Rolande Anctil

Le mystère lesbien enfin percé!

Elisabeth Brousseau
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Quand j’ai demandé à Rolande Anctil le secret du succès du Service des Loisirs Sacré-Cœur auprès des femmes et des lesbiennes en particulier, elle a pouffé de rire. « Le secret?» Dans les associations, les groupes mixtes, les organismes à but non lucratif, les chambres de commerce, les conseils de toutes sortes, les femmes sont en mino­rité, les lesbiennes sont quasi invisibles. Dans plusieurs cas, même au sein d’organisations clairement gaies, des femmes hétérosexuelles s’investissent et on s’en ré­jouit, faute de lesbiennes disponibles. Certains dénoncent la situation, d’autres vou­draient que les gaies mettent la main à la pâte… mais Rolande Anctil, sans le savoir, a réussi à in­verser la tendance. Rencontre avec une femme pas ordinaire. Elle est native d’une petite ville typiquement québécoise, Montmagny, située entre Lévis et La Pocatière, dans Chaudière-Appalaches. À 43 ans, elle s’étonne que je m’intéresse à son enfance et se montre timide face à mes incursions dans sa vie privée. Elle me raconte, un peu forcée, sa jeunesse en deux ou trois anecdotes bien rodées. «Mon premier éveil amoureux, j’étais à la maternelle. J’avais mis tous mes jouets miniatures dans une boîte format chaussures et l’avait offerte à ma maîtresse. Le soir, j’étais rentrée à la maison et j’avais raconté à ma mère que j’allais marier ma prof de maternelle.» Rolande aime les femmes, et ce, bien au-delà de son lesbianisme. Je la considère comme une féministe tranquille, douce, mais invétérée. Pour elle, chaque geste compte et chaque mot a un sens dont il faut tenir compte. Elle est en lutte perpétuelle pour toutes les femmes et plus largement, pour les minorités. Comme dans la réglementation même de l’organisme où elle travaille. Un organisme de loisirs, en théorie, qui n’a pas d’orientation sexuelle ni de préjugés. Mais Rolande ne laisse rien au hasard et a fait inscrire à la charte de location du Service des Loisirs Sacré-Coeur un libellé interdisant la violence physique ou verbale ou toute forme d’intimidation de nature religieuse, ethnique, économique, sexiste ou homophobe. Et la même règle s’applique lorsqu’on recrute de nouveaux employés : «Aux Loisirs Sacré-Cœur, pas de discrimination».
Après avoir fait le tour du Québec et du Canada sous les bannières de son corps de tambours et clairons, Rolande a poursuivi ses études au Cégep de La Pocatière. Puis elle a eu l’ambition de devenir une femme de lettres. Sociologue de formation, elle a fait son baccalauréat en sociologie à l’Université Laval et a poursuivi ses études de maîtrise à la Sorbonne, en France. C’est là qu’elle a rencontré une charmante jeune Française qu’elle a traînée jusqu’à nos froids hivernaux du Québec. Déjà fortement intéressée par les groupes gais et lesbiens, Rolande a travaillé pendant plusieurs années au Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal comme responsable de la bibliothèque. À ses yeux, cette bibliothèque est un trésor national qui gagne à être connu. Plusieurs documents et monographies qui y sont conservés sont probablement les derniers exemplaires de notre connaissance historique sur des tonnes de sujets touchant de près ou de loin l’homosexualité. «Cette bibliothèque mériterait qu’on l’exploite et qu’on la consulte davantage. Nous
gagnerions tellement à nous brancher sur notre passé, à apprendre de notre histoire, à prendre conscience de nos acquis pour les protéger», me dit-elle avec humilité. C’est à cette belle époque que Rolande a elle-même fait plusieurs découvertes importantes et a réalisé un projet portant sur Natalie Clifford Barney, une des lesbiennes les plus inspirantes qui soit, me convainc-t-elle. Elle a monté une lecture publique sur la vie de notre héroïne qui a été présentée en 2000 et reprise en 2004. «C’est important de faire connaître l’histoire des lesbiennes aux femmes de nos communautés. Il faut apprendre de notre passé pour orienter notre futur encore plus solidement.»
Depuis novembre 2001, Rolande travaille pour les Loisirs Sacré-Cœur, un club culturel et sportif ouvert à toutes et à tous, plus communément appelé le Club Diversion. Ce centre revit depuis l’enrôlement définitif de notre battante qui s’est fait un honneur d’y travailler jour et nuit pour créer plus d’activités, plus de choix et solliciter davantage la participation de nos communautés. Des tonnes d’activités sont désormais offertes et on les retrouve dans le guide de programmation du «Ici, Ville-Marie», le répertoire des activités culturelles, sportives, des loisirs et du développement social de l’arrondissement. La programmation y est répertoriée (on retrouve aussi toute la programmation sur le site Web des Loisirs) et permet à tous, à un très modique coût, de participer à des activités, des cours ou de pratiquer des sports qui les intéressent. Hockey cosom féminin, cours de guitare, de flamenco, combat médiéval pour femmes, théâtre, baladi, aquarelle et bien d’autres encore. L’endroit idéal pour s’amuser, se divertir et apprendre tout en faisant connaissance. Aussi, les professeurs et responsables des activités sont des spécialistes du domaine qui connaissent bien leur matière et qui sont inspirants de par leurs propres réalisations. Chaque année, Rolande met sur pied deux soupers communautaires, le premier de cette année se tiendra le 14 avril prochain*. Cette soirée haute en couleurs permettra à tous les groupes qui le souhaitent de faire une présentation de leurs acquis et de leurs apprentissages au courant de la session; plusieurs professeurs en profiteront pour faire la démonstration de leurs talents et de leurs compétences.
Célibataire bien en vue, Rolande travaille comme une acharnée. Plein les bras avec les Loisirs Sacré-Cœur? Apparemment pas encore assez , puisqu’elle travaille également pour Gai Écoute comme adjointe administrative aux campagnes de prévention, au réseautage et aux ressources. En tout, une bonne soixantaine d’heures par semaine de travail dévoué au profit des lesbiennes et des gais. Rolande Anctil, moins éclectique que Natalie Clifford Barney, certes, mais à sa suite, forte et inspirante.


* Souper communautaire des Loisirs Sacré-Cœur, le 14 avril 2007. Ouvert à tous, ce souper s’organise autour du partage et chacun apporte un plat qui se veut être le coût d’entrée. Réservations nécessaires auprès de Rolande Anctil, au 514-872-2928, ou par courriel à [email protected]
Site web www.loisirssacrecoeur.org