Madonna, Hard Candy et Filth & Wisdom

Plus que du bonbon

Éric Paquette
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J’ai eu l'honneur de m’entretenir avec l'une des femmes les plus prolifiques de l’industrie du divertissement. Chan­teuse, actrice et danseuse, la Reine de la pop a eu une dernière année bien remplie. Elle est passée derrière les caméras pour nous offrir un premier film, Filth and Wis­dom, et elle a terminé son nouvel album Hard Candy, qui sort fin avril. Je me suis rendu à Berlin, en février dernier, pour m’entre­tenir avec la star. Elle me parle de son film, de son nouvel album et aussi de son histoire avec la communauté gaie.

Vous n’êtes pas sans savoir que vous avez beaucoup de succès avec les gais et les lesbiennes. Comment expliquez-vous ce lien particu­lier?
En fait, je ne connaissais rien des gais et des lesbiennes avant de déménager à New York. C’est mon professeur de danse qui m’avait donné rendez-vous dans un club super branché à Manhattan, et ce n’est que rendue sur place que j’ai découvert ce monde fantastique. Je n’avais jamais rencontré d’homosexuel avant mon professeur de danse. Je n’oublierai jamais cette nuit, car il m’a présentée à tous ses amis et nous avons dansé jusqu’au petit matin! J’ai senti une liberté incroyable. Je crois que je ressens une forte connexion avec les gaies et lesbiennes parce que, moi aussi, j’ai eu à me battre pour afficher mes différences. Lorsque je suis arrivée dans ce club de nuit, j’ai tout de suite senti que les gens m’acceptaient et qu’ils ne me jugeaient pas. Je pouvais être moi-même sans me faire regarder de travers.

Parlez-moi de Hard Candy, votre nouvel album. Arrivez-vous encore et toujours à vous réinventer?
C’est très différent de Confessions on a Dance Floor. Je crois que Hard Candy est un album beaucoup plus introspectif. Avec Confessions, je voulais rester loin de tout ce qui était séreux, je voulais m’amuser et danser, sans plus. Pour Hard Candy, j’ai dû me creuser un peu plus les méninges, je voulais amener mes fans à un endroit complètement diffé­rent. C’est bien beau danser, mais j’aime toujours provoquer et faire réfléchir les gens. Alors oui, pour répondre à la question, je cherche effectivement à me réinventer chaque fois que je crée.

Êtes-vous nerveuse lors d’un lancement d’album?
Je suis terrifiée! J’ai toujours la crainte que mes fans n’aimeront pas mes chansons et que mes pièces ne tourneront pas assez à la radio. Mais mes craintes, je m’en sers pour renforcer mon caractère et, du même coup, je suis plus vigilante et plus exigeante envers moi-même. J’ai donc plus de chances d’atteindre mes objectifs.

À l'image de votre parcours, le film Filth and Wisdom que vous avez réalisé raconte l’histoire de trois jeunes artistes qui se démènent pour survivre à l’aube de leur carrière artistique. À quel personnage vous identifiez-vous le plus?
Sans aucun doute à Holly, une aspirante danseuse. Je me rappelle, que lorsque j’ai quitté le Michigan pour m’installer à New York, la réalité était très difficile à concevoir. Tout comme Holly, j’ai vite découvert que je n’étais pas si spéciale et qu’il y avait des milliers d’autres jeunes filles qui voulaient devenir célèbres. C’était la période de ma vie la plus difficile. Contrairement à Holly, je ne me suis pas résignée à faire des danses à gogo, mais j’ai fait bien d’autres choses pour arriver à mes fins. (Rires!)

Dans votre film, vous exprimez clairement la dualité entre le bien et le mal, la lumière et la noirceur. Comment arrivez-vous à concilier ce dualisme dans votre vie personnelle?
J’ai appris beaucoup de cette constante bataille depuis que je pratique la Kabbale. C’est une réalité à laquelle nous faisons face quotidiennement. Il y a constamment un dilemme qui se pose lorsque des embûches se présentent. La beauté de cette dualité, comme je l’explique dans mon film, c’est que nous sommes responsables de nos moindres actions et qu’il n’y a rien de coulé dans le béton. J’ai appris à être responsable de mes actions, et en étant proactive, j’ai découvert que j’avais le plein contrôle de ma destinée. Je suis celle qui est responsable de mes succès et de mes erreurs.

Vous avez utilisé la pièce Erotica, tirée d’un des albums les plus provocateurs de votre carrière, pour la trame sonore de votre film. En tant qu’épouse et mère de 3 enfants, votre perception de la sexualité est-elle toujours la même?
J’ai écrit Erotica il y a déjà 15 ans. J’ai toujours eu besoin de provoquer et de jouer avec la tolérance de mon public. Plus jeune, l’érotisme était un jeu pour moi. C’était une forme d’expression physique d’un besoin naturel. Ma perception n’a pas beaucoup changé. C’est tout aussi amusant et excitant. Ce qui est différent, c’est que je réserve ces moments intimes uniquement pour mon mari. (Rires!) N’allez pas croire que ma sexualité est monotone parce que je suis mariée!

Vous célébrerez votre 50e anniversaire en août prochain. Est-ce que votre définition du bonheur a changé avec la maturité?
Il y a 30 ans, être heureuse signifiait avoir de quoi manger, avoir la chance de performer à une audition de danse et avoir le respect des gens autour de moi. Aujourd’hui, le bonheur consiste pour moi à avoir la sagesse d’être reconnaissante pour tous les miracles qui se sont produits dans ma vie. J’ai la possibilité de pouvoir partager des moments inoubliables avec ma famille et mes amis. En bout de compte, ce qui est important, c’est d’avoir de la compassion pour les gens qui m’entourent et de partager mon bonheur, de répandre ma joie de vivre. C’est mon seul pouvoir, mais il est infiniment puissant.

Vous percevez votre âge comme un avantage ou comme un signe de vieillissement?
C’est évidemment un avantage, car je peux me servir de ce que j’ai appris dans la vie pour devenir une meilleure personne chaque jour. Je me sens plus sage et moi impulsive. Mais je dois rester consciente que je travaille souvent avec des personnes qui ont la moitié de mon âge, et je ressens donc le besoin de travailler deux fois plus fort pour les rattraper. Mais vous savez quoi? Non seulement je les rattrape, mais je leur botte les fesses chaque fois! (Rires!) Je sais que j’en sors toujours gagnante…

Hard Candy en magasin le 29 avril.