Davyn Ryall attaqué

«Restez vigilant face à l'homophobie

André-Constantin Passiour
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Davyn Ryall menait une petite vie rangée, bien tranquille, en banlieue, à Lemoyne, avec son mari Ricky. Ils y avaient déménagé pour la qualité de vie. Mais voilà que, le 16 janvier dernier, vers 18h10, un inconnu frappe à la porte prétextant un accident d'auto. Puis, tout bascule. Le jeune gaillard de 6 pi. 2 pouces assène un gros coup de poing à M. Ryall, seul à la maison à ce moment-là.

Le visage ensanglanté, il tombe et crie. L'agresseur s'échappe, une auto l'attendait, semble-t-il. Avant de partir, l'agresseur lui crie : «Ostie de pédé!» Amené à l'hôpital par les ambulanciers, les policiers de Longueuil lui déconseillent de rapporter l'affaire comme un crime homophobe... La tolérance et l'ouverture ne semblent pas traverser le pont... Si le nom de Davyn Ryall vous dit quelque chose, c'est qu'il est le directeur artistique de la compagnie théâtrale Village Scène Productions et du Festival La Récolte, en plus d'être bénévole à des événements tels Divers/Cité ou le festival de films Image et Nation. Pour lui, cette mésaventure a été un choc, tant physique, qu’émotionnel et psychologique. «Je n'avais jamais été agressé auparavant. Que ce soit à l'école, au secondaire, ou plus tard, je n'ai jamais eu à subir de tels problèmes. Pour moi, cela a été un coup très dur, depuis l’événement, je suis assez déprimé», indique-t-il. Avec son mari, Davyn a déménagé sur la Rive Sud pour l'espace et la quiétude qu'offre la banlieue, à peine à quelques minutes du pont Jacques-Cartier... «Mais voilà, il semblerait que, du côté sud du pont, les gais ne soient pas très bien acceptés. La police m'a dit qu'il y a de meilleurs secteurs où habiter pour des gens comme nous!», de dire M. Ryall. D'après M. Ryall, cette attaque pourrait être reliée aux relations tendues entre le propriétaire de la maison (ses amis et son entourage) et le couple gai. Ce propriétaire aurait exprimé à plusieurs reprises qu’il n'aime pas le fait qu'ils soient gais. «Sinon, pourquoi, un soir de janvier, choisir ma porte à moi, dans un quartier résidentiel, autrement très calme?, de poursuivre M. Ryall. Je ne vois pas quel était son but, à l'agresseur, sinon que de passer un message. J'étais par terre et il n'a pas essayé d'entrer dans la maison pour voler quoi que ce soit. Qu'est-ce que cela peut-être d'autre qu'un crime homophobe?» Après avoir habité un peu partout à Montréal, y compris dans le Village, Davyn et Ricky songent maintenant à déménager, à quitter Longueuil, du moins de quartier, «parce que maintenant, ici, on ne se sent plus très bien en sécurité dans ce quartier-ci». Avec les droits à l'égalité, au mariage, etc., les gais sont peut-être devenus apathiques, complaisants. Il s’indigne que ce qui lui a arrivé n'a pas eu plus de répercussions au sein de la communauté LGBT et ce, malgré sa réputation et son implication dans diverses causes. «Pourquoi faire l'effort de donner suite [à l'événement], malgré le manque de réactions et d'intérêt. Ce n'est pas seulement impératif pour les situations particulières entourant ce cas-ci, mais aussi pour les prochaines victimes qui n'auront peut-être pas les ressources ou les contacts pour raconter son histoire ou qui auront peut-être peur de s'avancer, ce qui est plus souvent le cas. Il faut rester vigilant face à l,homophobie», de conclure M. Ryall.

 

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Publié le 20 février 2007

par André-Constantin Passiour