De la sortie du placard à l’avenir, en passant par la mémoire…

Yves Lafontaine
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Ce qui caractérise la sortie du placard, c’est qu’elle est en général le fruit d’une décision longuement mûrie, après des années de silence sur soi, sur sa sexua-lité et de dissimulation aux autres. Comme on est toujours présumé hétérosexuel, il faut sans cesse recommencer sa sortie du placard dans différentes situations de la vie : devant de nouveaux collègues si on change d’emploi, devant de nouveaux amis en voyage ou lors d’une réception, ou lors de votre première visite chez le médecin… Le coming-out est donc un geste qu’il faut inlassablement recommencer, et qui est même interminable. Interminable, car il y aura toujours de nouvelles personnes que vous rencontrerez qui ne le sauront pas d’avance… On peut donc dire que le coming-out, c’est le travail de toute une vie.
Depuis 1988, la journée de la sortie du placard ou le jour du coming-out est célébré le 11 octobre en Amérique du Nord et dans plusieurs pays d’Europe.
La tradition du Coming Out Day remonte à la seconde Marche à Washington pour les droits des gais et lesbiennes qui se tint le 11 octobre 1987. Ce jour-là, 500 000 personnes ont manifesté dans les rues de la capitale américaine pour l'égalité des droits des homosexuels et la reconnaissance de l'homosexualité.
Cette journée du coming-out a pour but de nous aider à vivre plus librement ce que nous sommes face aux autres. C’est aussi un geste hautement politi-que, du fait que si des centaines de milliers de personnes sont visibles en tant que gais et lesbiennes, ça ne peut manquer d’avoir des effets sur la société et la culture en général.
On l’a vu, lors des commissions parlementaires à Québec, au moment du débat sur la reconnaissance des conjoints de même sexe, ce sont les témoignages plus que les arguments strictement légaux qui ont fait bouger les choses et ému les élus.
Évidemment, la sortie du placard se fait depuis bien longtemps, mais c’est en 1869 que le coming-out a été imaginé, comme un moyen d’émancipation, par l’Allemand Karl Heinrich Ulrichs, défenseur des droits des homosexuels. Réalisant que l’invisibilité était un obstacle majeur pour changer l’opinion publique, il recommanda aux homosexuels de dévoiler leur orientation à leur entourage. Dans sa principale œuvre L'Homosexualité chez les hommes et les femmes, Magnus Hirschfeld revisitait le sujet, quarante ans plus tard, et dissertait sur l’impact social et légal qu’aurait le coming-out de centaines d’hommes et de femmes de rang auprès de la police, afin d’influencer le
législateur et l’opi-nion publique.

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Il y a dix ans, ce mois-ci, la mort d’un jeune homme, qui a été battu violemment et qui a succombé par la suite à ses blessures, a marqué un jour triste de l'histoire et est devenu emblématique des crimes violents motivés par la haine en rapport avec l’orientation sexuelle.
Le 7 octobre 1998, Matthew Shepard, un étudiant universitaire âgé de 21 ans, rencontre dans un bar de Laramie au Wyoming, deux jeunes hommes qui l’invitent à finir la soirée ailleurs. Conduit en dehors de la ville, puis attaché à une clôture, il est torturé, battu avec un fusil par ses attaquants, et laissé entre la vie et la mort dans le froid. Le corps battu de Shepard, toujours coincé par la clôture, est retrouvé 18 heures plus tard sans connaissance. Son visage avait été durci par le sang, excepté là où ses larmes l’avaient lavé. Il a vécu cinq jours sans reprendre conscience. Il avait eu tellement de fractures au crâne que les médecins ne pouvaient pas l’opérer. Shepard est mort à minuit et cinq, le octobre 12 1998. Les deux jeunes tueurs de Shepard ont plus tard admis qu’il avaient visé le jeune homme parce qu'il était gai. Ce massacre horrible a capté l’attention du monde entier. Heureusement des discussions ont suivi sur le traitement des gais, et des mesures ont été prises ajoutant l'orientation sexuelle aux lois anti-discriminatoires. Des célébrités ont publiquement dénoncé la violence contre les gais et le Président Clinton a publié un texte invitant les Américains «à chercher dans leurs cœurs pour réduire leurs propres craintes, inquiétudes et colères envers les gens qui sont différents.»
En septembre 2007, le Sénat américain acceptait la proposition de loi «Matthew Shepard» contre les crimes homophobes ou haineux, déposé conjointement par des élus démo-crates et républicains. Malheureusement, le président George Bush y a opposé son veto, ne la jugeant «pas nécessaire»!

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Le 14 octobre prochain, ce sera jour d’élections fédérales. La pire chose qu’il pourrait nous arriver serait l’élection d’un gouvernement majoritaire conservateur. Le bilan des conservateurs en matière des droits humains, d’environnement, de justice et de culture est désastreux (lire l’article de Denis-Daniel Boullé en ce sens). Il faut à tout prix empêcher le plus grand nombre de candidats conservateurs d'être élus, et pour ce faire, «notre» choix — le vôtre et le mien — devrait être stratégique.
Dans plus de deux tiers des comtés au Québec, comme la vraie lutte est à deux, soit entre le Bloc et les conservateurs, le choix est simple : votez Bloc québécois, notre allié de toujours. Ailleurs, dans les circonscriptions où la lutte se fait plutôt entre les conservateurs et un autre parti (Libé­ral, généralement), n’hésitez pas.
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