La maison urbaine

Une résidence au masculin, pour que vieillir soit gai

Michel Joanny-Furtin
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Le concept derrière la Maison Urbaine n’est pas de créer un ghetto, mais plutôt un cadre de vie sain et accueillant pour les hommes gais âgés qui préfèrent un environnement urbain près de leur communauté. Beaucoup d’homosexuels du troisième âge sont isolés, car ils n'ont pas d'enfants. La Maison Urbaine viendra faciliter la création – ou le prolongement – d’un réseau social de voisinage, si essentiel en vieillissant. André J. Saindon, promoteur du concept Maison Urbaine, compte finalement ouvrir dès cette année une première maison pour les retraités gais, et travaille sur un nouveau concept pour la seconde. «Un tel projet est vraiment complexe à mettre en place parce qu’il soulève de grandes questions d’éthique. Nos aînés gais et lesbiennes peuvent subir de l’homophobie dans les résidences pour personnes âgées conventionnelles. Mais pour ne pas être discriminatoires en réservant nos résidences aux gais uniquement, il fallait trouver des façons de dire les choses et trouver les termes légaux pour l'exprimer dans nos contrats avec les partenaires. C’est un gros débat qui a duré plusieurs mois, confie M. Saindon.» Maintenant, le projet devrait avancer plus vite.

Entretemps, la Maison Urbaine Papineau, qui devait se dresser entre Logan et Lafontaine, est devenue un projet plus ambi­tieux, passant d’une quarantaine de logements sur un espace de 8 000 pc2, à 130 unités sur 20000 pc2, au coin de La Fontaine. En outre, le concept d’origine a été adapté pour accueillir des résidents en perte d'auto­no­mie. «Le plus grand nombre de logements et la masse budgétaire qu’ils généreront nous permettront d’offrir plus de services pour le même prix de loyer et d’y ajouter des logements pour les aînés en perte d’auto­nomie. Eux non plus n’auront pas à retourner dans le placard parce qu’ils sont plus dépendants.»

Dotée de nombreux services, la Maison devrait offrir, entre autres, une salle d’exercice avec sauna, un salon de coiffure, un coin vélos stationnaires, un bistro internet, une terrasse et un spa sur le toit, avec le coup d’œil sur le centre-ville, le Mont-Royal et le Village. À l’image des projets immobiliers du moment, on prévoit des planchers de bois franc, des finis céramique en cuisine, des douche avec portes en verre et des foyers au gaz dans certains logements. Les loyers devraient s’étendre de 1075$ à 1600$ par mois.

Le second projet qui devrait voir le jour sur René-Lévesque, entre Amherst et Wolfe, a été abandonné en raison des règlements d'urbanisme trop rigides concernant la hauteur du bâtiment, et ce, malgré les tours voisines. «Nous travaillons déjà sur un autre projet toujours dans le même style de déco, et nous négocions un site sur le Plateau près du parc Lafontaine.» André J. Saindon n’en dira pas plus, à part que ce projet, sera plus axé sur l'accueil des aînés gais en perte d'autonomie. «On va s’occuper des nôtres jusqu’à la fin!» Quant au projet de résidence pour lesbiennes, il reste pour le moment à l'état de projet. «Pour deux grandes raisons auxquelles il faut réfléchir, explique André J. Sain­don, et qui auront une incidence sur le projet. On ne peut pas ignorer que le niveau de vie des lesbiennes est inférieur en moyenne à celui des gais, et nos logements avec services ont un coût. De plus, nos informations pré-liminaires nous laissent croire que plusieurs d’entre elles recherchent plutôt des lieux permettant la mixité intergénérationnelle, donc avec des enfants, ce qui complexifie encore plus le projet…»

Maison Urbaine Papineau, 1830, rue Amherst, Montréal. T. 514 524-9650.