Julie Gerber, consultante et étudiante en droit

Question de bien se préparer...

Elisabeth Brousseau
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J’ai rencontré Julie Gerber sur le campus de l’Université de Sherbrooke. Superbement située, cette université québécoise prend résolument du galon, me lance-t-elle en guise d’introduction. Son regard franc et son intonation aux sonorités bilingues sont autant de bonnes raisons de vous présenter cette jeune femme dans la mi-trentaine, fonceuse, au sourire résolument contagieux. On parle volontiers de son homosexualité. Mariée depuis maintenant un an, Julie me raconte avec fierté son engagement civil au Palais de justice de Saint-Jérôme. Paola et elle habitent effectivement Les Laurentides depuis quelques années. «Ça faisait dix ans qu’on vivait ensemble et on a décidé d’officialiser notre union.» Pour sa conjointe et elle, il était important de se prévaloir de ce droit et des avantages qui viennent avec, qu’ils soient fiscaux, légaux, pour les assurances, l’héritage, etc. En fait, Julie et son épouse ont voulu se protéger, simplement. «On ne sait jamais… En cas de décès, on voulait que tout soit clair. Éviter de laisser tout le contrôle à nos familles respectives en permettant plutôt à la conjointe survivante de jouir de tous ses droits et des bénéfices d’une longue vie commune.» Évidemment, les trois chiens de la famille trouvent leur place dans le nid familial pour ce couple qui n’a pas d’enfant.
Je lui demande de me parler de son retour aux études. Les nombreux étudiants qu’on voit sur le campus sont visiblement au début de leur vingtaine, mais Julie n’en fait aucun cas. Elle salue ses nombreux collègues et amis de classe qui, visiblement, recherchent sa compagnie. Alors, je lui reformule ma question : Pourquoi, avec une carrière qui fonctionne à plein, se lance-t-on dans des études de droit à l’âge de 37 ans? Julie sourit et prend un air sérieux en m’avouant que son grand et ultime rêve est de participer, dans notre société, à la prise en charge du phénomène du vieillissement de la population. Mais pourquoi retourner faire son droit? «Simplement, me dit-elle, parce que je veux participer à l’élaboration de nouvelles politiques de santé particulières pour les personnes âgées. Elle me demande : savais-tu qu’en 2024, plus du quart de la population aura plus de 65 ans? As-tu idée de l’impact que ça aura sur notre société? Sur le système de soins de santé?» Bien sûr, j’en ai entendu parler à gauche, à droite, dans le médias, un peu partout, en fait. Mais ce qui se passe véritablement en ce moment à ce sujet, je l’ignore réellement. Probablement parce que personne ne prend le temps d’y travailler, pas même nos gouvernements. Mais Julie, elle, aimerait prendre part à ces changements importants. D’abord parce qu’elle est une femme d’affaires qui voit-là une occasion d’affaires. Puis, parce qu’elle est intéressée à participer à l’amélioration de la vie des aînés, elle veut faire une différence et elle se donne les moyens pour y parvenir. Courageuse, dites-vous, de retourner aux études, et en droit s’il vous plaît? Effectivement, mais Julie n’a aucun doute sur son intérêt très particulier pour la chose juridique et elle sait d’avance qu’elle se spécialisera dans les branches du droit qui touchent aux politiques de santé.
Pour elle, ce n’est pas un geste égoïste, même si ce sera la réalisation d’un grand rêve que de devenir avocate. C’est un geste particulièrement altruiste que de prendre tous les moyens pour améliorer le sort des aînés. Déjà, on se rend bien compte que les personnes en perte d’autonomie n’ont pas toutes les mêmes services. On parle déjà, à l’occasion, de la maltraitance envers les personnes âgées dans divers centres ou résidences de vieillards, et à l’heure actuelle la demande n’est pas à son plus haut. En 2006, Julie a été invitée à obtenir sa certification internationale RABQSA en évaluation de systèmes de soins pour les aînés. Seule Nord-Américaine à actuellement posséder ce titre, plusieurs offres lui ont été faites à l’étranger, mais Julie veut investir ses compétences au Québec et, plus largement, au Canada. Elle voudrait mettre sur pied une forme d’évaluation pour permettre la mise en place de standards de qualité des services qui sont offerts aux aînés. «C’est le minimum qu’on leur doit», me dit-elle, pensive. «Il n’y a aucun règlement actuellement dans les centres de personnes âgées. Ce sont nos pa­rents, nos grands-parents qui y habitent. On entend déjà parler d’abus, alors qu’est-ce que ce sera quand la demande sera trois fois plus forte dans à peine 10, 15 ou 20 ans?» Évidemment passionnée, elle me parle plus largement de son parcours professionnel et de ce qui l’a menée jusqu’ici.
La discussion se poursuit donc sur les différents aspects qui couvrent le complexe cheminement de sa carrière. Au tournant de la vingtaine, Julie a étudié au Collège Vanier, puis à l’Université Concordia en psychologie. Son ambition personnelle la motive alors à démarrer une entreprise avec un collègue dans le domaine médical. Forte de cette expérience, elle acquiert plus tard le titre de thérapeute en réhabilitation neurologique et d’éducatrice spécialisée. Intéressée par les aspects qui touchent la psychologie et la santé, elle poursuit sa démarche entrepreneuriale en ce sens et fonde plus tard diverses entreprises de consultation qui visent à offrir des services dans les domaines de la santé publique et privée. Consultation Paramédicale A.J. Gerber en est un excellent exemple. Cette firme-conseil élabore divers projets de développement pour les aînés. En effet, Julie demeure sous-traitante dans le domaine des services thérapeutiques et de réhabilitation pour les personnes qui souffrent de troubles du système nerveux central ainsi que pour les accidentés du travail. Elle a donné sur ces thèmes bon nombre de conférences et a mis sur pied plusieurs programmes visant la rééducation des personnes atteintes.
Impressionnée par un cheminement de carrière aussi bien garni, je lui serre la main et lui souhaite bonne chance, tel qu’on se doit de l’offrir à une courageuse étudiante en droit. En espérant sincèrement que sa démarche soit couronnée de succès non seulement pour elle, mais pour le bien-être de nos aînés. Que ce soient nos grands-mères, nos pères, nos sœurs ou encore, invariablement un jour, nous-mêmes, les centres de soins de longues durées ou les centres pour vieillards sont trop souvent notre ultime demeure.