Fiction ou réalités ?

Bientôt d’autres sexclubs dans le Village ?

André-Constantin Passiour
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Il y avait déjà les saunas, puis, l’été dernier, le Backroom (l’ancien Station C) a ouvert ses portes. Ce fut le tout premier sexclub gai, inspiré du modèle européen, à faire son apparition dans la métropole québécoise. Récemment, le Tools a converti à son tour une partie de son espace en sexclub. Les rumeurs ont courru par la suite que, tour à tour, le Parking, l’Aigle Noir et le Stud transformeraient une section de leur espace respectif en sexclub. Quelle est la part de vérité dans ces rumeurs?

Il y a près de deux ans maintenant que la Cour suprême du Canada a statué sur le dossier, entre autres, du club échangiste L’Orage. En résumé, on permettait ainsi que, dans un lieu séparé du reste de la discothèque, à l’abri des regards, des adultes consentants puissent avoir des relations sexuelles. Cela faisait des années que l’on attendait ce jugement. Cela a permis au Backroom, puis au Tools, d’opérer un tel espace, mais sans alcool. Il n’en fallait donc pas plus pour que des rumeurs circulent dans le Village : le Stud, l’Aigle Noir ou le Parking pourraient ouvrir un espace sexclub ou backroom.
Ouvert depuis février, l’espace Playroom du Tools attire du monde. « Il y a plus de clients qu’avant. Nous sommes la première discothèque du Village à offrir un espace playroom donc, cela crée aussi une certaine curiosité chez les gens et nous avons remarqué des nouveaux visages, des gens qui ne venaient jamais avant au Tools et qui, manifestement, viennent maintenant pour voir cet espace. Ce qui signifie que le produit attire une certaine clientèle », explique le gérant du Tools, Luc Généreux. L’on sera surpris d’apprendre que la clientèle qui répond le plus à ce nouveau concept est constituée des 20 à 35 ans. « Le but ici est d’offrir un produit différent, continue M. Généreux. Si un individu A rencontre un individu B sur la piste de danse et qu’ils ne veulent pas nécessairement aller chez l’un ou l’autre ou dans un sauna, on leur offre la possibilité d’avoir une relation dans cet espace fermé, séparé du reste de la discothèque. Donc, si quelqu’un ne veut pas aller, il ne verra même pas ce qui s’y passe. »

Un pensez-y bien ?
Quant à l’Aigle Noir, le Stud ou le Parking, pour l’instant du moins, il n’est pas question de s’aventurer dans ce genre de lieu. « Il y a toutes sortes de rumeurs qui ont couru à ce sujet-là. Nous avons effectivement analysé la possibilité de le faire, mais ce n’est pas dans nos priorités pour l’instant. C’est une décision d’affaires d’abord et avant tout. Faire ce genre d’espace correctement nécessite des investissements important et nous avons décidé que, pour le moment, cela ne valait pas la peine », explique le gérant du Parking, Pascal Lefebvre. « Si on a un bar, c’est pour que les gens viennent s’y amuser, avoir du fun; ou pour la musique et danser, nécessairement pour avoir des relations sexuelles. Notre but premier est d’avoir un bar qui attire la clientèle avec des soirées ou des événements, pas avec un sexclub, parce que ce ne sont pas tous les clients qui sont intéressés à aller dans un sexclub », note Pierre Saulnier, directeur du bar Stud et qui s’est fait aussi le porte-parole de l’Aigle Noir (également propriété de Michel Gadoury, le grand patron du Stud).
Pour Pascal Lefebvre, la zone grise qui entoure encore ce type d’établissement se doit d’être clarifiée afin que les tenanciers de bars ou de clubs sachent véritablement à quoi s’attendre. De plus, « avant de dépenser de l’argent pour des transformations, on va attendre de voir comment les choses évoluent. Et l’on doit se poser la question si l’on embarquait là-dedans, est-ce que notre clientèle suivrait? », s’interroge M. Lefebvre. Le Parking travaille constamment à améliorer ses locaux, à offrir des soirées avec des DJ internationaux et de renom donc, peut-être que ce type d’endroits, contrairement à l’Europe, rebuterait la clientèle de clubbers qui se déplacent pour ces prestations. « Faire un sexclub veut dire que cette partie du bar n’aura pas de permis d’alcool. Cela demande aussi un certain investissement parce qu’il faut, à nos yeux, installer une douche, des lavabos, etc., il faut des mesures d’hygiène minimum », renchérit le directeur du Stud qui se questionne aussi.
« L’investissement en valait la peine, de poursuivre M. Généreux, le gérant du Tools. Je pense que viendra le jour où d’autres bars y penseront et le feront. Il ne faut pas se le cacher, pour différents facteurs [dont l’interdiction de fumer], la fréquentation dans les clubs a connu une baisse générale. Il faut donc penser à d’autres moyens pour attirer la clientèle qui ne sort plus ou qui sort moins. Je ne regrette pas de l’avoir fait. »
« Si tous les bars se mettaient à ouvrir des espaces sexclub, il n’y aurait plus d’originalité, continue le directeur du Stud, Pierre Saulnier. On n’en fera pas [de sexclubs], ni au Stud ni à l’Aigle Noir, mais on va se concentrer sur notre clientèle et nos soirées. Au Stud, on a beaucoup de bears qui viennent. À l’Aigle, ce sont les gars de cuir, et on va encore améliorer les soirées, le décor, etc. pour que l’Aigle devienne encore plus un bar cuir et fétiche où se tiennent des événements. On y effectuera d’ailleurs des rénovations pour que l’espace soit mieux divisé. Au Stud, on va travailler avec les bears, entre autres, pour qu’ils se sentent encore plus chez eux, ici. »
« Je ne dis pas que dans cinq ans, si la situation change, on ne le fera pas, mais certainement pas maintenant, parce qu’il y a encore trop de choses qui sont vagues sur ce qui est permis ou non et qu’en termes de décision d’affaires, pour nous, au Parking, c’est non, ce n’est pas ce qu’on veut faire [pour attirer la clientèle] », tranche M. Lefebvre, le gérant de ce club.
Comme on le voit, les avis sont partagés. Si l’investissement représente une fréquentation améliorée pour le Tools, d’autres songent à la perte du permis d’alcool pour cette section, à la perte d’originalité qui a fait la marque de chaque club et, ultimement, à la perte d’une partie de la clientèle rebutée par ce type d’endroit. À moins qu’une autre clientèle, par curiosité, passe son temps à se promener d’un sexclub à l’autre... Seul l’avenir nous dira dans quelle direction tournera le vent... mais pour le moment, il ne faut pas s’attendre à d’autres conversions en sexclub.

 

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Publié le 21 mars 2007

par André-Constantin Passiour