N’oublions pas

Gilles Marchildon
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Deux heures après que vous aurez lu cette chronique, une autre personne au Canada sera porteuse du VIH. Même avant que vous n'ayez terminé la lecture de cette chronique, dix personnes de plus dans le monde seront infectées par le VIH. Pourtant, la pandémie en général et la Journée mondiale du sida, le 1er décembre, n'occupent pas énormément de place dans la conscience populaire.
On semble avoir abandonné la lutte ou, du moins, accepté que le sida fasse désormais partie du paysage.
Même l'Organisation des Nations Unies (ONU), qui déclarait pourtant en 1988 l'importance de souligner la Journée mondiale du sida (résolution 43/15), n'avait toujours pas, au début novembre, mis à jour son site Web. On y trouvait encore les renseignements pour la Journée de 2006 : http://www.un.org/french/events/aids/index.shtml.
Chaque jour, plus de 14 000 personnes deviennent porteuses du virus, s'ajoutant aux quelque 40 millions de personnes vivant avec le VIH/sida.
Si la situation s'avère critique dans certains pays comme Haïti ou le Botswana, nous ne pouvons dire que tout est beau au Canada. Entre 4200 et 4500 Canadiens de plus sont atteints du VIH chaque année, soit environ 12 personnes par jour – une à chaque deux heures. De 58 000 à 60 000 personnes au Canada vivent avec le VIH/sida, une hausse inquiétante depuis 1996, alors qu'on ne comptait que 40000 cas. Qui plus est: entre un quart et un tiers de ces personnes ne savent même pas qu'elles ont le VIH!
Bien qu'il n'y ait pas encore de façon de guérir une personne atteinte, les traitements (qui coûtent cher et occasionnent souvent des effets secondaires) permettent néanmoins aux gens de vivre avec le sida pendant plus longtemps.
Cela explique, en partie, le nombre croissant de personnes vivant avec le VIH/sida au Canada. Malheureusement, l'autre raison, c'est que les gens ne sont pas renseignés, ne se protègent pas et se prêtent à des activités risquées.
Par exemple, on constate une augmentation marquée chez les jeunes qui, sans doute, se croient souvent à l'abri de cette maladie dont souffrait la génération précédente. Les ados et jeunes dans la vingtaine n'ont pas vu mourir leurs proches comme les personnes ayant plus de 40 ans.
Or, les jeunes ne sont pas les seuls à s'être laissé bercés par l'illusion. On constate d'importantes croissances des taux de propagation chez les femmes, qui comptent pour le quart des nouveaux cas de personnes infectées.
D'autre part, presque le tiers des nouvelles infections sont transmises à la suite de rapports hétérosexuels non protégés.
Il faut souligner qu'au cours des dernières années, on constate une « dé-homosexualisation » du VIH/sida. En partie, c'est que le virus fait maintenant des ravages chez les hétérosexuels.
Cependant, comme le décrient certains militants gais de la cause du sida, l'« establishment » de la santé publique a voulu briser le lien entre le VIH et la communauté LGBT. Pourtant, celle-ci pourrait peut-être partager ses connaissances et son expérience pour sensibiliser la population.
Le VIH/sida, c'est l'affaire de tous. Sans compter la perte de milliers de vies, voire des millions à l'échelle mondiale, la pandémie continue à peser lourd. Les coûts au niveau des soins de santé sont élevés ainsi que les coûts en perte de productivité.
Pourtant, cette grande perte pourrait être prévenue. Davantage de fonds publics devraient être consacrés à la prévention. D'autres efforts de sensibilisation sont nécessaires pour faire passer les messages quant au sexe sécuritaire. Les médias pourraient accorder plus d'attention à cette question.
Le temps des Fêtes offre alors une occasion pour faire un geste concret. Plutôt que de courir les magasins en quête de cadeaux, penser plutôt faire un don au nom de vos proches pour financer la lutte contre le sida.

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Deux notes historiques : Il y a 40 ans ce mois-ci, soit le 21 décembre 1967, le ministre fédéral de la Justice, Pierre Elliott Trudeau, introduisait son projet de loi en vue de modifier le Code criminel du Canada, notamment en retirant la peine pour l'homosexualité. Et il y a trois ans ce mois-ci, soit le 9 décembre 2004, la Cour suprême du Canada rendait une décision favorable sur la référence constitutionnelle portant sur la législation du droit égal au mariage civil.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte
à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.