Un gai merci aux Noirs

Gilles Marchildon
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Compte tenu que l'on souligne le Mois de l'histoire des Noirs en février, il est particulièrement intéressant de constater, chez nos voisins américains, la montée de l'étoile politique du candidat présidentiel démocrate Barack Obama. Le Mois de l'histoire des Noirs nous invite aussi à réfléchir à l'impact qu'a eu le mouvement des droits civils, c'est-à-dire de l'émancipation des Noirs, particulièrement aux États-Unis, sur les droits des personnes LGBT. Célébré depuis longtemps aux États-Unis, le Mois de l'histoire des Noirs ne fut rendu officiel au Canada qu'en 1995, après un vote à la Chambre des Communes du Canada initié par une députée noire, Madame Jean Augustine.
La Ligue nationale des Noirs du Canada et la Ligue des Noirs du Québec (www.liguedesnoirs.org), ainsi que des écoles, des musées et des centres communautaires, entre autres, organisent des activités en février pour rendre honneur aux populations noires qui ont dû lutter contre l'esclavage pour obtenir leurs droits civils.
Il est très approprié de repenser au combat du révérend Martin Luther King fils contre la discrimination à l'égard des personnes noires pendant les années '60 chez nos voisins du Sud. Le révérend King situait son action dans un contexte plus large d'émancipation de tous et de toutes. Ses paroles, selon lesquelles «une injustice à l'égard d'une seule personne est une injustice envers nous tous», trouvent écho dans la démarche pour l'égalité des personnes LGBT. Vu son assassinat le 4 avril 1968 (dont nous marquerons le quarantième anniversaire dans quelques semaines), le révérend King n'a pas connu l'époque où l'on discute ouvertement de l'homosexualité.
On ne peut savoir ce qu'il aurait dit sur l'égalité des personnes LGBT ni, par exemple, le droit égal au mariage des couples de même sexe. La question n'était absolument pas dans l'esprit des gens, il y a quatre décennies. L'homosexualité était perçue comme une maladie ou un acte criminel.
Toutefois, on peut examiner sous la loupe ses propos du 28 août 1963 alors qu'il prononça son fameux discours «I Have A Dream» (J'ai un rêve). Dans son allocution, il a traité de la liberté d'être qui nous sommes, sans crainte, puis de son rêve de voir les divers groupes vivre en solidarité harmonieuse. Bien sûr, il visait surtout l'égalité des personnes noires et blanches, mais il espérait également que des personnes de différentes croyances religieuses puissent se côtoyer. Ce même discours, prononcé de nos jours, aurait pu facilement inclure les personnes LGBT.
Même si aucun écrit ni discours du révérend King ne mentionne l'homosexualité, ses gestes démontrent toutefois une grande tolérance et une grande solidarité.
L'auteur Earl Ofari Hutchinson croit que le révérend King a révélé sa sympathie pour les personnes homosexuelles par sa longue association avec son acolyte politique et ami, Bayard Rustin, qu’il a même protégé. L'homosexualité de M. Rustin était bien connue et peu dissimulée. Pour cette raison, on fit pression sur le révérend King pour se débarrasser de M. Rustin. Or, King résista et accorda même une place importante de conseiller à Bayard Rustin.
L'épouse du révérend, Coretta Scott King, avant son décès en janvier 2006, a suggéré que son époux aurait été un allié dans la cause de l'égalité pour les personnes LGBT.
Selon une école de pensée, le mouvement des droits civils initié par le révérend King est en partie responsable du succès des mouvements des femmes et des personnes LGBT. On y voit une progression naturelle.
Paul Robinson, professeur d'histoire à la Stanford University en Californie, a déclaré que la «libération gaie» représente une troisième vague qui surgit des remous politiques des années '60 et '70. Il a suggéré que la libération gaie est une «extension logique» du tumulte social qui a servi de berceau pour le mouvement des droits civils et ensuite, le féminisme.
Le professeur Robinson n'est pas le seul à avoir établi un lien entre l'émancipation des personnes noires et celle des personnes LGBT. Déjà, en août 1970, le fondateur des Panthères Noires, Huey Newton, prononça un discours qui en secoua sans doute plusieurs. «Peu importe vos opinions personnelles et vos insécurités au sujet de l'homosexualité et les divers mouvements de libération parmi les homosexuels et les femmes, dit-il, nous devons essayer de nous unir avec eux d'une façon révolutionnaire.»
M. Newton ajouta que les femmes et les homosexuels étaient des groupes de personnes opprimées. Par conséquent, de véritables révolutionnaires se devaient d'être en solidarité avec eux.
Il est normal que cette solidarité soit réciproque. Alors, en ce Mois de l'histoire des Noirs, je tiens à exprimer un «gai merci» aux personnes noires pour leur combat au nom de l'égalité.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte
à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.