FiertéTrans 2007

Au-delà des espérances

Denis-Daniel Boullé
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Un amphithéâtre trop petit pour contenir le nombre de participants pour les conférences, et le soir une longue file d’attente devant le Cléopâtre pour clôturer la FiertéTrans 2007. Un événement qui a dépassé les attentes des organisateurs fiers de se rendre compte que les trans n’étaient pas aussi isolé(e)s que cela et que, de plus en plus, on prenait en compte leur spécificité.

Une journée qui a su mêler la théorie, les conseils pratiques, mais aussi la fête avec un groupe de drag kings en soirée pour danser. Les trans ont souvent évolué en parallèle du mouvement LBGT dans lequel ils ne se sont pas toujours retrouvés, tout comme les associations gaies et lesbiennes ne leur ont pas donné l’espace nécessaire pour y être parfaitement intégrés. D’où l’intérêt de cette journée spécifique, le 3 mai, ou le samedi le plus proche, anniversaire de la mort de Christine Jorgensen, une transsexuée extrêmement médiatisée à l’époque. Pour Marie-Marcelle Godbout, fondatrice de l’Association des Trans du Québec (ATQ), même si on peut noter de nombreux changements et une nette amélioration de la situation des trans, ces dernières années, il reste, selon elle, encore un travail d’éducation sociale et populaire à faire et les rencontres comme celles du 28 avril y contribuent. «Nous avons été extrêmement surpris de la participation. Certains s’étaient déplacés du Lac Saint-Jean» constate Marie-Marcelle. «Il y avait même un couple de parents venus avec leur enfant qui souhaitait changer de sexe». Les ateliers, quant à eux, reflétaient les questions du moment. Quelle est la différence dans l’état actuel de la recherche universitaire entre transgenre et transsexualité : est-ce l’opération de changement de sexe qui trace la frontière? Comment s’approprier la féminité pour les transsexuelles et de vivre avec le regard des autres souvent dérangés par la non-conformité avec un genre? En fait, comment vivre tous les obstacles du changement, comment y faire face et quels moyens peuvent être mis en place pour les lever? Enfin, toutes les questions légales entourant le changement de nom et/ou de sexe et l’accès aussi aux opérations. Pour Marie-Marcelle Godbout, «il faut que nous soyons capables de respecter nos différences et, même si les choses ont changé, nous devons encore mener des combats pour que notre spécificité soit prise en compte. Par exemple, comment sommes-nous reconnu(e)s en milieu hospitalier quand un médecin a en face de lui un patient qui ne correspond pas à ce qu’il attendait. Même chose pour les trans vieillissants, auront-ils droit au respect de ce qu’ils et elles sont dans les maisons pour personnes âgées ?» Mais une fois le changement obtenu physiquement, légalement et socialement, pourquoi avoir le besoin de se retrouver ensemble ? «Parce que c’est quelque chose que l’on ne peut oublier. Et qu’il y a toujours, dans la vie, des situations où le fait que l’on soit né avec l’autre sexe, que l’on ait un code génétique différent, nous ramène à notre histoire», explique Marie-Marcelle. «Ce que je dis à ceux et celles qui occultent leur passé, c’est que celui-ci revient toujours à un moment donné, et qu’il vaut mieux ne jamais oublier d’où l’on vient pour mieux savoir où l’on s’en va.» Pour Marie-Marcelle, qui a connu les années soixante où se travestir en dehors des lieux réservés était encore criminel, les changements sont notables. Comme elle le répète, elle a pu changer de nom, se marier et adopter un enfant. Aujourd’hui, elle est grand-mère, mais n’a pas oublié d’où elle vient. «Il ne s’agit pas d’afficher à tout moment sur une pancarte que nous sommes trans, mais simplement que chacun et chacune puisse se faire une place dans la société et mener la vie qu’il ou elle souhaite en étant bien avec soi-même et avec les autres», de conclure la fondatrice de l’ATQ.

 

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Publié le 22 mai 2007

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