compagnons de vie… et de longue date

Un chum ou un chat

Michel Joanny-Furtin
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Autrefois animaux de compagnie, le chat ou le chien sont devenus des membres à part entière de la famille. Mais on observe depuis quelques années un phénomène social où ces mêmes animaux deviennent désormais des compagnons de vie voire des «compa­gnons de longue date». Avec tous les drames qui y sont liés. Si t’avais un chum, aurais-tu un chat ? Pas toujours évident de répondre à cette question… Même si les chiens tiennent toujours le fort, «la population féline se dé­veloppe de plus en plus en ville. Avec souvent plusieurs chats sous le même toit ''pour qu'ils ne s'ennuient pas''», explique le Dr Martine Trudel de la Clinique Vétérinaire Féline, sur Saint-Denis.
«Ce phénomène citadin est très lié au mode de vie actuel, où l’autonomie de cet animal permet mieux la vie en appartement, les longues absences, les horaires variables et, de fait, la vie en célibataire…», ajoute le Dr Luc Léger de la Polyclinique Vétérinaire, dans le Village. «Autrefois, l’animal de compagnie était à la fois un plaisir et un loisir, mais gardait son statut d'animal.»
En somme, il passait après les enfants, semblent dire ces professionnels. Car, de nos jours, l'animal est devenu un membre de la famille et, pour certains célibataires, un compagnon de substitution, pour qui on souscrit une assu-rance complémentaire médicale !
En 30 ans d’expérience vétérinaire, le Dr Luc Léger en a vu de toutes les couleurs, mais il reste pragmatique, réaliste et surtout empathique. «C'est un mode de vie plutôt réservé aux célibataires, même si je reçois parfois des animaux en garde partagée ! L'adoption d'un animal comble souvent un besoin essentiel, pour faire oublier une solitude crasse. Quand il ne s’agit pas de la prescription d'un thérapeute.»
«Certains comportements sont ''capotés'' : le chien dans une poussette de bébé, ou habillé d'un anorak et des chaussons au pied; celui qu'on ne pose jamais à terre et qu'on tient serré contre son sein, etc. Ces comportements ont très révélateurs. Certains les habillent comme des poupées ou des bébés… Bref, un symptôme sociétal qui s'observe dans le cabinet même du vétérinaire qui parle désormais de l’animal comme le pédiatre parle d’un enfant…»

La bonne question avant d'adopter
«La plupart des propriétaires ont des sentiments nobles et sains, mais pour certains, les problèmes commencent quand l’animal dépasse le stade du bibelot. Certains veulent le faire opérer pour qu’il ne pisse plus partout ! J’ai eu des demandes d’euthanasie parce que l’animal perdait ses poils!»
«En effet, et malheureusement, des gens adoptent, et souvent de façon impulsive, un animal pour se désennuyer. Ils se mettent alors à l’adorer, l'aduler même, sans bon sens, et investissent dans cet animal quelque chose de maladif. Toutefois, dans certains cas, ne pas avoir d’animal peut engendrer d’autres problèmes, comme ce client qui avait fait plusieurs tentatives de suicide avant d’avoir des animaux…»
«Parler à son chat comme on parle à un enfant relève du psy», insiste le Dr Léger. «La zoothérapie, c'est bon pour les hôpitaux et les foyers du 3e âge. Il faut se poser les bonnes questions pour éviter les fonctionnements pervers : Pourquoi adopter un animal? Quel besoin vient-il combler? Remplace-t-il quelqu'un? Qu'est-on prêt à payer et à supporter pour l'entretenir et le soigner? Une acquisition réfléchie évitera l'euthanasie ou la SPCA avant moins de trois mois! Parce que souvent, si t’avais un chum, t’aurais pas de chat!»

Un coût souvent ignoré
«La médecine animale a fait les mêmes progrès que la médecine humaine», affirme le Dr. Martine Trudel de la Clinique Vétérinaire Féline. « On fait maintenant des scanners, des transplantations d’organes, etc. Comme nous sommes une clinique spécialisée dans les chats, nos clients ont donc une exigence plus particulière. Mais hormis ces opérations exceptionnelles, qui peuvent atteindre les 10000$, le budget moyen de soins d’un animal de compagnie oscille entre 500$ et 700$, voire plusieurs centaines de dollars pour des investigations plus poussées, des tests et des traitements dont les prix vont parfois jusqu’à 2000$. »
«Peu importe le budget, que ce soit 150$ ou 5000$, complète le Dr Luc Léger, la notion de sommes im­portantes varie selon les gens entre la valeur affective versus la valeur marchande. Or, beaucoup de gens tiquent devant certains traitements, mais ils ne se posent jamais la question de combien coûte réellement un animal en dehors de sa nourriture. Et il coûte plus en soins qu’en nourriture, surtout en fin de vie.»
«L’espérance de vie d’un chat est de sept ans s’il vit dehors et double à 14 ans, voire 18 ou 19 ans, s’il vit dans une maison», précise le Dr Trudel. «Les gens investissent beaucoup dans leur animal qui prend une place importante et, parfois, remplace les enfants, avant d’en avoir, ou lorsqu'ils ont quitté la maison. Sa fin de vie peut devenir alors un vrai drame familial.»
«On entame là un travail bien délicat de relations humaines, psychologiques et diplomatiques…», termine le Dr Léger. «Souvent les maîtres prolongeront la vie de leur animal jusqu’à la limite du bien-être avant de l'euthanasier la plupart du temps.»

Polyclinique Vétérinaire, 1901, boul. Maisonneuve Est, Montréal, T 514 524-2727, www.polyvet.com
Hôpital Vétérinaire Verdun, 5650, rue de Verdun, Verdun, T 514 762-4300, www.cliniquevet.ca
Clinique Vétérinaire Féline, 4102, rue Saint-Denis, Montréal, 514 284-3178.