Véronique Poulin, chargée de projet chez Spheratest Environnement

Une question d’équilibre

Elisabeth Brousseau
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À l’heure où être vert n’est plus une mode, mais plutôt un principe éthique qui est au cœur des préoccupations de nos sociétés modernes, j’ai voulu rencontrer Véronique Poulin, une femme d’affaires engagée dans la cause écologiste. Âgée d’à peine 36 ans, Véronique a vécu de nombreuses expériences de vie peu communes dès sa plus tendre enfance. À l’âge adulte, sa vie a été ponctuée par de nombreuses décisions professionnelles déchirantes. Maintenant arrivée à assumer un sérieux projet d’entreprise avec ses partenaires d’affaires, elle nous inspire l’espoir de vivre en constante recherche de l’équilibre. Véronique est née à Montréal. Son père, hydro-géologue de formation, oeuvrait dans le domaine de la décontamination des sols et des eaux souterraines, ce qui a amené la famille à déménager à plusieurs reprises. Notamment, Véronique raconte avec un enthousiasme mitigé les nombreuses années vécues à l’étranger. «J’ai été élevée en Afrique», m’affirme-t-elle, «où j’ai passé la majeure partie de mon enfance. Je pense que c’est là que ma compréhension des rapports hommes-femmes s’est développée.» Dans ces conditions culturelles fortement différentes des nôtres, elle n’aurait pas voulu de la vie des femmes de là-bas. Rebelle dans l’âme, déjà dans son enfance, plus ou moins consciemment, elle souhaitait une meilleure vie pour ces femmes qui travaillent avec acharnement. Mais les retours au pays étaient souvent ponctués d’autres voyages, notamment en Amérique du Sud et en Amérique centrale, en Asie et en Europe. Véronique semble marquée par ces déracinements, à la fois heureuse de mieux comprendre le monde qui l’entoure, mais attristée de saisir l’immense fragilité de la planète. Son intérêt pour l’environnement semble lui venir de sa vision éclatée du monde. Malgré que le père de Véronique semble avoir joué un rôle important dans sa vie, elle ne voulait pas, initialement, travailler dans le même domaine que lui, au contraire. Pourtant, il y a quelques années à peine, elle a mis sur pied, avec des partenaires d’affaires, une entreprise d’assainissement des sols. Spheratest, située sur la rue D’Iberville à Montréal, offre notamment des services de décontamination, de réhabi-litation de sites, d’évaluation, de gestion environnementale, tout en offrant également des certificats de conformité aux normes. Effectivement, «les institutions financières sont de plus en plus sévères en ce qui a trait à la contamination». Maintenant, à l’achat, il n’est plus rare que soit exigé un certificat de conformité avec les normes environnementales pour que la banque vous concède un prêt. Voilà justement un des champs d’action de Spheratest qui se rend sur place pour faire l’évaluation en règle des sols, autant sur des terrains que sous les immeubles. «Décontaminer, c’est parfois une grosse entreprise qui peut être fortement stressante pour les propriétaires (acheteurs ou vendeurs), mais la loi est plus sévère qu’elle ne l’était à cet effet. Chez Spheratest, nous sommes là pour aider les gens à régler le problème à moindre coût.» Je me suis rendue à leurs bureaux où travaille une solide équipe jeune et compétente. Œuvrant à la grandeur de la province, Spheratest est destinée au succès.
À la fin de son adolescence, Véronique Poulin s’inscrit au cégep de Saint-Laurent en cinéma et dans un programme de coopération internationale. Puis elle complète un baccalauréat en cinéma et littérature. Passionnée, elle ne s’arrête pas là et s’inscrit à la maîtrise en études cinématographique à Paris, où elle vivra assez longtemps pour terminer son diplôme. Réalisant elle-même quelques films ça et là sur des questions telles que l’homosexualité ou la condition des femmes, elle se fait embaucher sur divers plateaux de tournage où elle gagne sa vie. Elle se sent libre dans ce milieu artistique ouvert sur le monde. Mais Véronique est mue par d’autres projets. Son amour de la terre et ses principes écologistes la mènent à vouloir étudier l’environnement. Elle s’inscrit au collège de Rosemont dans ce domaine et finit par retourner à l’UQAM où elle a complété des études en gestion et en éducation relative à l’environnement. Insatiable, elle termine actuellement sa maîtrise en gestion de l’environnement au Campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke.
Tout au long de l’entrevue, malgré sa forte scolarité, malgré ses nombreux voyages et ses expériences de vie diversifiées, j’ai remarqué la timidité de Véronique. C’est avec l’humilité qu’elle s’est prêtée au jeu de l’interview, sans poudre aux yeux, au naturel. Quand j’ai osé lui demander ce qui l’a poussée à accepter ma demande d’entrevue, Véronique m’avoue qu’elle se sent interpellée par l’image négative qui est souvent véhiculée à propos des lesbien­nes. «Dans les médias, soit les lesbiennes n’existent pas, elles sont complètement absentes, voire invisibles, ou bien elles sont présentées comme étant des victimes, pauvres et sans ressources. Or, ce n’est pas du tout le cas dans la réalité». Véronique me parle de ses connaissances, de ses amies, de ses collègues du hockey cosom. «Il y en a plusieurs là-dedans qui sont des professionnelles : médecin, policière, vétérinaire, ambulancière…» Parallèlement, Véronique admet également que le milieu a beaucoup évolué et que sortir du placard n’est plus aussi pénible que ce que ce l’était. Sortir dans les bars n’est plus aussi intimidant qu’avant. Les universités et les cégeps regorgent d’organisations gaies, lesbiennes et bisexuelles. Il y a beaucoup plus de ressources et l’homosexualité est en cons­tant avancement social. Pour elle, les femmes gagnent à être solidaires et inspirées comme l’ont été Janette Bertrand, Clémence Desrochers ou Léa Pool. Ces femmes ont été inspirantes pour moi, autant dans la réalisation de mon homosexualité que dans mon émancipation personnelle. «À 18 ans, dans ma famille, ça n’a pas été facile au début. Mais tu vois, à Noël, ma blonde Emmanuelle est venue avec moi, et ce n’est plus un problème depuis longtemps.» Pour moi, les seules réticences que j’ai connues se sont produites avec des collègues qui souvent, pour des motifs religieux, n’acceptaient pas mon homosexualité. Enfin Véronique ouvre la voie à l’acceptation des choses: «La vie nous pousse parfois à faire des choix, même si le rejet n’est jamais agréable à vivre.»