Le colloque du 8 mars

Visibilité lesbienne

Elisabeth Brousseau
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Plusieurs d’entre nous, mesdames, s’assument à la maison, auprès de leur famille, de leurs amies et amis… mais combien de lesbiennes sont encore réticentes à parler de leur homosexualité dans leur milieu de travail, dans les milieux institutionnels, comme à l’hôpital, au sein de leur communauté culturelle? Qui d’entre nous, d’entrée de jeu, parle de son homosexualité lorsque interrogée par son voisin âgé, par un policier, ou pire, lors d’une entrevue d’embauche? Effectivement, parfois, il n’est pas nécessaire de parler de son orientation sexuelle et plusieurs diront : «ça ne regarde personne, ce qui se passe dans ma chambre à coucher». Mais ce type de réactions ne contribue pas à l’émancipation des droits des gais. Il n’a pas non plus aidé à la légalisation du mariage ou à l’adoption d’enfants dont les conjoints de même sexe bénéficient aujourd’hui. Il ne permet pas l’avancement des possibilités pour les lesbiennes et les gais. D’ailleurs, avouons-le, c’est souvent grâce à nos congénères masculins que se fait l’avancement concret des droits des gais. Ils ont plus de ressources? Peut-être sont-ils plus solidaires? Présentation d’un colloque sur la visibilité lesbienne au Drugstore : un franc succès. Le 8 mars dernier avait lieu le colloque lesbien qui se tient chaque année lors de la journée de la femme. Cette année, le thème était la «visibilité lesbienne». Par les années passées, l’organisme Gai Écoute organisait ce colloque, mais le GRIS Montréal prenait la relève cette année. Le Drugstore a donc été pris d’assaut, ce jeudi soir, par des femmes engagées dans toutes sortes de domaines susceptibles d’intéresser notre communauté spécifiquement lesbiennes. À l’ordre du jour : des conférences, des kiosques, des bouchées, des rencontres, des concours et des sondages. Les
lesbiennes veulent connaître les lesbiennes. Les lesbiennes veulent que plus de lesbiennes s’affichent, s’assument, s’aiment comme femmes et partagent leur vie avec la communauté pour que toutes puissent grandir et s’affirmer
personnellement, socialement, publiquement, juridiquement.
On retrouvait sur place des femmes de tête comme l’impressionnante Monik Audet de la Commission des droits de la personne, venue présenter un rapport paru récemment sur l’égalité sociale des lesbiennes et des gais. Un kiosque orga­nisé par Amy Skinner de la boutique Mad’Âme sur la rue Amherst vendait, le sourire en coin, des bobettes typi­quement lesbiennes, dont une paire se retrouve maintenant dans ma garde-robe. Un charmant couple de l’association des mères lesbiennes présentait l’agenda des rencontres et des activités qu’ils organisent. La revue Treize, spécifiquement pour lesbiennes, présentait la nouvelle édition de son magazine trimestriel. Johanne Gaudreault, vice-présidente de la coalition gaie et lesbienne du Québec et membre du Conseil d’administration d’ÉGALE Canada, était sur place pour nous informer à propos de ces deux organismes. Les Loisirs Sacré-Cœur avaient un kiosque bien rempli et nous invitaient à nous inscrire pour participer à des activités entre femmes. Pour les jeunes, un kiosque de Jeunesse Lambda et sa filiale Athéna pour jeunes lesbiennes a amené un vent de fraîcheur par la personne d’Alice Brassard, une jeune allosexuelle prometteuse. Plusieurs bénévoles du GRIS Montréal ont brillé par leurs témoignages inspirants qu’ils communiquent régulièrement aux enfants du Québec pour démystifier l’homosexualité à l’école. Enfin, plusieurs autres organismes et associations étaient sur place. Certains pour dénoncer les injustices, d’autres pour nous parler des vraies affaires, comme le groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes. D’autres, enfin, et c’est la grande majorité, étaient sur place pour apprendre, pour s’informer, pour fêter les femmes, pour rencontrer, pour
visiter les kiosques.
Mais la même question résonne encore dans toutes les têtes : «Pourquoi y a-t-il moins de modèles lesbiens que de mo­dèles gais masculins?» Les lesbiennes ont-elles encore peur de se dévoiler? De dire qui elles sont, une fois sorties du village? Qui sont les personnalités ouvertement lesbiennes au Québec? Perdraient-elles vraiment leur renommée ou leur emploi si elles abordaient le sujet publiquement? Si elles sont encore très peu enclines à en parler, c’est donc que le colloque a visé juste! La visibilité lesbienne est réellement une question bien d’actualité et la tenue d’un colloque sur le sujet, un incontournable.

Quelques liens lesbiens : organismes et associations présentes lors du colloque
GRIS: Groupe de recherche et d’intervention sociale gaies et lesbiennes : www.gris.ca
Loisirs Sacré-Cœur / Diversion Club Culturel et sportif : www.loisirssacrecoeur.org
Gai Écoute : www.gai-ecoute.qc.ca
Association des mères lesbiennes : www.algi.qc.ca/asso/aml
Commission des droits de la personne et de la jeunesse : www.cdpdj.qc.ca
Jeunesse Lambda : www.algi.qc.ca/asso/jlambda
Queer McGill : Association étudiante gaie de l’Université McGill www.queermcgill.ca
Boutique Mad’Âme : 1276, rue Amherst, à Montréal
Revue Treize : www.revuetreize.org
La Gazette des femmes : www.gazettedesfemmes.com
GIVCL : Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes www.givcl.qc.ca
RLQ : Réseau des lesbiennes du Québec www.algi.qc.ca/asso/rlq-qln