Journée internationale de lutte contre l’homophobie

De nouveaux porte-parole et un prix pour Mark Tewksbury

Denis-Daniel Boullé
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Depuis des années, les organisateurs de la journée internationale contre l’homophobie rêvaient d’avoir une porte-parole lesbienne connue. Plusieurs avaient été approchées, mais elles avaient toujours refusé de s’associer à un événement spécifiquement gai et lesbien, ou encore , elles ne voulaient pas apparaître publiquement pour être ensuite reconnues comme étant lesbiennes. La page est tournée avec Monique Giroux. L’animatrice de Fréquence Libre à Radio-Canada qui accompagne les après-midi des auditeurs dans la découverte et la promotion de la chanson française – certains artistes lui doivent leur succès actuel – a sauté le pas. Un engagement qui mérite d’être souligné et dont on doit apprécier la portée. «J’ai toujours lutté contre les préjugés et, malheu­reusement, les personnes homosexuelles en sont toujours victimes», a-t-elle déclaré en s’associant à l’événement. Son pendant masculin, le comédien Éric Bernier, remarqué dans plusieurs rôles de gais dans des séries télévisées, soutient sans réserve ceux qui viennent en aide aux gais et aux lesbiennes qui ont encore de la difficulté : «Gai Écoute apporte réconfort et soutien à ces personnes, et la Fondation travaille à combattre l’homophobie. Je veux faire ma part.

Si l’on aime connaître l’orientation sexuelle des personnalités publi­ques, il semblerait que les parents, eux, soient très intéressés par celle de leur enfant. Comme chaque année, la Fondation Émergence a commandé un sondage Léger Marketing en lien avec la campagne de cette année «On ne choisit pas son homosexualité.» Les résultats sont éloquents et certains mythes encore tenaces. 87 % des Québécois et 78 % des Canadiens croient qu’il est important pour les parents de connaître l’orientation sexuelle de leur enfant. Mais dans la colonne mythe, 21 % des Canadiens (29 % des Québécois) croient que l’on peut choisir son orientation sexuelle et 26 % (30 % pour les Québécois) pensent que l’on peut en changer. Mais, ce qui est rassurant, c’est qu’à une très grande majorité, les parents québécois (81 %) et canadiens (74%) croient qu’il est important de parler de l’homosexualité et de la bisexualité lors des cours d’éducation sexuelle. Un tabou est en train de se briser, puisque on a longtemps pensé que de parler d’homosexualité aux enfants était une forme de prosélytisme.
Le 17 mai a été aussi l’occasion pour le Conseil permanent de la jeunesse du Québec de faire la promotion d’une recherche intitulée Sortons l’homophobie du placard… et de nos écoles secondaires qui, devant l’état de la situation, demande effectivement que des plans d’action soient pensés pour outiller tous les professionnels de l’éducation secondaire devant cette problématique.
Nageur olympique ouvertement gai et engagé à faire bouger les mentalités, Mark Tewksbury a donné de son temps pour faire la promotion des premiers Outgames mondiaux en 2006. Pour la Fondation Émergence, il ne faisait aucun doute que ce sportif de haut niveau incarne une source d’inspiration pour les jeunes gais et les jeunes lesbiennes. «Les succès de cet athlète sont des exemples positifs», a déclaré Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence. Le prix remis à Mark Tewksbury souligne la contribution manifeste d’une personne, d’un groupe de personnes ou d’une institution à la lutte contre l’homophobie.
Chaque année, la Fondation Émergence lance une campagne dont le point culminant est le 17 mai. L’affiche du bébé naissant avec, à son bras, un bracelet d’hôpital sur lequel il est écrit : «Homosexuel» a connu, selon Laurent McCutcheon, un énorme succès, puisque plus de 400 organismes à l’échelle du Canada ont en demandé des copies ou encore des dépliants à distribuer dans des établissements scolaires, grâce à la complicité de nombreux partenaires.
Avec cette campagne, la Fondation rappelle que le 17 mai doit être tous les jours, et pas seulement une fois dans l’année. Marquer le coup, c’est bien, agir au quotidien, c’est mieux, ce que s’emploient à faire la Fondation et ses partenaires. Denis-Daniel Boullé
www.emergence.org


Trois questions à Monique Giroux...

Jointe par téléphone, Monique Giroux, a bien voulu se prêter au jeu de la vérité. En résumé, son credo : tout faire dans la vie pour être heureux, que ce soit dans sa vie privée, professionnelle, sociale, et résister à tout ce qui pourrait nous éloigner d’une vie heureuse.

Monique Giroux, pourquoi avez-vous accepté de devenir porte-parole pour la journée de lutte contre l’homophobie ?
Simplement parce que, toute ma vie, j’ai essayé d’être cohérente avec moi-même. Je n’en avais jamais parlé publiquement, parce qu’en fait personne ne me l’avait demandé, et que jamais je ne me suis retrouvée dans une situation où j’ai eu besoin de justifier ce que j’étais. D’ailleurs, je tiens à dire que je ne réclame pas le droit de vivre comme je l’entends, tout comme je ne réclame pas le droit à la différence, je n’ai d’autorisation à demander à personne pour vivre ce que je suis puisque cela ne regarde que moi. Sans pour autant être fière. Je n’ai jamais ressenti, par exemple, le besoin de participer à un défilé de la fierté. Je ne suis pas fière d’être homosexuelle. Est-ce que les hétérosexuels sont fiers de l’être ? Non ! Le problème est dans l’homophobie, qui elle est bien présente et contre laquelle il faut lutter.

Avez-vous été victime ou été témoin d’homophobie ?
J’ai eu cette chance de ne souffrir d’aucune discrimination. Aucun problème avec ma famille, tout comme je n’ai jamais senti professionnellement que cela pouvait être un handicap. En revanche, on m’a raconté des histoires de discrimination, parfois elles étaient réelles, mais il est arrivé aussi que l’on saute rapidement à des conclusions hâtives.

Un conseil que vous donneriez à un jeune gai ou à une jeune lesbienne qui aurait du mal à s’accepter ?
J’aurais envie de dire : qui suis-je pour donner des conseils ? C’est difficile. Pourtant, c’est drôle, mais je me suis retrouvée une fois dans cette situation où une personne proche m’a demandé mon aide. Et j’ai été surprise d’être surprise ! Je ne m’en réjouissais pas autant que cela; en fait, c’était une réaction complexe. Je dirais donc ce que j’ai répondu à cette personne. Sois à l’aise, soit heureux et ce, à tout prix. Ne laisse pas le malheur entrer dans ta vie, tu es le seul à pouvoir ouvrir ou fermer cette porte et tiens-la fermée à tous ceux et celles qui voudraient t’influencer négativement. Personne n’a de droit sur toi. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faut être arrogant ou véhément, car on doit respecter la liberté des autres autant que la sienne. Il faut se battre pour le bonheur, personne n’est contre cela.

 

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Publié le 22 mai 2007

par Denis-Daniel Boullé