Qu'en penserait Madame Rowling ?

Gilles Marchildon
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L'auteur de la série de livres sur le jeune magicien Harry Potter aurait-elle pu l'imaginer gai? La question se pose, encore une fois, alors que vient de sortir sa toute dernière aventure cinématographique. Ce ne sera pas la première fois que certains scribes gais (dont celui que vous lisez présentement) explorent les dessous de Harry, devenu maintenant jeune homme. Justement, le protagoniste de la série-culte a atteint l'âge de la puberté. Bien qu'il semble épris d'une jeune fille, dans ce dernier roman porté à l'écran, cela ne veut pas dire qu'il est impossible que la baguette de Harry ne sera jamais touchée par le désir entre hommes. Elle pourrait même éventuellement préférer la magie homo.
En effet, nombre d'entre nous ont senti monter la sève de l'amour romantique en fixant d'abord les filles ? N'étaient-ce pas elles que nous devions désirer ? De plus, toute la publicité et tous les messages de la culture environnante dictaient que l'objet de nos désirs devait être les jeunes filles.
Mais ce cher petit Harry... Pourquoi lui prêter des intentions ou des désirs qui penchent vers l'homosexualité? C'est parce que sa vie et ses comportements le suggèrent. Voyons les parallèles.
Harry est passé maître dans l'art de mener une double vie. Cela commence dès sa tendre enfance, pendant laquelle il devait cacher ses pouvoirs à sa famille adoptive. Celle-ci est au courant du secret mais n'en parle jamais. Cela rappelle-t-il quelque chose?
En poursuivant ses études dans un collège pour jeunes magiciens, Harry Potter est obligé de poursuivre les méchants en catimini. Bref, le jeune doit presque continuellement poursuivre ses activités en cachette.
De plus, tout au long de sa vie, Harry est victime d'ostracisme. Chez les êtres humains, il ne peut utiliser ses pouvoirs. Chez les magiciens, il porte le fardeau de son passé et de sa réputation.
Puis, il y a la rencontre du jeune Cédric lors d'un concours à l'issue trouble. C'est très, très louche... Enfin, je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas encore fait la lecture des six premiers tomes de la série.
Je ne suis pas le seul à explorer la «gaieté» de Harry Potter. Il y a déjà 4 ans, l'auteur américain Michael Bronski avait fait fureur, y compris en Angleterre, avec une lecture «queer» des romans de Mme J.K. Rowling.
Dans son oeuvre Culture Clash: The Making of Gay Sensibility (Le choc des cultures : comment la sensibilité gaie s'est construite), M. Bronski souligne les ressemblances entre le cheminement de Harry Potter et celui des jeunes homosexuels. Le sentiment de ne pas être compris par la société, la notion d'être différent des autres, le rejet par sa famille qui s'accroche au concept de vie «normale», le combat intérieur avec ses désirs, même le fait d'être obligé de vivre dans un placard avant de pouvoir prendre la fuite, tous ces aspects se prêtent à une interprétation «queer», car ils décrivent autant la vie de Harry que celle des jeunes gais.
L'auteur se garde, toutefois, de suggérer que Mme Rowling ait écrit ses romans avec, en tête, l'idée que Harry eut dissimulé une quelconque homosexualité.
La droite religieuse, cependant, a déjà levé les boucliers contre le phénomène Potter. Selon elle, cela encourage la sorcellerie et rehausse l'intérêt pour la magie. L'idée que le jeune Harry Potter soit gai ou à tout le moins, suive un parcours qui rappelle l'homosexualité, va conforter la droite religieuse dans son dédain.
Tant pis. Cela ne fera pas trop de tort aux recettes des cinémas et des librairies. Puis, de toute façon, une interdiction rendrait les films et les romans plus attirants pour les brebis qui veulent bien s'égarer du droit chemin.
Harry Potter n'est pas le premier anti-héros auquel des membres de la communauté gaie tentent de s'identifier : Superman, Spiderman, Batman (et Robin!), les Mutants, etc. Autant d'êtres fictifs qui se sentent mal compris, à part des autres, rejetés, parfois obligés de mener une double vie. Cependant, ils sont aussi dotés de caractéristiques spéciales et, dans certains cas, peuvent se retrouver avec des pairs ou, du moins, des gens qui les comprennent et les aiment tels quels.
Les sorties de placard ne sont pas toujours des scènes de cinéma, ni des histoires de bédés. Par contre, la littérature fantastique donne peut-être un outil de plus à la société pour mieux comprendre l'univers parallèle dans lequel les personnes gaies évoluent parfois.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.