Du côté des voisins...

Yves Lafontaine
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Dans un pays où l’intolérance à l’égard des homosexuels se manifeste fréquemment par des agressions et où l’héritage profondément catholique n’incite pas à aborder le débat frontalement, Lula da Silva, le président du Brésil, fait preuve d’un beau courage politique en relançant publiquement la question de l’union entre partenaires de même sexe. En juin dernier, il avait été le premier chef d’État à tenir une conférence de presse dont le seul objet était de promouvoir l’égalité des droits entre couples hétéros et homosexuels. « Nous devons mettre un terme à cette hypocrisie, car nous savons que ces couples existent. Il y a des hommes qui vivent avec des hommes et des femmes vivant avec des femmes. Et la plupart du temps, ils vivent très bien ! » Plus récemment, le 15 septembre, il a réinvesti le sujet en plaçant les opposants aux droits des homosexuels –et en même temps ses adversaires politiques- devant leur propres contradictions : «Je ne comprends pas alors pourquoi ils acceptent leurs voix ou acceptent les impôts qu’ils payent !» Lula s’attache à l’idée d’harmoniser désormais cet état de fait avec la législation nationale, qui avait pourtant fait œuvre de pionnière en reconnaissant juridiquement les homosexuels en il y a très longtemps (sans toutefois leur accorder le droit de se marier ou d'adopter).
Dans quelques jours, le 4 novembre prochain, nos voisins américains iront aux urnes pour élire un nouveau président. Barack Obama et John McCain sont peut-être plus éloignés l’un de l’autre que jamais, mais les sondages, eux, sont de plus en plus unanimes. La salve de consultations menées à la première moitié d'octobre auprès des électeurs américains montre que le candidat démocrate prend nettement le large face à son adversaire républicain. Pour la première fois, l’avance d’Obama dépasse largement la marge d’erreur. Les jeux sont-ils faits ? Pas encore… La tendance, au moins, est claire : selon les sondages, l’avance du candidat de l’Illinois se situe entre 5 et 9 points. Les chiffres de la chaîne CBS donnent jusqu'à 48 % d’avis favorables à Barack Obama contre 39 % à John McCain. Jamais encore, depuis que CBS sonde les électeurs, le démocrate n’avait enregistré un résultat aussi haut. Dans le même temps, McCain ne voit pas seulement décroître le nombre d’avis favorables : les personnes qui disent avoir une mauvaise opinion de lui n’ont jamais été aussi nombreuses depuis… 1999, date à laquelle il s’était déjà lancé dans la course présidentielle. Dans une campagne qui a connu bien des rebondissements, ces chiffres sont à manier avec prudence, expliquent les instituts de sondage. Cependant, ils pourraient s’avérer révélateurs. Alors que la campagne est déjà largement entamée et que les Américains se sont familiarisés avec les deux candidats, ces résultats offrent plus de poids que ceux des consultations antérieures. D’ores et déjà, un débat a opposé les deux prétendants. Et la crise financière qui fait rage, ainsi que les atermoiements du Congrès américain pour tenter de la résoudre, a amené les futurs votants à s’intéresser de plus près aux solutions prônées par les candidats.
L'appui de la communauté gaie devrait aller majoritairement à Barack Obama, dont les politiques sont en général plus libérales. À plusieurs reprises durant la campagne, Obama (ou son colistier, Joe Biden) a souligné l'apport des hommes et des femmes homosexuels à la richesse de la société américaine, s'est dit favo-rable à l'abolition de la politique du Don't Ask Don't Tell, qui interdit aux gais de servir dans l'armée, et à la reconnaissance des unions entre personnes du même sexe. Si ni lui ni Biden ne sont allés dans leurs discours jusqu'à soutenir le mariage, ils ont se sont engagés à refuser d'inclure l'interdiction du mariage entre personnes de même sexe dans la constitution américaine. Vu d'ici — où les gais et lesbiennes peuvent non seulement se marier, mais adopter des enfants —, cela peut sembler peu. Mais quand on regarde ce que McCain et sa colistière proposent, c'est déjà beaucoup. McCain et Palin ont beau soutenir «avoir de nombreux amis gais», leurs perceptions de ce qu'est l'homosexua-lité semblent venir d'une autre époque (pour Palin, l'homosexualité est un choix de vie qui peut «se guérir si on le veut vraiment») et ne reposer que sur des valeurs morales et religieuses.
Répondant aux questions de la publication gaie américaine Washington Blade, McCain a indiqué notamment qu'il soutient l'interdiction du mariage gai en Californie et qu'il est opposé à la loi sanctionnant les crimes de haine homophobes. Le candidat républicain explique par ailleurs que s'il soutient le «principe» de non-discrimination des homosexuels dans le travail, il n'est pas favorable à une législation fédérale protégeant les personnes LGBT dans leur entreprise.
Comme c'est le cas depuis plus de vingt ans, novembre sera l'occasion à Montréal de visionner plus d'une centaine de films abordant les réalités GLBT provenant des quatre coins du monde. Image+ nation proposera donc au public une sélection des plus diversifiée, offrant un large éventail des représentations de l’homosexualité. Un festival où l'on pourra autant rire qu'être touché. Entre les comédies un peu légères inédites (Another Gay Sequel ) et les fictions plus fortes, comme Saturno Contro, XXY ou Sa raison d’être, qui ont fortement marqué le public là où elles ont été présentées, les spectateurs auront l'embarras du choix. Je vous invite donc à consulter notre section spéciale consacrée au festival dans la présente édition.
Malgré une plus grande disponibilité en DVD et en salle d’images identitaires fortes, un festival tel que celui-ci a toujours sa place dans le paysage culturel, de par la réflexion qu'il propose, de par l’intérêt des visiteurs, et n’a pas moins de raison d’être qu’un festival de cinéma juif, de films sur l'art, de documentaires ou de films scientifiques…

yveslafontaine@fugues.com