De l’égalité juridique à l’égalité sociale

L’adoption d’une politique nationale de lutte contre l’homophobie est recommandée

Elisabeth Brousseau
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Lors du «Colloque Visibilité lesbienne», qui s’est tenu au Drugstore en mars dernier, Monik Audet, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, était sur place à titre de conférencière. Elle tenait également un kiosque informatif visant à faire connaître les résultats d’un important rapport de consultation du Groupe de travail mixte contre l’homophobie. Voyons ensemble de quoi il s’agit. En 1994, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publiait un rapport portant sur la violence et la discrimination envers les lesbiennes et les gais intitulé «De l’illégalité à l’égalité». Suite aux résultats de ce premier rapport, un processus de réflexion s’engageait au niveau politique. C’est en 2004, lors de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie, que le Ministère des Relations avec le citoyen et de l’Immigration a annoncé la création du Groupe de travail mixte contre l’homophobie. La Commission des droits de la personne a joué un rôle majeur au sein du groupe et a permis à ce nouveau rapport d’être publié en mars 2007 sous le thème accrocheur «De l’égalité juridique à l’égalité sociale, vers une stratégie nationale de lutte contre l’homophobie». Il vise précisément l’étude détaillée de la problématique de l’homophobie et propose des moyens d’action pour lutter contre ce fléau.
Ce document de 107 pages sera certes utile à nos communautés puisque plusieurs données sont chiffrées, que la Commission est une organisation des plus viables en matière d’identification d’inégalités de toutes sortes et qu’en­fin, des moyens d’action ciblés peuvent être mis de l’avant grâce aux nombreux constats présentés. Nous espérons évidemment que les nombreuses recommandations seront mises de l’avant par nos représentants politiques et que, surtout, des sommes y seront allouées.
Comme constat de base, le rapport explicite que l’homophobie existe vraiment au Québec. Elle sévirait de différentes manières et aurait des effets sociaux néfastes plus ou moins marqués, dépendamment des sous-groupes qui composent la communauté LGBT. Par exemple, les gais, lesbiennes et bisexuels ont une propension plus élevée à commettre un acte suicidaire que le reste de la population. Ils ont également une tendance substantiellement plus élevée à consommer des substances telles que les drogues ou l’alcool, et ce, de manière abusive. On note des problématiques particulières en ce qui a trait à la violence conjugale chez les communautés LGBT. «L’hétérosexisme peut entraîner un plus grand isolement et l’homophobie réduit au silence la majorité des victimes», note-t-on dans le rapport. En d’autres termes, les lesbiennes et les gais victimes de violence sont incompris dans le système hétérosexuel parce que leur réalité est différente et que, trop souvent, ils n’obtiennent pas d’aide. On écrit plus loin que les gais et les lesbiennes rapportent davantage de détresse psychologique et qu’ils se considè­rent en moins bonne santé mentale. Le taux de dépression est plus élevé dans nos communautés que dans la société en général et on en note plusieurs traits significativement plus dominants chez les gais et les lesbiennes, dont l’anxiété, la culpabilité, le sentiment d’être perçu comme déviant ou pervers, etc. D’ailleurs, tout cela n’est pas étranger au fait que «l’homosexualité est encore trop souvent vécue de façon cachée et inavouée en raison de contraintes sociales, morales, religieuses, que ce soit dans la famille, à l’école, au travail ou dans d’autres secteurs d’activités». Enfin, d’autres stigmates s’imposent et isolent les gais, dont le VIH/sida, qui participe à la discrimination, cette fois majoritairement chez les hommes gais et bisexuels.
Laquelle d’entre nous, lors d’un examen de routine chez le gynécologue ne s’est pas fait demander si elle prend la pilule? Dans le domaine de la santé et des services sociaux, de nombreux préjugés ou fausses présomptions s’imposent encore : «Te­­nant pour acquis que les femmes sont hétérosexuelles, les informations données ou les questions qui leur sont posées ne sont pas adaptées à leur situation.» On note également que l’isolement social et la pauvreté matérielle constituent des facteurs de fragilisation nuisibles à une partie de la communauté lesbienne. Fait étonnant, on retrouve chez les gaies une panoplie importante de maladies plus susceptibles de les affecter que chez les femmes hétérosexuelles. Notons entre autres le cancer du sein, le cancer du col utérin, des problèmes liés à l’obésité et au diabète. Enfin, « il y a un a priori chez plusieurs lesbiennes et pourvoyeurs de soins en santé selon lequel les infections transmissibles sexuellement ne peuvent être transmissibles de contacts de femme à femme. Il en résulte qu’un bon nombre de lesbiennes ne reçoivent pas les soins préventifs ni les traitements médicaux appropriés.» On note finalement que les lesbiennes sont identifiées parmi les groupes de femmes les plus vulnérables et les plus exposées à la violence.
Le rapport s’intéresse à divers aspects de l’homophobie dans le milieu scolaire et éducatif, dans les sports, au sein de la fa­mille, chez les jeunes et les personnes aînées, dans les communautés immigrantes et les communautés culturelles, dans le milieu de travail, dans le domaine de la sécurité publique et, finalement, en matière de justice. Des constats plutôt alarmants s’y retrent, pense-t-on. Mais pour ceux qui militent et qui travaillent à l’avancement des mentalités, de nos droits, de la société, ce document est désormais un incontournable. Une sorte d’introspection de qui et de quoi nous sommes constitués, à qui et à quoi nous devons nous attaquer. En somme, il permet de renommer nos chevals de bataille, de réorienter nos luttes avec, comme preuve à l’appui, ce document fort. Ainsi pourrons-nous pousser la société non plus qu’à nous tolérer, et même à nous accepter, mais peut-être, un jour, à vraiment nous respecter.