Le dernier mot

Gilles Marchildon
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À partir du mois prochain, cet espace sera comblé par une autre rédaction. Ce n'est pas que les « questions d'égalité » soient toutes réglées. Bien au contraire! La chronique du mois dernier soulignait qu'il restait encore beaucoup de pain sur la planche. Or, j'ai décidé de prendre une pause. Fort heureusement, les droits ne prennent pas de pause dans leur avancée sur le chemin de la justice. Le droit égal au mariage pour couples de même sexe continue à faire des progrès au-delà des juridictions dans lesquelles il a déjà force de loi : Pays-Bas, Belgique, Espagne, Canada, Afrique du Sud puis États-Unis.
Dans les dernières semaines, la Californie s'est ajoutée au Massachusetts comme état américain qui accorde aux couples homosexuels le droit au mariage civil. L'état de New York reconnaît les mariages célébrés ailleurs. Selon plusieurs personnes, dans peu de temps, on permettra les célébrations de mariages dans l'état lui-même.
En Argentine, la nouvelle présidente s'est déclarée favorable à un projet de loi. Dans plusieurs états et pays du monde, on discute d'une gamme de moyens juridiques pour reconnaître les couples gais et lesbiens pour assurer une plus grande sécurité fiscale et sociale.
Le mois dernier, cette chronique a évoqué le nom de Lénine et sa fameuse citation du pas en avant accompagné du pas en arrière. Que penserait cet homme politique et révolutionnaire russe des événements d'aujourd'hui en Russie?
Le Ministère russe de la santé et du développement social a levé l'interdiction contre les dons de sang par les hommes gais. Cette décision fait suite à une campagne menée depuis deux ans par des militants de la communauté GLBT.
Si seulement les agences de collecte de sang au Canada pouvaient s'inspirer de cette décision russe. La chronique «Questions d'égalité» de mai portait justement là-dessus. Présentement au Canada, les hommes ayant eu un rapport sexuel avec un autre homme, même une seule fois depuis 1977, ne peuvent donner du sang. Le questionnaire utilisé est insultant et imprécis, il exclut de bons donateurs potentiels et il ne contribue pas à protéger l'intégrité du système.
Cette décision éclairée en Russie fait contraste avec l'entêtement de la mairie de Moscou de ne pas permettre à la communauté GLBT de tenir une célébration de la Fierté – contrairement à la grande majorité des grandes villes occidentales.
Cependant, les militants et organisateurs de la communauté ont fait preuve d'audace et de créativité. Récemment, ils ont créé une diversion pour la police afin de d'organiser non pas une manifestation mais deux!
Alors que la police s'est rassemblée à un endroit où les GLBT avait «menacé» de tenir leur manifestation, les militants ont effectivement manifesté ailleurs. De plus, on a déployé des banderoles d'une fenêtre surplombant une place publique avant que la police se rende compte de la ruse qu'on lui avait jouée.
Malheureusement, la journée a été marquée par quelques actes de vio­lence contre des personnes homosexuelles, sans que la police ne les protège.
La violence fait aussi partie du quotidien de la communauté GLBT au Canada. Tel qu'indiqué le mois dernier, Statistique Canada confirme que les gais et lesbiennes ont deux fois plus de risques d'être victimes de violence comparativement aux hétérosexuels.
Dans les écoles, un autre sondage mené par Égale Canada confirme l'état désolant de la situation. Conduite auprès des étudiants de la 8e année jusqu'à la 12e (secon-daire IV), l'étude révèle que plus des deux tiers des étudiants GLBT ne se sentent pas en sécurité dans leur école.
Le quart des étudiants ayant répondu au questionnaire ont indiqué avoir été victimes de me-naces physiques à cause de leur orientation sexuelle. Plus de la moitié des répondants disent qu'ils ont été menacés par des propos. Une moitié d’entre eux indiquent qu'on avait fait circulé sur Internet ou par messagerie-texte des rumeurs malicieuses à leur égard. Bref, le taux de harcèlement des étudiants GLBT serait presque le double de celui des étudiants hétérosexuels.
Les résultats concordent avec ceux obtenus aux États-Unis par la Gay, Lesbian and Straight Education Network en 2005.
On peut imaginer comment ce contexte nuit aux résultats scolaires, pour ne rien dire de l'estime de soi des étudiants. Au fait, plus du tiers des répondants GLBT ont avoué avoir séché des cours par crainte pour leur sécurité personnelle.
Donc, même si je prends une pause par rapport à la rédaction de «Questions d'égalité», il n'y a pas de doute qu'il reste beaucoup à faire pour assurer l'égalité.

scribe.lgbt@gmail.com