Des droits transitoires

Gilles Marchildon
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Au cours des dernières années, nous avons fait des pas de géants au chapitre des droits humains. Enfin, certains droits pour certains humains... Une fois l'homosexualité décriminalisée à la fin des années soixante, ce fut au tour de la psychiatrie d'atténuer, au début des années soixante-dix, le regard négatif sur les personnes gaies et lesbiennes. Ensuite, les commissions des droits de la personne se mirent à protéger les personnes contre la discrimination motivée par l'orientation sexuelle. Plus récemment, la longue marche vers l'égalité juridique mena jusqu'à la reconnaissance du droit égal au mariage civil pour les couples de même sexe. Or, qu'en est-il pour les personnes transsexuelles ou «trans» (ce qui comprend autant les transsexuels que les personnes transgenres).
On peut imaginer que les personnes trans ont bénéficié des progrès réalisés par et pour les gais et les lesbiennes. Le fait d'avoir étendu l'égalité pour une minorité a souvent eu l'effet d'entraînement pour favo­riser une autre minorité, surtout lorsqu'il s'agit de minorités qui ont en commun le fait de transgresser les normes sociétales liées au sexe. De plus, il ne faudrait pas oublier que les transsexuelles et transgenres ont souvent mené le combat aux côtés des gais et des lesbiennes.
Cependant, les personnes trans ont encore beaucoup de pain sur la planche au niveau juridique et social. Les efforts herculéens de l'activiste Micheline Montreuil en témoignent (www.micheline.ca). Les cas de Kimberly Nixon, de Martine Stonehouse et de Michelle Douglas en sont d'autres exemples éloquents.
Le manque de reconnaissance au niveau juridique reflète le degré élevé de persécution sociale qui existe toujours. Plusieurs refusent de reconnaître et d'accepter qu'une personne qui possédait les attributs d'un genre à la naissance serait plutôt d'un autre genre. Plus encore, on s'obstine à ne pas lui permettre de poursuivre un processus de changement de sexe si elle le souhaite ou, à tout le moins, l'état n'offre pas d'appui financier pour ce faire.
Le manque d'acceptation et la négation marginalisent davantage les personnes trans qui sont déjà victimes d'ignorance, de mépris, voire de violence.
Le 20 novembre marque la journée commémorative pour les personnes trans. Ce Jour du souvenir trans souligne les décès causés par les attaques violentes motivées par la transphobie – la crainte et la haine des personnes transgenres et transexuelles.
Cet événement annuel, commencé en 1999 à San Fransisco, se déroule aujourd'hui dans plusieurs villes au monde. On commémore les personnes trans assassinées. Un site Web pour ce jour du souvenir trans nous montre le visage humain de cette violence (www.rememberingourdead.org/day).
Par le passé, on ne parlait pas des questions touchant les personnes trans, même dans la communauté LGBT. À l'heure actuelle, il y a davantage de visibilité, de dialogue et, osons l'espérer, de progrès.
Par exemple, depuis octobre 2002, les Territoires du Nord-Ouest ont une Loi sur les droits de la personne dans laquelle «l'identité du genre» est spécifiquement indiquée comme un motif protégé contre la discrimination. Cette ouverture dans le Grand Nord saura peut-être inspirer les législateurs ailleurs.
En septembre 2004, lors des États généraux des communautés gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres du Québec, les participants ont formellement reconnu et appuyé les revendications de la communauté trans.
Toutefois, il n'est pas toujours évident pour les homosexuels et les transsexuels de travailler ensemble. Les premiers axent leurs démarches autour de l'orientation sexuelle tandis que les seconds s,attachent à l'identité et à l'expression du genre – des questions connexes mais pas identiques.
D'autre part, plusieurs militants gais et lesbiens ont ressenti de la colère et de l'impatience de la part des personnes trans. Or, on peut tenter de comprendre combien cela peut être frustrant de demeurer aussi invisibles et ignorées pendant si longtemps.
Le Jour du souvenir trans offre une occasion aux personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles de manifester leur soutien auprès des transsexuelles et des personnes transgenres.
Nous avons fait des progrès considérables au niveau des droits des homosexuels, mais il ne faut pas laisser pour compte les autres rayons de notre communauté arc-en-ciel.
Cette solidarité des gais et lesbiennes envers les personnes trans se présenterait comme une solidarité exemplaire dans un monde où, malheureusement, les conflits se font nombreux et l'attitude du chacun-pour-soi prédomine.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte
à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.