Souvenirs de vacances...

Pourquoi la Bulgarie?

Mado Lamotte
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Le premier mot qu’on apprend en débarquant à Sofia, c’est «Nazdrave», qui veut dire «santé» en bulgare. Je ne vous mens pas, ces gens-là se réveillent avec une bière dans les mains et ne se couchent pas avant d’avoir calé un 40 onces de rakia ( la boisson nationale qui contient entre 50% et 80% d’alcool). Oui, la légende qui veut que les habitants d’Europe de l’Est aient le coude léger est tout ce qu’il y a de plus vraie. Mais il ne faudrait pas généraliser, on ne fait pas que boire en Bulgarie, oh que non, on mange beaucoup aussi.

Comme des porcs! Ben du gras, de la panure et des patates pilées noyées dans le beurre et recouvertes de fromage, de salade de chou, de p’tits pois, de blé d’inde, de bines, d’olives et de cornichons surettes (après ils diront que nous sommes bizarres avec notre poutine ). Moi qui n’ai jamais porté plus que du 28 de taille, me voilà rendue que je vais être obligée de m’habiller chez Addition-Elle! Vite au Energie-Cardio pour perdre tous ces kilos en trop! Mais qu’est-ce que je suis allée foutre dans cette galère? « Pourquoi la Bulgarie? » qu’on me demandait à chaque fois que je réussissais à franchir la barrière de cette langue bâtarde qui ressemble à du russe et qui s’écrit comme du grec. Sincèrement, je ne sais pas pourquoi j’ai abouti dans ce trou perdu où on se déplace encore à dos d’âne pour se rendre d’un village à l’autre et où il n’est pas rare de faire la file derrière un tracteur sur une autoroute. En fait, c’est arrivé un soir de beuverie avec ma sœur Nicole, alors qu’on cherchait un pays exotique pour nos prochaines vacances. Après une demi-douzaine de shooters d’absinthe à essayer de se mettre d’accord sur une destination, on a fait tourner un globe terrestre et chacune notre tour, on a pointé le doigt sur un pays au hasard. Je suis tombée sur la Bulgarie et elle sur le Kazakhstan. On a choisi la Bulgarie. Première surprise en débarquant à l’aéroport, ils ont l’électricité et l’eau courante. Après s’être fait arnaquer par notre chauffeur de taxi, on débarque à notre hôtel, en plein cœur d’un charmant quartier du centre de Sofia où nous sommes accueillies comme des reines par le beau Kristian, un dieu Bulgare comme on en verra trop peu dans les rues de la capitale. Malheureusement, la beauté des hommes bulgares n’est pas comparable à celle de leurs chanteuses au corps de Barbie, qui sont toutes, sans exception, blondes ou noires à cheveux longs, les lèvres gonflées au botox et les boules remplies de silicone. Je vous mens pas, Pamela Anderson devrait se mettre sur les hormones si elle venait en Bulgarie. Et vous devriez voir les vidéoclips de ces filles-là. Plus guidounes que Anne-Marie Losique. Elles se frottent sur des murs en bébé doll, sur des autos en bikini, se roulent par terre en bobettes, se pognent les boules couchées dans un lit et y’en a même une qui chante en brassière dans une cabine de toilette. Plus sexy que ça, tu flushes! Et les chanteurs? Inexistants, à part Aziz, le gagnant de «Bulgaria Idol», une grosse mou­moune qui est une espèce de croi­sement entre Boy George et Sonia Vachon. Au moins, leur musique est vraiment très bonne, du gros kitsch genre Eurovision et il n’y a pas une journée où on n’a pas entendu Kylie à la radio. J’étais aux anges. Nous sommes donc restées deux journées à Sofia pour appré­cier la splendeur des églises orthodoxes, l’architecture d’influence autrichienne et les horreurs datant de l’époque communiste. On s’est aussi reposées dans un des nombreux parcs de la ville, on a assisté à un spectacle de fol-klore bulgare en plein air et on a vu une exposition d’art contemporain qui comprenait, entre autres, un carré de sable, une corde pendue au plafond et une paire de souliers (je niaise pas). On a aussi marché des heures et des heures à magasiner sur des rues piétonnes (enfin un pays où le piéton est roi), on a bu beaucoup de café à l’eau de vaisselle ici et là et quand on en a eu assez de se promener dans des marchés de légumes pourris, de t-shirts cheaps et de bas de nylon beiges, on s’est loué une Lada et nous sommes parties à la conquête du pays Balkan. Mais quelle mauvaise idée de vouloir conduire dans un pays tout en montagnes où les autoroutes ressemblent à des rangs de campagne remplis de nids d’autruche! Première destination, le monastère de Rila. Magnifique, à couper le souffle, un must à voir malgré la route en lacets qui ne finit plus de tourner et de nous donner le goût de vomir notre salade de patates. De là, on gagne le petit village de Melnik, mon coup de cœur, en faisant un crochet par un autre monastère, dont j’ai oublié le nom, mais qui est digne de visite. On a à peine parcouru 100 kilomètres et le soleil se couche déjà. On mange un vrai souper de camionneurs (tout baigne dans l’huile) qu’on noie dans des litres de vin savoureux (on est quand même dans la région du vin ) et on se couche saoules comme des filles de Laval dans un bachelorette. Je me lève à l’heure où je me couche à Montréal et, après un petit déjeuner composé de pain noir, de saucisson à l’ail, de confiture de roses et, oh miracle! de bon café italien, on reprend la route en direction de Plovdiv, la deuxiè­me ville du pays. On est à peine à 200 km, donc logiquement, si on s’arrête une heure pour manger et une autre pour visiter les gorges de Trigrad on devrait être là dans quatre heu­res au gros max. Huit heures plus tard, on est toujours pas arrivées. Non mais, ça vous tenterait pas messieurs les cartographes bulgares de faire des cartes qui indi­quent des numéros de route qui correspondent avec la réalité. Pas facile de se retrouver dans un pays où l’autoroute A2 s’appelle en réa­- lité E4 et que tous les numéros de routes secondaires qui sont supposés être pairs sont en fait impairs. Quelle route je prends moi quand j’arrive à un embranchement qui dit 773 à gauche et 775 à droite alors que sur la carte ça dit 774 ? Ben des tournicotis et des tournicotons plus tard, on a quand même conduit à travers ce que je qualifierais de pres­que plus beaux paysages de montagnes, de vallées et de gorges profondes au monde. C’est donc la mâchoire à terre tout le long du trajet qu’on a traversé la région des Rhodopes les yeux émerveillés et le ventre gargouillant de Kebache (brochette de poulet à moitié cuite). Trois jours de suite qu’elle a eu mal au ventre, ma pauvre sœur, à cause de la quantité industrielle de friture et de panure qu’on a mangée durant notre voyage. Quoi vous dire sur Plovdiv, à part qu’on a tourné en rond pendant une heure pour trouver notre hôtel dans une ville qui affiche nulle part ses noms de rue et que notre super hôtel 3 étoiles, re­commandé par le guide du routard, s’est avéré être un hôtel de passe avec des putes dans le lobby, du tapis shag à la grandeur et un escalier lumineux pour se rendre à notre chambre sous les toits. Et comme dans tous les hôtels de Bulgarie, ne cherchez pas de cabine de douche, ça n’existe pas. Y’a un tuyau de douche téléphone accroché au mur et on prend sa douche assis su’l bol. Pratique quand tu as le va-vite mais pas à la hauteur de mon statut de reine. On ira tout de même se perdre dans la vieille ville qui est d’un certain intérêt mais on manquera le spectacle au cabaret de drag queens (quoi, il y a autre chose que des pitounes à grosses boules dans ce pays de machos?) parce que quand tu te lèves à 7 heures pis que tu as fait 12 heures de route, t’as vraiment pas envie d’attendre à 2 heures du matin pour voir un p’tit gros chanter du folklore bulgare habillé en fermière et maquillé comme une lesbienne à son bal de finissantes. Je vous épar­gne les détails sur la fin du voyage qui s’est passée en partie dans la voiture à conduire d’une destination à l’autre en arrêtant de temps en temps pour faire le plein de salade shopska (genre de salade grecque excellente) ou pour demander des infos aux dizaines de bonshommes qui pissent la graine au vent sur le bord des routes. Un arrêt s’impose tout de même au village de Nessebar, question de voir de nos yeux qu’ils ont vraiment tout ruiné de ce village typique en ouvrant des centaines de boutiques à souvenirs et de restaurants sous les maisons en pilotis qui auraient pu faire de cet endroit un de nos préférés. Vite Nicole, embarque dans le char, on n’est pas venu en vacances à Walt Disney, on s’en va voir la mer Noire à Varna. Toujours plus tard que prévu, on arrive à la noirceur sur le bord de la mer et il faudra attendre au petit matin pour constater que, là aussi, le capitalisme a fait son œuvre en parsemant le bord de mer de magasins, de restaurants et de bars pour satisfaire les touristes qui y viennent par milliers en été. Heureusement, il y a une merveille de cathédrale à admirer pour justifier notre passage ici. Après avoir englouti un beigne à l’huile et un café à l’eau d’égout, on prend le chemin de retour vers Sofia. Chemin faisant, on arrête au village de Veliko Tarnovo dominé par une forteresse majestueuse, où on reste estomaquées devant la vue de toute la région qui s’offre à nous et où ma sœur dit des insignifiances du gen-re: « ça devait sentir mauvais dans le temps avec tout cet espace et pas de toilettes». On repartira traumatisées par le spectacle de marionnettes qui accueillent le visiteur à l’entrée dans un charabia incompréhensible et qui ressemblent toutes à des poupées Chuky. La der-nière soirée à Sofia sera le must de notre voyage. Deux amis d’une amie à Montréal, Bogomil et Angel, nous font faire la tournée des grands ducs. Resto typique, enfin de la bonne bouffe authentique et man­geable, arrosée de beaucoup de rakia, de vin et de vodka. Ensuite on va digérer tout ça avec encore plus de vodka dans une discothèque où Kamelya, une chanteuse populaire de Bulgarie, se donne en spectacle. Bogomil attire son attention et lui dit que je suis du Canada. Elle me fait monter sur scène et, la vodka ai­dant, je me mets à faire une espèce de danse du ventre digne de Miss Butterfly et le public me gâroche des centaines de napkins (signe d’appréciation en Bulgarie). Trois heures du matin, c’est l’heure d’aller chez les fifs. On se retrouve au Why not, petit bar enfumé rempli à craquer de gais (enfin des beaux gars) qui dansent comme des déchaînés sur les derniers succès bulgares. Je dois être rendue à ma 20e vodka et je me mets à frencher tout ce qui bouge en bas de 30 ans. Black out! Je finis la soirée couchée dans un buisson avec ma sœur qui parle à une plante à côté de moi. Ayoye, ma tête. On est où Nicole? À 20 minutes de Sofia en taxi. Quoi? Comment on a abouti là? Paraît qu’on est parties avec deux jeunes pour se retrouver dans une orgie avec une douzaine de mecs qui voulaient nous faire vivre l’expérience du gang bang mais comme je suis une personne respectable, J’ai refusé car je me serais mise à vomir partout dès que le premier poilu aurait enlevé son chandail (le poil dans le dos, ça me fait toujours cet effet là!). Ainsi s’achève mon épopée extraordinaire au pays de la friture et de l’alcool de patates. Alors pour répondre à votre question : Pourquoi la Bulgarie? Pour l’exotisme, les paysages de casse-tête, les gorges de Trigrad, les champs de roses, la salade shopska, la rakia et les chanteuses à grosses boules. Nazdrave!

 

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Pourquoi la Bulgarie?

Comme des porcs! Ben du gras, de la panure et des patates pilées noyées dans le beurre et recouverte (...)

Publié le 18 juin 2008

par Mado Lamotte