L’importance des petites batailles

Yves Lafontaine
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On a trop souvent tendance à tenir pour acquises les avancées importantes des droits des communautés gaies et lesbiennes au Canada. On n’a toutefois qu'à voyager un peu à l'étranger pour s'apercevoir que ces droits se modifient ou disparaissent dès qu'on prend l'avion… Très peu de pays reconnaissent les mariages gais canadiens ou l’union civile québécoise. Et que dire du droit des séropositifs à se déplacer librement? Heureusement des batailles se gagnent constamment pour changer les choses. Si vous êtes porteur du VIH, sachez que plus de 70 gouvernements — dont ceux des États-Unis, de la Chine, de la Corée du Sud, de Singapour et d'une majorité des pays du Proche-Orient — restreignent vos déplacements ou tout simplement vous interdisent l'entrée. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé, le 10 juin dernier, l'arrêt des res­trictions imposées par certains pays à l'entrée sur leur territoire des porteurs du virus du sida. «J'appelle au changement des lois qui maintiennent la stigmatisation et la discrimination, y compris les restrictions imposées à la mobilité des personnes vivant avec le sida», a-t-il déclaré devant l'Assemblée générale des Nations-Unies. Il s'exprimait lors d'une conférence de trois jours sur les progrès faits en matière de lutte contre le virus VIH responsable du sida, en présence de représentants des sociétés civiles. Sera-t-il entendu? C'est souhaitable, car non seulement ça n'est tout simplement pas justifiable au non de la santé publique, mais il s'agit là également d'une violation flagrante du droit à se déplacer librement. Partout dans le monde, l’ouverture ou non au mariage (ou l’union civile) entre personnes de même sexe est un bon indicateur de l’ouverture de la société vis-à-vis l’homosexualité. La Grèce, civilisation plusieurs fois millénaire, est secouée par le mariage gai. Le maire socialiste d'une petite île grecque, Tilos, a célébré pour la première fois deux mariages homosexuels, provoquant une réaction immédiate des autorités supérieures et déclenchant une controverse juridique autour des droits des gais et lesbiennes en Grèce. L'élu a profité d'une faille dans la loi sur le mariage civil, qui ne précise pas que cette union doit être contractée entre deux personnes de sexes opposés. Chez nos voisins du Sud, en cette année électorale, on semble une fois de plus déchiré par la question du mariage gai. Si, du côté des Républicains, on est toujours farouchement contre, du côté des Démocrates, l'idée de permettre les unions civiles prend racine, à défaut de reconnaître les mariages. Les états de l'union sont également divisés. À la suite de la décision de la Cour suprême de la Californie de permettre les mariages entre personnes de même sexe, les autorités de 10 états américains (l'Alaska, le Colorado, la Floride, l'Idaho, le Michigan, le Nebraska, le New Hampshire, la Caroline du Sud, le Dakota du Sud et l'Utah) ont appelé la Cour suprême de Californie à reporter la date d'entrée en vigueur du mariage homosexuel pour leur permettre de modifier leurs législations respectives concernant leurs résidants qui se marieraient dans l'état de Califormie. Plus ouvert, l'État de New York a déjà commencé à adapter ses textes pour permettre à ses ressortissants mariés en Californie de bénéficier des mêmes droits que ceux pré­- vus en Californie, et ce, même s’il ne permet pas le mariage à ses propres citoyens... Du côté de la Norvège, le parlement vient juste d'adopter un projet de loi mettant sur un pied d'égalité les couples homosexuels et hétérosexuels, tant pour le mariage et l'adoption d'enfants que pour la possibilité de bénéficier d'une assistance à la fécondation. La Norvège deviendrait ainsi le sixième pays au monde — après la Belgique, le Canada, l'Espa­gne, les Pays-Bas et l'Afrique du Sud — à accorder aux couples homosexuels le droit de se marier sur un pied d'égalité avec les couples hétérosexuels. Ces quelques récentes victoires sur le plan international illustrent bien que le combat pour l'égalité se gagne par une succession de petites batailles dont certaines auraient semblé impossible à gagner il y a à peine 30 ans. Pensez-y, l'homosexualité était illégale jusqu'en 1972 en Norvège, un pays qui est depuis devenu l'un des plus libéraux au monde dans ce domaine. Preuve qu’il y a de l’espoir...
yveslafontaine@fugues.com