20 ans pour jeunesse lambda et 5 ans pour alterhéros

Deux groupes jeunesse lgbt en fête

André-Constantin Passiour
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Le 25 août dernier, deux organismes pour les jeunes ont joint leurs forces pour célébrer ensemble leurs réussites et leurs succès. Eh oui, Jeunesse Lambda a déjà 20 ans, tandis que Alterhéros fête son 5e anniversaire d’existence. Jeuness Lambda organise des activités et des discussions de manière hebdomadaire ce qui lui a permis, au fil des ans, de recevoir près de 30 000 jeunes. Le GRIS et Aux Prismes ont émané de Jeunesse Lambda, à titre d’exemple. Quant à Alterhéros, c’est un portail sur Internet qui répond aux questionnements et aux inquiétudes des jeunes LGBT, et ce, avec une reconnaissance internationale maintenant. Alterhéros a accueilli ses 2 millions de visiteurs! La clé de leur succès ? Il y a évidemment de la passion, du dévouement, le désir d’accomplir des changements de mentalités auprès de la société et, bien entendu, la fougue de la jeunesse…

Ils étaient ainsi plusieurs dizaines de personnes, au Club Bolo, ce soir-là, des membres actuels et passés de ces organisations qui luttent, chacun à sa manière, pour améliorer le quotidien de centaines de jeunes LGBT. «Cela m’étonne, me fascine que l’on célèbre les 20 ans de Jeunesse Lambda, parce que cela veut dire qu’entre 20000 et 30000 personnes, des gars, des filles, ont participé à Lambda. Je me rends compte que je fais presque partie d’un mythe parce qu’il n’y a pas beaucoup de groupes qui atteignent cet âge. Lambda a fait œuvre de pionnier en bien des choses : les premières démystifications, c’est Lambda qui les a accomplies auprès de la police par exemple. Lambda est une force collective, comme un groupe qui porte un canot à bout de bras pour passer des rapides et les gens arrivent à Jeunesse Lambda avec leur courage, leurs peurs, leur énergie, mais ils repartent ensuite vers d’autres organismes aussi, c’est pourquoi l’on retrouve beaucoup de gens de Lambda un peu partout dans le communautaire», de souligner Bruno Laprade, l’actuel président de l’organisme. «Lambda est comme un cocon douillet, un incubateur, un début pour plusieurs jeunes, un endroit d’où on part ensuite, et il y a plein de jeunes qui y sont passés pour aller ailleurs, dans d’autres groupes», d’ajouter Tiago Graça, le président d’Alterhéros.
Avec des activités, des événements et des discussions sur une foule de sujets, Jeunesse Lambda attire des centaines de jeunes à chaque année, entre 14 et 25 ans, des jeunes désireux de venir partager avec leurs pairs leur vie gaie. «Certains viennent des alentours de Montréal, ils prennent le métro, viennent à Lambda sans que leurs parents ne le sachent, ils ont quelques heures pour vivre ce qu’ils sont en réalité, être gais, puis ils s’en retournent chez eux sans que personne ne sache qu’ils sont réellement gais, de poursuivre M. Laprade. D’autres ont déjà fait leur coming out et sont plus à l’aise, les expériences sont variées, mais Lambda est là pour les soutenir et les aider.»
Quant à Alterhéros, il est parti de presque rien, ce portail était l’idée de Marc-Olivier Ouellette, son fondateur, aujourd’hui parti poursuivre sa carrière en France. Contrairement à Lambda, il n’y a pas d’âge limite pour les bénévoles qui veulent donner un coup de main et épauler l’organisation, mais ceux-ci ont en général entre 14 et 30 ans. «Dans les autres régions, à l’extérieur de Montréal, Alterhéros est souvent la seule porte de sortie de beaucoup de jeunes qui se posent des questions sur leur homosexualité, sur leur sexualité, etc. On vient prendre une place importante dans leur vie parce qu’il s’agit d’aider, d’informer, de donner des références. C’est étonnant parfois les questions qu’on nous pose. Mais cela offre aux gens un certain anonymat et garantit aussi la confidentialité dans un certain sens, c’est pourquoi non seulement des jeunes, mais aussi des professeurs dans les écoles et des parents nous interrogent. C’est beaucoup de travail, mais je suis étonné du succès d’Alterhéros», de poursuivre M. Graça.
Participant activement à la Coalition jeunesse montréalaise contre l’homophobie, Bruno Laprade et Tiago Graça ont la tête pleine de projets. L’un et l’autre se sentent interpellés par plusieurs questions qui les préoccupent. Il y a d’abord les jeunes de 14 à 18 ans qui n’ont pas de place où se rencontrer dans la communauté. «À part quelques endroits, il n’y a pas de place pour les 14-18 ans dans le Village, qui est constitué majoritairement de bars et où beaucoup de choses tournent autour de la sexualité. On espérait qu’avec l’ouverture du Carrefour Arc-en-ciel, on pourrait ouvrir un tel endroit, justement en collaboration avec Alterhéros, entre autres, mais le Carrefour ne se construit toujours pas alors que le besoin est là, donc il faudra travailler à des solutions de rechange pour ces jeunes», souligne le président de Lambda. De son côté, natif du Portugal, Tiago Graça aimerait aussi en faire plus pour les jeunes des communautés ethnoculturelles, les appuyer dans leurs démarches, faire un travail d’ouverture auprès «de ces communautés qui sont restées souvent très conservatrices et rigides et qui n’acceptent pas l’homosexualité de leurs membres». «Dans la communauté blanche francophone, on a développé des services, mais il n’y a pas de services pour les LGBT issus des minorités culturelles» ou quelque chose du genre, il y un travail ardu et difficile à accomplir parce que les cultures et les traditions religieuses sont différentes, mais il faut établir des ponts et œuvrer sur les questions d’identité et de réalités», d’expliquer M. Graça. «Il y a beaucoup de défis qui nous attendent, mais c’est en même temps très excitant de travailler sur des choses qui vont faire avancer la société», de dire Bruno Laprade presque en conclusion de cet entretien.

Info : www.alterheros.com ou www.jeunesselambda.org ou (514) 383-0165.

 

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Publié le 28 août 2007

par André-Constantin Passiour