The Cliks

Le rock torontois au féminin

Elisabeth Brousseau
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The Cliks était à Montréal le mois dernier, en spectacle à la petite salle Savoy du Métropolis, coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent. J’avoue que je ne connaissais absolument rien du groupe avant qu’on me remette une copie de leur plus récent album intitulé Snakehouse. J’ai écouté en boucle quelques-unes des chansons rock-alternatives-nouveau-genre à la puissance maximum dans ma bagnole. J’aime bien écouter un disque tout neuf en conduisant, on dirait que ça m’indique le potentiel «d’aller quek’part» de ces nouveaux sons, de ces voix d’outre-tombe qui s’imposent à mes oreilles. Je n’ai pas été déçue du matériel et avoue avoir été complètement charmée par leur version de Cry me a River de Justin Timberlake. Plutôt différent, en effet. J’ai rencontré les quatre filles du groupe pour vous. Je vous raconte. Récemment, j’ai eu une discussion avec des copines de la même orientation sexuelle, et on tentait de m’expliquer que le mot lesbienne, pour certaines, est chargé d’une symbolique négative, voire péjorative. Sans trop y croire vraiment, moi qui n’ai pas peur des mots, eh bien… Oups! J’aurais dû m’en souvenir. Ça ne fait pas une minute que je suis assise devant The Cliks que je parle déjà de groupe de musique lesbien. Lucas Silveira, la chanteuse et compositrice du groupe, m’arrête. «None of us identifies as a lesbian in our band. The three of them are queer and I, am a transgender». Parfait, ça aura mis une chose au clair. Le mot lesbienne est effectivement évacué des bouches. Personne ne recherche l’étiquette, le stigmate fatal. Alors, on va garder «queer», mais juste pour cette fois-ci.
Les filles sont souriantes. Pas un mot de français, même pour ces Torontoises d’origine. Morgan, Nina, Jen et Lucas sont plutôt dynamiques. Tout de suite, je me jette dans la mêlée. «Alors, ce nouvel album?» Lucas m’explique qu’elle compose toutes les chansons, paroles et mélodies, c’est elle, le cœur du groupe. Ce qu’elles chantent, ce qu’elles jouent, c’est son histoire, ses peines d’amour, son vécu. Auparavant, Lucas était entourée d’autres musiciennes qui ont abandonné et ont été rapidement remplacées. On voit d’ailleurs que c’est pour le mieux puisque Warner Music Canada est distributeur de leur nouvel album. The Cliks est un groupe prometteur. Sans le savoir, vous les connaissez peut-être déjà puisque leur musique a été entendue dans la Série lesbienne culte The L Word. Épisode III, Saison IV, quand Bette s’adonne aux plaisirs de la chair avec musique de fond. On retrouve d’ailleurs leur chanson Complicated dans la compilation musicale de la télésérie. Pour celles d’entre vous qui écoutent la télé en anglais, on a pu également les voir à la chaîne MTV interpréter leur plus grand classique Oh Yeah. Ce même titre a été popularisé grâce à leur vidéoclip largement télédiffusé qui, par ailleurs, a été entièrement tourné à Montréal.
Vous êtes curieuses d’en savoir plus au sujet de ce groupe? Leur site web est entièrement en refonte et elles ont mis du temps sur leur page My Space pour les plus branchées d’entre nous. Montréal était une des premières destinations de ce groupe en émergence qui inaugure ainsi une large tournée nord-américaine. Elles voyagent actuellement à travers des douzaines de villes états-uniennes pour y faire la promotion de leur album Snakehouse. Elles termineront cette tournée par un immense spectacle extérieur qui s’intitule cette année le True Colors Tour, puisque la principale vedette sera Cindy Lauper elle-même. Ce grand spectacle vise à amasser des fonds pour les droits humains en Amérique du Nord et particulièrement pour l’égalité des droits lesbiens, gais, bisexuels et transgenres (LGBT). The Cliks fera partie du spectacle à grand déploiement avec notamment l’humoriste lesbienne Margaret Show, nul autre que Rufus Wainright et d’autres groupes, dont The Gossip. Beau­coup à prévoir donc, pour The Cliks qui, également, est un groupe de musique incontournable toujours présent, depuis quelques années, au Gay Pride de Toronto. Elles promettent de nous en mettre plein la vue et avouent que c’est toujours différent de jouer dans leur ville natale où elles sont de véritables vedettes montantes.
Le soir venu, ma MarieJo et moi sommes allées au spectacle présenté à l’étage du Métropolis. Une petite bière et beaucoup d’atmosphère. J’observe avec intérêt de qui ou de quoi est composé le public, disons que c’est assez disparate. Certains se risquent à danser. Des corps se touchent et des mains se font baladeuses. Le band s’en donne à cœur joie au plus grand plaisir de plusieurs fans en devenir. À mesure que le spectacle avance, le public embarque et en redemande. Lucas Silveira est une véritable bête de scène, qui s’est approprié chaque tête de son public. Une chanteuse généreuse on stage sans qui le band ne serait rien. Un spectacle apparemment déjà bien roulé et amusant d’improvisation, de commentaires rigolos et d’interventions synchronisées qui ont fait de ce show un divertissement bien supérieur à toutes mes attentes. The Cliks, un band à découvrir; Snakehouse, un album à se procurer.