Défilé lgbta

La fierté, nouvelle mouture

Denis-Daniel Boullé
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Après moults atermoiements et de nombreuses tractations quant à son organisation et son inscription dans les festivités marquant l'été, un défilé de la fierté aura bien lieu et renouera avec la tradition des éditions précédentes. Il se tiendra donc un dimanche après-midi sur le boulevard René-Lévesque, entre de Lorimier et Saint-Hubert. Un trajet plus court que les nouveaux organisateurs ne l’auraient souhaité, mais la réalisation d’un tel événement relève de l’exploit puisque en à peine deux mois, ils auront convaincu les commerçants, des promoteurs, des commanditaires et, bien entendu, le communautaire de marcher ensemble dans le même sens pour maintenir le traditionnel défilé. À sa tête, un nouvel organisme, Célébrations LGBTA (A pour les amis), qui s’est entouré de plusieurs personnes expérimentées. Depuis septembre dernier, personne ne s’entendait sur la formule à adopter depuis que Divers Cité avait décidé de séparer la semaine culturelle du défilé et de la journée communautaire. Les discussions entre les groupes communautaires et un conseil d’administration indépendant de Divers Cité s’étaient terminées dans un cul de sac. Personne ne s’entendait réellement sur le contenu et encore moins sur les dates et sur le parcours : au printemps vers la fin juin, comme pour de nombreuses Gay Pride à travers le monde, ou à l’automne en espérant que les touristes seraient encore de la partie? Et puis, les contraintes imposées par la ville et l’arrondissement, dont le calendrier estival est déjà bien rempli, un festival n’attendant pas l’autre. Devant tous ces obstacles, les organisateurs ont préféré mettre la clef sous la porte et ont annoncé officiellement qu’il n’y aurait plus de défilé ni de journées communautaires.
Mais, comme le souligne le président de Célébrations LGBTA, Éric Pineault, l’annonce a eu l’effet d’une petite bombe au sein de la communauté : «Des organismes et la SDC du Village, ont reçu beaucoup d’appels et de courriels de personnes qui se disaient déçues que Montréal n’ait plus son défilé de la fierté gaie. Moi, je ne pouvais imaginer un été sans journée de la fierté. Encore aujourd’hui, bien que nous vivions une certaine tolérance, nous n’avons pas atteint encore une pleine acceptation. Les défilés gais ont une histoire et représentent une immense sortie du placard collective encore nécessaire. Il y a des pays dans lesquels les défilés sont interdits et même réprimés, comme à Moscou récemment, rappelle le Éric Pineault. De plus, pour les organismes gais, lesbiens et trans, le défilé, tout comme la journée communautaire, sont un moyen de se faire connaître, de faire la promotion de leurs activités, une visibili­té difficile à obtenir le reste de l’année.»
Comme Louis-Alain Robitaille et Robert Vezina partagent ce même point de vue, les trois ont contacté tous ceux et celles qui se sentent concernées pour mettre sur pied un comité organisateur et trouver les appuis financiers nécessaires pour que ce défilé nouvelle formule puisse dans un même mouvement satisfaire les principaux intéressé(e)s et attirer le public. «La seule fenêtre ouverte dans le calendrier était le 28 juillet pour la journée communautaire et le 29 pour le défilé, explique Éric Pineault. Pour ce qui est des changements, on verra le retour des grands bars dans le défilé pour l’animation, mais aussi des grandes corporations, dont nous avons limité la participation à 33 %. Cela permet d’équilibrer la présence dans le défilé mais aussi d’assurer un certain financement.»
En reprenant le défilé de jour, les groupes communautaires auront une meilleure visibilité, et si le trajet n’est pas aussi long que dans le passé, Célébrations LGBTA espère obtenir dans les années à venir l’autorisation d’allonger le trajet. «45 groupes communautaires seront du défilé, une vingtaine de chars de corporations et de commerçants du Village ont confirmé leur participation, et nous attendons d’autres
inscriptions»
, confirme Éric Pineault.
Comme pour les éditions précédentes, des personnalités du monde politique et artistique ouvriront le défilé, invités par la Fondation Émergence / Gai Écoute, et la minute de silence aura lieu à 14 h en hommage aux victimes du sida. En ce sens, Célébrations LGBTA garde les temps forts des anciens défilés et maintient la tradition. Différents prix par catégorie seront remis pour récompenser les participants. La présence des différents acteurs de nos communautés aura le mérite d’avoir réuni au mieux les intérêts des uns et des autres et de rendre peut-être à cet événement un
caractère plus festif, plus inclusif et surtout plus communautaire.
Le défilé renaît de ses cendres dans l’urgence, mais Célébrations LGBTA, fort de son équipe et du soutien de nombreux partenaires dont l’arrondissement et de médias, y copmpris Fugues, est confiant de redonner un second souffle à ce moment fort pour nos communautés. «Nous tendons aujourd’hui la main à Divers Cité. Nos événements ne sont pas concurrentiels mais complémentaires. Nous ne nous marchons pas sur les pieds, tout en attirant la même clientèle», conclut Éric Pineault, qui inscrit ses propos dans la philosophie des marches de la fierté : le respect des différences et l’ouverture à tout le monde.