Kim Jaime Janna

Métier : directrice des services financiers

Elisabeth Brousseau
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J’ai rencontré Kim lors d’activités gaies et lesbiennes où elle représentait la TD. Depuis près de deux ans maintenant, la Banque TD et ses filiales s’impliquent de manière marquée dans la communauté en finançant des projets qui tiennent à cœur au comité Diversité. Ce comité, c’est Kim et quelques comparses de travail qui l’ont mis sur pied. Leur objectif? Sensibiliser la population aux causes gaies et lesbiennes, mais également créer une atmosphère de travail au sein de leur institution bancaire qui soit ouverte à la diversité et aux réalités LGBT. «Nous voulions pouvoir être nous-mêmes dans notre milieu de travail. Nous passons une énorme partie de notre vie active au travail! Si nous voulons faire un bon job, il faut s’investir et croire dans l’entreprise. Pour ce, il faut être bien dans sa peau, bien dans sa tête, bien dans son choix de vie». Et ça marche. Plus d’employés sont sortis du placard au travail, le comité compte plus de membres, plus d’activités, plus de budget. Que demander de plus? Même les straights s’intéressent à leurs activités toujours dynamiques et à leurs nombreuses sorties dans le village ou chez des commerçants membres de la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ).
Dans leur groupe Diversité, ils sont plusieurs à courir les 5 à 7 gais et lesbiens. Et la TD marche dans leurs initiatives d’engagement social et financier auprès de la communauté. «It works both ways. Les client(e)s lesbiennes et gais ont aussi envie de faire affaires avec une entreprise qui démontre son ouverture. Et là, je ne parle pas juste du fait que la TD est ouverte le dimanche!» rit-elle. «Depuis la fondation de Diversité, on finance pleinement le Concours jeune entrepreneur TD qui vise à aider un(e) jeune entrepreneur(e) à lancer une entreprise de biens et/ou de services dont le principal marché est LGBT. On a également poussé l’implication de la Banque dans le Festival de films LGBT Image+Nation qui se tient chaque année à Montréal». Alors, moi-même présente sur les lieux, je me souviens de Kim qui, l’an dernier, était l’une des principales représentantes de la TD à l’événement et qui a pris la parole pour l’ouverture du Festival. Il faut dire qu’elle défend ardemment son identité lesbienne : pas question de faire semblant d’être dans le placard. «Je n’ai jamais senti que mon orientation sexuelle pourrait être nuisible à ma carrière, au contraire!» dit-elle sans hésitation aucune.
Kim est originaire de Shawinigan où elle a grandi dans un milieu bilingue. Impossible de cacher ses origines libanaises avec son teint chaud et sa chevelure presque ébène. Elle a étudié en anglais jusqu’à 17 ans et a dû quitter parents et amis pour poursuivre ses études. Elle raconte avec humour son arrivée à Montréal, dans un petit appartement du Plateau partagé avec son frère et des colocs gais, coin Mont-Royal et St-Denis. «Tu parles d’un dépaysement! On mangeait tout le temps des falafels juste en dessous de chez nous… j’en ai jamais remangé depuis.» Une sorte de fierté l’habite quand elle m’affirme qu’ils étaient pauvres, gage de sa débrouillardise et de son apprentissage de la vie adulte. Jeune, elle voulait faire carrière au basketball, pour la WNBA. Elle fut, plutôt, menée par son destin à faire « Études des femmes », à l’Université Concordia. Puis, finances obligent, elle a commencé à travailler comme caissière à la Banque TD. Investie dans l’idée d’avoir une carrière, elle a poussé ses apprentissages jusqu’à l’Institut des banquiers canadiens où elle est devenue directrice. Elle avoue avoir franchi les étapes plus vite que la moyenne, car quand Kim est décidée, elle n’attend personne pour franchir les étapes vers le succès.
À 28 ans, un de ses principaux buts à moyen terme est de se lancer en affaires. Après une heure de discussion et de précisions sur son enfance, sa blonde, ses sessions de yoga une fois par semaine, elle sort de son sac de laptop un carnet où tout est inscrit. Son plan d’affaires est probablement contenu entre ces pages, que j’ai pensé en la voyant farfouiller les diverses sections du cahier. « The Tutor Café », c’est comme ça que ça va s’appeler. Le projet web vise à rassembler les étudiants et les profs pour faciliter l’apprentissage et réduire le décrochage scolaire. Je songe tout de suite au site Allo Prof qui offre en ligne des chat rooms qui mettent en lien des profs et des étudiants du primaire et du secondaire. Mais Kim explicite sa vision de l’affaire et on parle d’un projet beaucoup plus large. Davantage comme un eBay du tutorat, le site vise à permettre à un étudiant de trouver un tuteur qu’il pourra embaucher selon son budget et la cote générale de tuteur. On pourra se trouver un prof par ville, par prix, par rendement, par niveau (du primaire à l’université), discuter avec d’autres étudiants par secteur d’intérêts, etc. Et les profs volontaires pourront offrir leurs services à tous ces étudiants en ligne. Mais plus largement, le site regroupera toutes sortes de services liés à l’éducation. Camps de vacances sportifs, cours de langues, écoles privées et publiques pourront y publiciser leurs spécificités et leurs attraits. Le site sera évidemment bilingue et devrait être fonctionnel d’ici 6 mois environ. www.thetutorcafe.com
Je termine l’entrevue en beauté et poursuis avec mes éternelles questions sur la visibilité des lesbiennes, leur implication dans le monde, etc. À ses yeux, les jeunes lesbiennes ont une bonne tête, les lesbiennes dans la vingtaine n’ont plus de raison de se cacher pour vivre grâce à l’avancement des droits. Les femmes sont plus éduquées, elles veulent une carrière, sont ambitieuses, elles ont un potentiel énorme. « Les choses ont changé! C’est de plus en plus facile d’être gaie. Je crois que les lesbiennes ont davantage confiance en ce qu’elles sont en mesure d’accomplir. Elles croient en leurs capacités individuelles et collectives de changer les choses pour le mieux.» Je lui lance quelques phrases en anglais sur ma propre perception de l’affaire et elle me répond volontiers : «Women… We can’t sleep at night ‘cause we keep thinking about the laundry and the dirty kitchen floor. Mais, dans le fond, si on change le tout en devenant actives maintenant, en devenant des femmes d’affaires - now ! -, en courant après le succès comme les hommes peuvent le faire, eh bien… on pourra vite engager quelqu’un qui fera le ménage dans la maison à notre place. Et alors on pourra s’endormir en songeant à nos femmes, à nos business, à nos enfants. » J’ai simplement souri. Ça m’apparaît logique. Il n’y a plus de raisons pour que les lesbiennes restent en fin de peloton.