Élections et organes

Gilles Marchildon
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Le Parti Conservateur a passé le cap de ses deux ans au pouvoir au niveau fédéral. Plusieurs s'étonnent qu'il ait pu durer aussi longtemps, compte tenu surtout de la moyenne de vie habituelle des gouvernements minoritaires, soit environ 18 mois. Dans le contexte politique volatile, il se pourrait que le gouvernement ait été défait au moment où cette édition de Fugues sera distribuée. Généralement, on identifie deux causes possibles pour sa chute : le nouveau budget ou la question de prolonger la mission des Forces armées canadiennes en Afghanistan au-delà du mandat actuel qui se termine en mars 2009. Selon moi, c'est le budget qui représente la cause plus probable pour une défaite et donc, une élection fédérale. Le deuxième anniversaire des Conservateurs nous invite à poser la question : nous ont-ils fait du tort en tant que personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres ?
Bien sûr, l'on ne parle absolument plus du droit égal au mariage civil pour les couples du même sexe. Cette question semble avoir été réglée pour de bon. N'empêche qu'un simple candidat pourrait décider de faire campagne sur le dos des homosexuels en proposant de rouvrir la question en Chambre des Communes. En politique, il ne faut jamais dire « jamais », surtout quant à la possibilité que les droits d'une minorité fassent l'objet d'une campagne.
Le Premier Ministre Stephen Harper ne s'est vraiment pas distingué en boudant la conférence internationale sur le VIH-Sida ayant lieu à Toronto à l'automne 2006. Il n'avait pas daigné non plus accueillir les participants aux Out Games ni à la conférence internationale des droits humains se déroulant en tandem avec les jeux pendant l'été 2006. Toutefois, on n'oubliera pas les milliers de personnes au Stade Olympique qui ont hué le ministre conservateur fédéral, le sénateur Michael Fortier, lors de la cérémonie d'ouverture. Le changement de ministre de la Justice, du très conservateur et religieux Vic Toews au moins conservateur Rob Nicholson, représente une légère, mais très légère, amélioration. Monsieur Nicholson semble avoir hérité du même zèle que son prédécesseur par rapport à l'augmentation de l'âge de consentement pour les rapports sexuels et son désir de faire punir plus sévèrement les jeunes criminels.
L'engagement du gouvernement à l'égard des droits humains, et surtout des droits à l'égalité selon la Charte canadienne des droits et libertés, ne semble pas se porter mieux depuis l'abolition du Programme de contestation judiciaire par les Conservateurs à l'automne de 2006.
On pourrait dire qu'au cours des deux ans au pouvoir des Conservateurs, leur hostilité envers les personnes LGBT, à cause de la question du mariage, semble avoir cédé maintenant à un simple manque d'intérêt complet. L'indifférence est peut-être préférable dans leur cas?
Par contre, l'indifférence à l'égard des gais ne règne pas à Santé Canada. Le ministère a récemment mis en œuvre de nouvelles restrictions quant au don d'organes. Plus précisément, on a décidé de ne plus accepter de dons d'organes de tout homme gai. Dans certains cas, on pourra y faire exception; si le récipiendaire accepte. Cette politique reflète la pratique actuelle envers les dons de sang par les hommes gais, soit de dire « non merci » ! Si tu es un homme puis que tu as couché avec un autre homme, on ne veut plus de ton sang, ni de ton sperme.
On tente de défendre ce geste en disant que c'est nécessaire pour maintenir l'intégrité du système, soit la pureté du sang, du sperme et des organes. C'est un objectif louable sauf qu'on s'y prend tout croche. Le questionnaire devrait plutôt viser à faire le tri sur la base de pratiques sexuelles à risque élevé plutôt que d'éliminer tous les membres d'un groupe identifiable comme les hommes gais.
Les Conservateurs peuvent être blâmés pour leur inaction sur ce dossier, mais c'est sous le régime des Libéraux que Santé Canada a formulé cette restriction. De plus, il se pourrait que les politiciens n'aient même pas participé à cette décision et qu'elle fut prise seulement par les bureaucrates.
Environ 4 000 personnes sont en attente d'un organe pour subir une transplantation. Plus de 200 Canadiens meurent chaque année parce qu'on manque d'organes. De plus, le taux de don d'organe au Canada figure parmi les plus bas des pays industrialisés.
Sans doute, on va beaucoup parler de ces statistiques le mois prochain pendant la Semaine nationale des dons d'organes et de tissus.
Le besoin d'organes venant des hommes gais est criant et la restriction contre ce don d'organes n'a pas de fondement valable sur le plan scientifique.
Pourtant, on maintient le refus des organes d'hommes gais.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte
à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.