Les deux visages des États-Unis

Gilles Marchildon
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Le climat politique américain continue son réchauffement – tout comme l'atmosphère, d'ailleurs. Même si les prochaines élections présidentielles n'auront lieu qu'en novembre 2008, les candidats (et une candidate) mènent une campagne féroce pour la nomination de leur parti politique – et ce, depuis des mois. En août avait lieu un événement historique : le tout premier débat entre candidats entièrement consacré aux questions LGBT. Évidemment, ce débat réunissait les principaux candidats du Parti démocrate. S'attendre à quelque chose de semblable du côté des Républicains relève de la pure fantaisie. Deux précisions s'imposent. D'abord, il serait plus précis de dire «questions lesbiennes et gaies» plutôt que LGBT, car la bisexualité et le transgendrisme sont passés sous silence. Ensuite, le terme «débat» n'est peut-être pas exact, car l'événement fut des plus feutrés. Assis dans un fauteuil cossu, les adversaires ont accordé une entrevue d'une quinzaine de minutes, mais n’ont jamais croisé le fer directement. L'auditoire comprenait 200 personnes spécialement invitées, dont des journalistes, des personnalités hollywoodiennes, des vedettes du monde des arts (comme la chanteuse Melissa Etheridge), puis des militants du mouvement LGBT. Même si ce talk-show politique manquait d'éclat, il revêt une importance significative pour la communauté LGBT. Les organisateurs, le groupe de défense des droits Human Rights Campaign et la chaîne de télévision sur câble Logo, peuvent se féliciter.
D'abord, l'événement a reçu une certaine couverture médiatique et a donc servi à accroître la visibilité de la cause. Ensuite, le fait que 6 des 8 candidats aient participé – y compris les 3 principaux adversaires – démontre que les questions gaies et les-biennes ne sont plus perçues comme des poids politiques trop dangereux.
Certes, la participation des candidats fut sans doute motivée par un désir d'accroître leurs appuis, mais on ne peut leur reprocher ce motif électoral. Bien au contraire, cela démontre l'importance croissante de la communauté LGBT. Celle-ci apparaît comme essentielle pour un politicien qui souhaite connaître du succès.
Enfin, le fait que les candidats ont été obligés de présenter leurs positions sur les questions LGBT risque d'accroître les chances qu'une fois élue, il ou elle sera vraisemblablement plus sympathique à la cause que le président actuel. Remarquez bien, le record affreux du président George W. Bush ne sera pas dur à battre !
La question chaude de l'heure – le droit égal au mariage des couples de même sexe – fut abordée, bien sûr. Seuls deux candidats, Dennis Kucinich et Mike Gravel, favorisent le droit égal au mariage.
Sur les quatre autres participants, les trois concurrents principaux, soit le sénateur Barack Obama, la sénatrice Hillary Clinton et le gouverneur Bill Richardson, appuient plutôt l'union civile.
Monsieur Obama a défendu l'union civile, disant qu'il ne s'agit pas d'un statut de seconde classe comparé au mariage. Le débat sur le terme n'est qu'une question de sémantique et l'important, selon lui, c'est l'accès aux droits et leur protection. Fait intéressant à noter, le sénateur adhère à l'église United Church of Christ qui, elle, appuie l'idée du mariage gai.
Pour sa part, Madame Clinton croit que c'est à chaque état américain de statuer sur la question du mariage, mais qu'au niveau fédéral, le gouvernement devrait adopter le concept de l'union civile.
En plus d'aborder les droits des conjoints de même sexe, les candidats et la candidate démocrates ont abordé l'homosexualité dans les forces armées, le VIH/SIDA et la législation pour protéger contre la haine.
Les candidats sont tous d'accord pour mettre en place une loi pour rendre illégale la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. De plus, ils favorisent l'abolition de la politique actuelle «Don't Ask, Don't Tell», selon laquelle les forces armées ne doivent pas demander au militaire son orientation sexuelle et ce dernier n’a pas à la déclarer.
On peut reprocher au « débat » d'avoir été trop facile pour les candidats. De plus, ceux-ci n'ont pas eu à trop se mouiller. Le fait demeure que la tenue même de ce genre de « débat » représente un pas de géant.
Au Canada, nous n'avons jamais vu un tel forum national médiatisé portant exclusivement sur des questions LGBT. C'est à peine si les candidats au leadership des partis politiques répondent à un simple questionnaire écrit. Donc, voilà que les États-Unis nous confondent avec leurs deux visages.
D'une part, ils nous présentent une démocratie engagée à faire avance les droits humains. D'autre part, on voit un pays conservateur où le changement politique s'effectue à pas de tortue.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.