Placard et travail

Dire ou non son homosexualité au travail

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

On le sait : c’est dans le milieu de travail qu’il est souvent le plus difficile de faire sa sortie du placard. Comment les collègues réagiront-ils ? Serais-je victime de blagues ou encore de stigmatisation ? Aurais-je encore droit à des promotions ? Et dans la santé publique, ou encore dans l’éducation, comment serais-je perçu ? Une étude a été menée sous la direction de Line Chamberland sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM et du Collège de Maisonneuve. La recherche est terminée et l’entièreté de la recherche est publiée en ligne sur le site du Collège de Maisonneuve

Comme il s’agit d’un site d’une institution étudiante, donc destiné à une population jeune, les auteures de l’étude ont pensé à la rendre plus attrayante, en proposant des activités comme des mots entrecroisés, un questionnaire et une simulation de relation d’aide face à un étudiant désarçonné parce qu’un ami lui aurait menti. «En fait, on a cherché à attirer un public collégien hétérosexuel», avance Line Chamberland. «Quelques articles sur la recherche ont été pu­bliés, mais pas la recherche au complet. Sur le site, on peut la consulter facilement.»
En fait, sortir du placard en milieu de travail, dépendrait de plusieurs facteurs, un travail stable, un environnement accueillant, mais la démarche serait à peu près toujours la même. «On dévoile son homosexualité au travail progressivement, en décodant les signes d’ouverture ou de fermeture. On écoute beaucoup l’environnement et on commence à s’ouvrir avec une personne de confiance, un ou une collègue dont on est proche», constate Line Chamberland.
Si en général, il y a moins d’inconfort à en parler, il n’y a pas encore une grande aisance face aux autres. Autre constat de la professeure, c’est que les préjugés et les plaisanteries homophobes sur le lieu de travail n’ont pas changé depuis des décennies. «Un exemple, si un gai correspond à l’image d’un gars, il sera mieux accepté. L’acceptation est conditionnelle à la représentation sociale du genre.» Il en va de même pour une lesbienne. À la différence qu’elle sera plus facilement victime de harcèlement sexuel de la part des hommes, qui chercheront à lui faire des propositions.
Certains milieux sont moins propices à sauter le pas, surtout quand il s’agit d’un travail auprès de clientèles dites vulnérables où le gai ou la lesbienne peut se retrouver en situation d’autorité. «Certains des répondants qui travaillent auprès des jeunes par exemple se réfugiaient derrière un code d’éthique pour ne pas le dire par crainte d’être soupçonnés de pédophilie par les parents ou de perdre leur position d’autorité auprès des étudiants», continue Line Chamberland. «Ce sont des milieux où il y a très peu de visibilité homosexuelle.»
On aurait tendance à croire que les lesbiennes sont plus craintives que les gais à en parler dans leur lieu de travail. La recherche ne constate qu’un écart de 10% entre les lesbiennes et les gais, et les raisons qui les poussent à adopter un comportement de discrétion sont sensiblement les mêmes. Enfin, tous les répondants s’accordent pour se sentir bien seuls au sein des entreprises et sans soutien de la part de la direction, d’où la nécessité, dans entreprise d’une politique d’ouverture à la diversité sexuelle.
Mais ce qui semble une avancée perceptible et qui ressort au cours de cette étude, c’est que les gais et les lesbiennes qui justifient ou qui défendent le fait de rester dans le placard semblent très minoritaires. Mais sortir du placard reste toujours un choix personnel, même si beaucoup déplore que ce ne soit pas naturel et qu’ils ont encore le fardeau de défaire les préjugés, puisque l’environnement professionnel n’envoie pas de messages clairs d’ouverture pouvant les aider dans leur démarche.
www.ccdmd.qc.ca/ri/homophobie

 

  Envoyer cet article

Placard et travail

Dire ou non son homosexualité au travail

Comme il s’agit d’un site d’une institution étudiante, donc destiné à une population jeune, les aute (...)

Publié le 20 mai 2008

par Denis-Daniel Boullé