Règlement sur le Civisme, le Respect et la Propreté

La boîte et l’outil

Michel Joanny-Furtin
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Le nouveau projet de règlement sur le civisme, le respect et la propreté proposé par l'équipe municipale de l'arrondissement Ville-Marie a suscité pas mal de réactions, surtout sur son aspect punitif. Toutefois, il ne s'agit là que d'un court chapitre, emblématique toutefois, d'un dispositif beaucoup plus engageant et intéressant qu'il n'y paraît. Les commerçants l'attendaient. Les résidants aussi, mais se questionnent encore quant au zèle possible de son application.

Était-ce de la communication paradoxale (dites-en du mal, mais parlez-en!) ou un mauvais timing? Benoît Labonté aurait voulu qu'on parle avec passion de son projet de règlement sur la propreté afin que celui-ci ne tombe pas dans les oubliettes du quotidien, que le maire de Ville-Marie ne s'y serait pas pris autrement.
On a en effet beaucoup parlé des lourdes pénalités qui incombe­ront aux contrevenants. Le Maire lui-même a lancé fin février son projet en mettant en avant tout le dispositif de contrôle et la vo­lon­té ferme de son équipe de l'appliquer «vite et fort», dès le 1er juin, après une courte période de préparation.
Or, ce règlement n'est qu’un outil dans un vaste projet de ré-appropriation des rues et des parcs pour faire d'un quartier «vitrine internationale» comme le centre-ville avec le Village, une référence en termes non seulement de propreté, mais aussi de civisme et de respect. À l'image de Montréal dans l'esprit des gens hors du Québec.
«New York a réussi de cette manière-là à nettoyer son centre-ville», rappelle Bernard Plante, directeur général de la Société de Développement Commercial (SDC du Village). «Ce règlement a tenu compte des expériences déjà tentées dans d'autres villes nord-américaines et qui ont porté fruit. Chez nos membres commerçants et professionnels, on n'a pas eu de réaction notable sur ce règlement. Plusieurs ont déjà commencé à l'appliquer, soit parce qu'ils le faisaient déjà assidûment, soit parce qu'ils se sentent plus incités à le faire d'une façon plus régulière. Derrière l'équipe municipale, nombre de résidants et de commerçants comptent sur l'effet d'entraînement pour développer de saines attitudes de nettoyage.»

Les commerçants l'attendaient...
«On compte aussi beaucoup sur cet effet d'entraînement à la Chambre de commerce Gaie du Québec (CCGQ)», comme l'explique son directeur général Pierre Paquette. «La communauté LGBT est plutôt sensible à ces questions de propreté et de respect. Mais c'était nécessaire. La CCGQ a une responsabilité touristique dans le mandat du Centre d'information Touristique du Village (CITV). Nous donnons donc notre appui complet au projet du maire Labonté. Allons-y fermement, en recommandant toutefois une certaine souplesse pendant la période d'adaptation. En matière de civisme et de propreté, Ville-Marie et le Village vivent aussi une autre réalité, celle de l'itinérance et ses conséquences auxquelles il faudra s'atteler dans un deuxième temps.»
«Dans ce sens, la CCGQ approuve et participe à tous les projets de la SDC du Village et de ses partenaires pour la ré-appropriation des parcs et des centres publics. Quant aux touristes, Tourisme Montréal aura la responsabilité de l'information ciblée sur cette question», termine Pierre Paquette.
«Je me suis fait expliquer par la Ville que les 60 cm exigés, c'est pour inciter les gens à ramasser et à ne pas pousser dans le caniveau des détritus que le vent ramènerait sur les trottoirs», relate Serge, de Serg&Réal libraires sur Amherst. «Mais les mégots sur Sainte-Catherine et devant les bars, c'est la plaie, et les voitures balais n'en ramassent pas la moitié...»
«Cette prise de conscience doit se faire en collaboration avec les cols bleus», rétorque l'équipe municipale. «Il ne s'agit en aucun cas d'un désengagement: on a fait un ajout considérable de poubelles cette année. Et la Ville consacrera 28M$ à son budget propreté, soit 40% du budget de la ville!»

Mais les résidants se questionnent !
Si les commerçants attendent beaucoup de ce règlement, les résidants l'apprécient, mais s'en méfient, comme en a fait part dans la presse Robert Laramée, ancien conseiller municipal résidant sur Panet. Son questionne­ment a trouvé quelques échos lors des questions du public au dernier conseil d'arrondissement début mars.
Trois autres résidants, Sylvain, Armand et Rosaire, s'inquiétaient de la malpropreté due aux activités illégales dans des zones sensibles; de la difficulté pour certains d'appliquer le règlement pour des questions de santé, de travail ou d'absence. On s’interroge aussi sur le rôle des cols bleus dans ce projet.
«Nous, les locataires, les petits propriétaires, les personnes âgées, vous nous obligez à nettoyer le trottoir quand d'autres (entreprises, commerçants, institutions) auront des moyens humains et financiers incomparables pour le faire. Ne risque-t-on pas de fragiliser le concept public et civique, et de favoriser la délation?»
«Allons-y avec du jugement, même si le bon jugement est toujours difficile à réglementer», a répondu Karim Boulos, le conseiller responsable du dossier auprès de l'arrondissement. «On ne veut pas pénaliser les per­son­nes âgées, ni leur demander de passer le balai sous les voitures, mais adopter un règhlement qui nécessite la collaboration des citoyens notamment dans les zones sensibles. Les inspecteurs seront des partenaires pour aider les citoyens. Il s'agit de s'attaquer aux cas problématiques et aux récidivistes. Le règlement ne vise pas à attaquer les résidants et les citoyens respectueux. L'objectif est de nettoyer, pas de verbaliser!

 

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Publié le 19 mars 2007

par Michel Joanny-Furtin