Karine Nguyen, auteure de chansons prolifique

Pour l’amour des mots

Elisabeth Brousseau
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Karine Nguyen est auteure. Très jeune, elle s’est découverte une passion pour le français et pour l’écri­tu­re. L'origine de sa passion? Son amour des mots. Déjà très jeune, elle chantait et désirait développer ses qualités de musicienne. Sa Belgique natale l’a motivée à défendre le français et à s’engager dans la promotion de ce dernier. Son amour de la poésie et l’inspiration qu’elle a trouvée dans les mots de Beaudelaire et d'Émile Nelligan l'ont fortement inspirée et lui ont donné sa passion pour l'écriture. Portrait d’une lesbienne exilée, mais exaltée. Issue d’une famille francophone, d’une mère belge et d’un père vietnamien, elle fut néanmoins influencée par la culture anglosaxonne. «La musique que nous écoutions, malgré que la Belgique soit voisine de la France, était presque exclusivement issue de l’Angleterre ou des États-Unis. J’ai alors pris conscience que le français était une langue extraordinaire et que je voulais intégrer la richesse de ma langue dans mon art.» Évidemment, Karine Nguyen travaille aujourd’hui un peu partout dans la monde. Au départ, c’est une bourse du gouvernement Belge pour la promotion de la culture et du fran­çais qui l’a d’abord menée au Québec. Après avoir habité quelque temps à Montréal, elle est allée vivre à New York où elle intègre aussi l’anglais dans son travail, dans son écriture. Son bilinguisme lui sert au quotidien et lui permet de promouvoir son art et son écriture au cœur de l'Amérique du Nord. Auteure de chansons reconnue au cœur de la francophonie, elle souhaite conquérir le marché musical américain. Elle commence déjà à faire parler d'elle au coeur de New York.
Pour les curieuses, son espace myspace et son site internet (www.myspace.com/karinenguyen et www.karinenguyen.com) vous donneront un aperçu de son travail. Un visage, un sourire, cela m’a permis de saisir un peu plus de ce qui la rend spéciale et unique. Karine est une femme à l’humour étonnant, frétillant de ricanements sincères et généreux. J’étais supposée la rencontrer à Montréal, lors d’un prochain voyage, mais sa carrière est si prenante! Nous avons donc choisi de faire une entrevue téléphonique, mais avec une promesse de se rencontrer dès qu’elle mettrait les pieds dans le village. Une chance, pour moi, de rencontrer une femme, lesbienne, qui vit de ses mots, de son art, de ses chansons. C’est essentiellement ce qu’elle fait dans la vie : écrire des chansons. Évidemment, les auteurs sont peu connus au Québec. Dans certains pays, ils sont de véritables stars, ils sont illustres et courent les plateaux de télévision. À Montréal, être auteur n’apporte pas le vedettariat, mais a tout de même permis à Karine de lancer sa carrière. Les années passées au Canada ont été pour elle une véritable façon de structu­rer son art et de se faire reconnaître dans le domaine. Comme dans plusieurs milieux, la réussite est souvent basée sur les contacts qu’on développe. Karine a fait ses preuves il y a déjà un bon moment. Dans son répertoire, on compte de nombreux titres à succès. Elle a notamment co-écrit la chanson La vie qui danse, titre de l’album de Gabrielle Destroismaisons. Plus récemment, elle a écrit pour la jeune chanteuse montante Jordane et pour François Aubert, un espoir folk-rock francophone. Une touche d'écriture aussi pour l'artiste de talent Christian Sbrocca (folk-rock) pour le titre L'odeur du passé tout juste sorti sur les ondes.
Un des objectifs premiers de Karine est de pouvoir bientôt composer elle-même la musique de ses chansons. Pour l’instant, elle a plutôt collaboré avec des compositeurs de renom tels que Sylvain Michel (qui a composé notamment pour Serge Lama et Isabelle Boulay), Claude Sénécal (qui a composé, entre autres, les plus grands hits de Marie-Chantal Toupin), Gilly (qui a composé pour Chimène Badi, très célèbre en France), Roger Mann (Kim Richardson).
On compte aussi, dans son parcours musical, des collaborations avec l’interprète Marie-Claude Petit qui a fait la première partie de Lynda Lemay à l’Olympia de Paris; Dany Boudrault, qui a fait, lui, la première partie du show de Wilfred Lebouthillier. Certaines rencontres telles que Nick Carbone et Marylen Paquin lui ont apporté un soutien considérable dans sa carrière artistique.
Karine Nguyen a fait ses preuves et poursuit sa carrière dans la ville du Showbizz par excellence, New York. Elle s’ennuie parfois de Montréal, m’avoue-t-elle, mais New York est avant tout une ville de lumière où tout est possible. Pour elle, c’est aussi le paradis lesbien par excellence. La Grosse Pomme correspond davantage à ce qu’elle apprécie de la vie underground gaie. «Montréal souffre de n’offrir aux lesbiennes que très peu de lieux d’expression, de sortie, de rencontres, alors j’ai comblé ce manque en allant vivre à New York où je peux mieux grandir au sein de ma communauté. J’adore pourtant Montréal, où l’accès à la culture est beaucoup plus large qu’en Belgique.» Le marché, quoique relativement restreint sur le plan de population, est plus démocratique et permet à des gens de talent de se faire un nom, à la différence de la France, par exemple. En effet, Karine Nguyen s’est fait un nom à Montréal. «Malgré tous les succès auxquels je suis parvenue à Montréal, mon épanouissement personnel en tant que femme était loin d'être atteint. Cela m'a poussée à revenir à mon premier amour américain : New York.»
Quand je lui ai demandé de me parler de l’importance de la communauté gaie, Karine s’emballe et me parle des différents projets qui l’animent. Elle est bénévole pour un magazine lesbien en pleine expansion, le Go Magazine qu’elle qualifie littéralement de bible lesbienne. Elle s’implique dans la Traversée du pont de Brooklyn qui vise à revendiquer les droits pour le ma­riage gai. Elle est également, ponctuellement, bénévole pour d’autres activités telles que le Gay Life Expo et d’autres événements du genre. Pour elle, l’homosexu­alité est une réalité constitutive de son existence. «Je n’étais pas vraiment out en Belgique. C’est vraiment à mon arrivée à Montréal que j’ai commencé à vivre réellement mon homosexualité.» Comme plusieurs gais ou lesbiennes, s’exiler est parfois un moyen dur, mais efficace de vivre librement sa vie. Heureusement, son travail d’auteure est directement lié au milieu artistique, un milieu réellement ouvert à l'expression et à la diversité, et où l’homosexualité n’est plus une différence.