Monik Audet

Le mieux vivre lesbien

Elisabeth Brousseau
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J’ai rencontré Monik durant le temps des fêtes, à sa nouvelle résidence du quartier Rosemont. J’habite à deux pas de chez elle. C’était fort agréable de la voir dans son univers personnel, puisque son emploi du temps la mène souvent sur la place publique. Mais qui est Monik? me demandais-je, assise dans sa salle à manger. Je jette un œil furtif sur le sapin de Noël, j’observe avec effort les pantoufles au look inattendu qu’elle m’a prêtées en arrivant, puis je remarque ses lunettes pour les moins excentriques... Juste la façon d’écrire son prénom Monik avec un «k» plutôt qu’à la manière conventionnelle, on s’attend déjà à rencontrer une femme particulière, une originale, une lesbienne totalement assumée, dynamique, jeune de cœur; on l’imagine grouillante d’idées, de goûts pour toutes sortes de choses changeantes; on la devine militante de l’anti-conformisme. En bref, je suis vraiment impressionnée par cette lesbienne hors de l’ordinaire. Il faut dire que j’ai fait connaissance pour la première fois avec Monik en mars 2007, lors de la journée internationale de la femme, alors qu’elle animait un kiosque pour présenter un important rapport sur l’homophobie, dont elle a été chargée de projet et chercheure, intitulé «De l’égalité juridique à l’égalité sociale, vers une stratégie nationale de lutte contre l’homophobie». Cette enquête portant sur les manifestations de l’homophobie dans les services publics a été réalisée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, organisme pour lequel elle travaille comme permanente depuis maintenant sept ans. Intéressée par tout ce qui touche les problématiques LGBT, elle avait pour mandat de recenser les problème auxquels font face les personnes de minorités sexuelles et d’identifier leurs besoins et de faire des recommandations pour enrayer la discrimination dans les services publics et dans différents milieux de vie. Divers aspects de l’homophobie ont été analysés dans ce rapport dans les domaines de l’éducation, de la santé et des services sociaux, du sport, de la famille, de la jeunesse, des personnes aînées, des communautés culturelles, du travail, de la sécurité publique et de la de justice. «Actuellement, nous en sommes rendus à l’étape du bilan, afin de recenser les actions qui ont été mises de l’avant par les différents ministères depuis le dépôt du rapport, concernant notamment l’adoption d’une politique nationale de lutte contre l’homophobie ainsi que le plan d’action qui est recommandé». C’est un dossier à suivre, mais Monik Audet reste au devant de la scène, elle qui a si souvent milité pour diverses causes liées à l’homosexualité et, plus parti-culièrement, celles touchant les lesbiennes. «Depuis le début des années 80, je suis une militante active», m’affirmait-elle d’entrée de jeu.
Je discute avec elle de son enfance et de son homosexualité. Je suis souvent gênée de poser aux femmes que j’interviewe des questions personnelles sur leur sortie du placard ou de demander des détails quant à leur émancipation sexuelle. Pour Monik, « il n’y a pas eu de problème majeur ». Elle est née dans un tout petit village nommé Beaucanton, en Abitibi, complètement au Nord du Québec, près de la frontière ontarienne, assise entre une réserve algonquine, des forêts à perte de vue et un moulin à scie qui faisait vivre la région, aujourd’hui dé-peuplée. Pour moi, qui suis une vraie citadine native de Montréal, Monik explique que c’est un tout petit village sis à 800 km au Nord de Montréal, dans la municipalité de la Baie-de-James. Après ça, c’est la toundra!
Quant à l’affirmation de son lesbianisme, «je ne pouvais pas penser que l’homosexualité était quelque chose de mal, puisqu’on ne parlait tout simplement pas de ces choses-là. Je croyais que cela n’existait pas. Il n’y avait aucun modèle.» L’homosexualité était absente de la télévision, du social, des idées mêmes que les gens se faisaient, donc il ne pouvait pas y avoir de répression envers les lesbiennes ou les gais. Monik raconte, le sourire aux lèvres, comme si elle fouillait dans les tiroirs de sa mémoire, ses nombreuses amies de filles de l’école et des équipes de sport auxquelles elle participait. Le lesbia-nisme ne semblait pas faire partie de son identité à l’époque. Mais avec le recul, ses réflexions sont différentes. Elle est passée de «rien de concluant avec les garçons» à une première expérience, autour de la vingtaine, avec une femme qui était en vacances dans son patelin et qui lui a fait découvrir les bonheurs de l’amour entre femmes. Et la touriste est repartie aussi vite qu’elle était venue, mais pour Monik, ça été une révélation qu’elle n’oublierait pas de sitôt. Puis, elle déménage à Montréal. Elle s’inscrit au YWCA dans une équipe de basketball, n’ayant rien perdu de son intérêt pour les sports. Elle rencontre rapidement une les-bienne, qu’elle se met à fréquenter. Elle s’assume, sans comptes à rendre, et s’émerveille de ses nouvelles découvertes qui participent à son émancipation personnelle. Monik s’implique dans diverses activités, dans des groupes de lesbiennes, de militantes, de fé­ministes. Elle poursuit également ses études et s’inscrit à l’Université du Québec à Montréal. Après un bacca­lauréat en psychosociologie de la communication, elle complète une maîtrise en analyse et en développement des organisations à l’École nationale d’administration publique.
Depuis, elle a travaillé dans divers milieux. D’abord éducatrice en garderie, elle a œuvré, après le baccalauréat et pendant sept ans, au CLSC Côté-des-Neiges, le quartier le plus multiethnique à Montréal. Un défi de taille qu’elle a relevé. Prise par l’envie du changement, elle a offert ses services à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, où elle est permanente depuis 2001. À son arrivée, elle a travaillé à la direction du Programme d’accès à l’égalité, qui vise à promouvoir l’égalité des chances en emploi chez les femmes, les personnes de minorités visibles, ethniques et handicapées, ainsi que chez les autochtones. Par la suite, elle sera rattachée à la direction de la recherche où elle réali­sera l’enquête publique sur l’homophobie. En somme, on pourrait dire que son boulot consiste à s’assurer qu’il y ait le moins de discrimination possible dans les organismes publics. Elle aime le changement, les défis, les nouvelles réalisations. Le rapport «De l’égalité juridique à l’égalité sociale, vers une stratégie nationale de lutte contre l’homophobie» a ravivé et confirmé son éternel goût de changer les choses pour une société plus juste et équitable. Visible comme lesbienne, on la croise dans le village, dans les groupes et les événements lesbiens,comme sa participation à des lectures publiques, à la journée de la femme, au festival de films Image + nation, à la journée ethnoculturelle LGBT et celle de la Fierté transsexuelles. Elle aime beaucoup la marche urbaine, la randonnée pédestre et l’observation des oiseaux. Bref, elle s’implique et elle participe. Elle m’a donné la piqûre du mieux-vivre lesbien.