Biennale d’art contemporain de Montréal, du 10 mai au 8 juillet 2007

Un rendez-vous grand public pour remuer ciel et terre

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Malgré les coupures budgétaires et la présence de festivals à Montréal n’hésitant pas à jouer sur la facilité, certains maintiennent la même qualité d’exigences et surtout d’innovation pour faire connaître les artistes contemporains, ceux qui interprètent parfois en le décomposant notre monde, multipliant des points de vue originaux, déroutants, mais jamais ennuyants. «Ils nous proposent des voyages et agissent à l’arrière du bateau» commente le Commissaire invité de cette cinquième édition, Wayne Baerwaldt. «Ils sont un peu les guide moraux de la société de nous montrer ce que nous ne retrouvons pas dans les médias conventionnels. L’art a toujours eu une fonction politique, qu’elle soit clairement indiquée par l’artiste ou qu’il ne s’en soit pas soucié. Il semblerait que les artistes dont les œuvres seront présentes au cours de cette biennale soient plus que jamais ancrés dans notre réalité. Engagés diront certains mais sans pour autant perdre leur authenticité. D’où le titre donné à cette biennale : Remuer ciel et terre / Crack The Sky. L’écologie, les rapports avec les nouvelles technologies, les liens culturels et identitaires avec le passé, notre rapport avec la nature, autant de thèmes qui parcouront les événements et les expositions qui se dérouleront pendant deux mois.

Difficile de faire un choix parmi la quarantaine d’artistes présents venant des quatre coins du monde. Pour ceux que l’art peut intimider, ils auront un aperçu de la biennale lorsqu’ils passeront par la station Lionel-Groulx. L’artiste anglaise Beth Derbishyre investira l’espace public pour une installation mêlant les éclairages et les projections pour apporter de la poésie à un lieu qui en manque souvent. Pour se frotter aux œuvres des autres artistes, visitez l’École Bourget, le Musée des Beaux-Arts, la Galerie de l’UQAM et la Galerie de Liane et Danny Taran du Centre des arts Saidye Bronfman.

Vidéographies, installations, créations à partir d’images numériques, sculptures, et créations scéniques, Remuer ciel et terre représente une fa­buleuse visite dans l’art contemporain caractérisé par l’explosion des genres et des formes repoussant toujours les limites. Du groupe BGL, un collectif montréalais qui cherche à briser les distances entre l’art et l’homme en rejoignant ses préoccupations sociales à Bill Smith, un créateur américain qui part des sculptures robo-tiques, cherche le lien entre la nature et la science fondant ses créations sur les lois naturelles de la physique et en empruntant aux biomathématiques. Du côté de la vidéographie, le danois Just Jesper, explore les rapports amoureux d’un point de vue Queer puisque tous ses interprètes sont tous des hommes même pour les rôles féminins. Le peintre d’Afrique du Sud Evan Penny présentera ses peintures-sculptures géantes et hyperréalistes qui contrasteront avec l’expressionnisme sombre de l’artiste uruguayen, Ignacio Itturia. Des œuvres à caractères domestiques presque infantiles témoignant de notre condition d’urbains.

Même préoccupation de l’écologie avec la Canadienne, Suzan Turcot, préoccupée par le sort de la forêt boréale. Une protestation politique à partir de créations graphiques en trois dimensions. «Il y a parfois une touche de nihilisme dans le travail de Suzan Turcot» commente Wayne Baerwaldt. «Comme une lamentation qui s’inscrit dans tous les thèmes qu’elle touche qui sont toujours imprégnés de situations sociales».
Virgil Marti, artiste américain installera ses installations lumineuses, un détournement de l’art déco, presque de mauvais goût, hésitant entre le kitch et le Pop Art en uti­lisant aussi bien le macramé que des matériaux plus nobles. Graeme Patterson proposera ses sculptures à partir de bois vieilli incorporant des vidéos et des éléments animés. Quant à Teo Sims, ses installations revisitent les espaces et les objets familiers sur lesquels s’impriment des images de la vie quoti­dienne. Le photographe Scott McFarland, recrée le réel, des photos de maisons, de scènes de la vie, mais retravaillées par le numérique pour toucher au plus près de la réalité. Et aussi, le peintre et vidéographe Kent Monkman, qui décompose les identités pour en montrer l’arbitraire des frontières. D’origine irlandaise et crie, et gai, Kent Monkman avec humour et parfois avec un certain iconoclasme, bouscule nos certitudes à travers sa peinture ou ses films noirs et blancs.

Un bar irlandais-québécois sera reconstruit minutieusement à l’intérieur de l’École Bourget où le public deviendra partie intégrante d’une œuvre grandeur nature et pourra regarder le barman qui agira comme interprète entre les artistes, le public et les œuvres. Ce lieu servira aussi de cadre intime et chaleureux pour rencontrer et partager avec les artistes et assister à d’autres performances. «Ce contact entre le public et les artistes est très important pour nous, aussi important que les œuvres exposées» ajoutent Wayne Baerwaldt. «Les artistes et le public, c’est la même communauté humaine qui partage les mêmes préoccupations, les mêmes questionnements, les artistes l’ex-primant dans une écriture qui leur est propre mais qui est aussi partageable par le plus grand nombre.»

www.ciac.ca/fr/biennale.html
École Bourget 1230, rue de la Montagne, entre le boulevard René-Lévesque Ouest et la rue Sainte-Catherine Ouest.. Métro Peel ou Guy-Concordia. / Parisian Laundry 3550, rue Saint-Antoine Ouest. Métro Lionel-Groulx / Musée des beaux-arts de Montréal 1380, rue Sherbrooke Ouest, Niveau S-2, Pavillon Desmarais. Métro Guy-Concordia / Galerie de l'UQAM 1400, rue Berri. Métro Berri-UQAM / Galerie Liane et Danny Taran / Centre des arts Saidye Bronfman 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Métro Côte-Sainte-Catherine et autobus 129 Ouest / Cinémathèque québécoise 335, boul. de Maisonneuve Est

 

  Envoyer cet article

Biennale d’art contemporain de Montréal, du 10 mai au 8 juillet 2007

Un rendez-vous grand public pour remuer ciel et terre

L’art a toujours eu une fonction politique, qu’elle soit clairement indiquée par l’artiste ou qu’il (...)

Publié le 18 avril 2007

par Denis-Daniel Boullé