Ce que je ne vous ai pas dit

Gilles Marchildon
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Chaque mois s’offre une panoplie de sujets possibles pour ma chronique. Or, l'espace pour les mots étant limité, je dois choisir. Ce n'est pas toujours évident. Parfois, j'abandonne un sujet par manque de temps. Je constate que ma recherche ne fait qu'effleurer le sujet et je préfère ne pas l'aborder du tout plutôt que de le faire à moitié. J'évite aussi les histoires de vedettariat ou les potins. D'autres abordent ces nouvelles juteuses beaucoup plus habilement que moi.
Pour être fidèle au titre de cette chronique, je me concentre donc sur des questions plus politiques touchant l'égalité et la justice pour les personnes LGBT.
En 2007, j'ai donc parlé de politique fédérale et des politiciens (souvent!), des personnes transgenres et transexuelles puis de la diversité LGBT, d'anniversaires historiques, de la position des églises vis-à-vis des personnes LGBT, du droit égal au mariage civil des couples homosexuels, de la discrimination dans un bar du village gai de Montréal, du personnage littéraire Harry Potter (bien avant que l'auteur ne sorte du placard son mentor!), de la politique américaine, de la violence motivée par l’homophobie et du VIH/Sida.
Ouf! Après avoir lu la liste, vous pouvez bien vous demander qu'est-ce que j'aurais pu négliger?
Par souci de bien commencer l'année, je vous offre un survol de «ce que je ne vous ai pas dit» en 2007. Enfin, il serait plus juste de dire «ce que je ne vous ai pas écrit».
L'année dernière, un bon nombre d'études ont été publiées sur l'homoparentalité. Notamment, elles ont souligné que les enfants ayant eu deux pères ou deux mères se portent tout aussi bien que les enfants élevés par deux parents de sexe opposé.
D'autres recherches sur l'homosexualité ont également attiré l'attention. Quelques recherches ont visé à mieux faire comprendre la cause (ou les causes) de l'homosexualité. Celle qui cherchait à «guérir» les béliers homosexuels, en particulier, a provoqué de vives réactions!
Certaines décisions juridiques de 2007 ne se sont pas retrouvées dans cette chronique. Entre autres, notons la décision de la Cour d'appel d'Ontario de reconnaître trois pa-rents pour un enfant et aussi le refus de la Cour Suprême du Canada d'accorder une rétroactivité additionnelle dans le cas de Hislop et des autres conjoints survivants de même sexe qui revendiquaient des bénéfices reliés à la pension.
Au niveau international, il aurait été possible de traiter davantage de la situation déplorable des personnes LGBT au Moyen-Orient, entre autres ; des votes dans les deux chambres législatives de la Californie afin de reconnaître le droit égal au mariage (expression de la volonté démocratique que le Gouverneur Arnold Schwarzenegger s'est empressé de refouler) ; de l'ascension de groupes LGBT, dont la Coalition gaie et lesbienne du Québec, au statut de groupe consultatif du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) ; et des péripéties du Sénateur américain disgracié Larry Craig, homme marié se déclarant «straight» qui aurait fait de la drague dans les salles de toilettes.
Les tiraillements au sein de l'Église anglicaine globale, causés par la question de l'homosexualité, auraient pu faire, eux aussi, l'objet d'une chronique, si ce n’est pas deux.
De même pour la décision rendue par la Commission des droits de la personne du Québec en faveur du courageux couple Théo Wouters et Roger Thibault, harcelés par leurs voisins à Pointe-Claire.
Puis il y a eu la controverse entourant les concerts du chanteur jamaïcain Elephant Man, artiste dont les propos dans sa musique incite la haine contre les personnes LGBT selon Gai Écoute, la Fondation Émergence et le CRARR, entre autres.
Vous voyez? Ce ne sont pas les sujets qui ont manqué, mais plutôt le temps et la place. Et je sais que ma liste est loin d'être exhaustive.
En terminant, je jette un coup d'œil à la prédiction pour 2007 que j'ai faite dans Fugues, il y a un an. J'avais suggéré que «la question politique épineuse du droit égal au mariage va probablement se révéler être comme un iceberg qui fond au soleil. L'environnement s'imposera de plus en plus comme dossier principal.»
À la lumière des événements des douze derniers mois, je me console en me disant que je n'ai pas eu tort.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte
à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.