québec vient de remettre à Fugues le prix de l’entreprise de l’année, j’aimerais remercier toute l’équipe, présente et passée, du magazine. C’est souvent cliché, mais c’est la réalité : ce prix est un prix d’équi­pe. Le magazine Fugues ne se fait pas sur un coin de table avec une ou deux personnes. En moyenne, chaque mois, en ajoutant les pigistes à l’équipe des permanents, c’est plus d’une trentaine de personnes qui travaillent à la production de ce qui est devenu un peu la bible des gais au Québec. À tous, merci!

yveslafontaine@fugues.com