Hausse record des parcomètres

Ça grogne dans le Village

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Passant du jour au lendemain de 75 cents à 3$, l’heure de stationnement est devenue un luxe dans le centre-ville de Montréal. Les périodes ont été allongées jusqu’à 21h en semaine et, la fin de semaine, la journée du dimanche est désormais payante! Le chiffre d’affaires des commerçants accuse mal le «coût». «Nous avons été très désagréablement surpris du taux de la hausse, explique Bernard Plante, le nouveau directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Village. À 400%, c’est du jamais vu! Depuis le transfert de compétences de la ville centrale aux arrondissements, ceux-ci sont devenus maîtres d’une partie de leur taxation. D’autres arrondissements comme le Plateau ont su rester raisonnables, même dans les zones à forte affluence comme la rue Saint-Denis».

«On ne peut pas s’empêcher de penser que c’est une opération «tiroir-caisse» pour trouver de l’argent facilement», pense une employée de la rue Sainte-Catherine. «Il n’y avait pas eu de hausse depuis 14 ans», répond-on à la mairie. Cela justifie-t-il une augmentation aussi importante, alors qu’on aurait pu l’étaler sur une plus grande période? Dans un registre similaire, la SAAQ avait annoncé une augmentation de 300% sur trois ans pour les motos afin de rattraper un manque à gagner de plusieurs années. Mais elle a réparti cette hausse sur trois années consécutives.
«On nous dit que ces sommes sont destinées à la propreté et l’embellissement de la ville», poursuit Bernard Plante. «On ne peut qu’applaudir cette belle intention, mais quand cela sera-t-il visible sur notre cadre de vie?», questionnent les membres de la SDC. «Une pétition circule ces jours-ci chez les commerçants que nous porterons au maire d’arrondissement Benoît Labonté pour revoir cette décision excessive au profit d’un ajustement progressif», ajoute le directeur général de la SDC

Montréal n’est pas la plus chère
«Et pourtant, le stationnement à Montréal a longtemps été moins cher qu’à Québec», dit cet enfant de la capitale nationale. Affirmation que confirme Benoît Labonté, maire de l’arrondissement : «Depuis 1992, à part une légère hausse en 2006, le stationnement avait été sous-évalué à Montréal. Et même avec les nouveaux tarifs, Montréal reste la moins chère des villes canadiennes et nord-américaines en termes de parcomètres. Parcomètres qui avaient été autrefois demandés par les commerçants pour stimuler la rotation de l’achalandage», rappelle-t-il, en affirmant qu’il n’y a eu, à moyen terme, aucun impact dans les autres villes lorsqu’elles ont appliqué des hausses.

Le maire Labonté s’explique
Pour le maire Labonté, l’augmentation de ces tarifs reste une décision de la ville centrale qui, de plus, aurait tout pouvoir sur les tarifs appliqués sur le réseau artériel principal, le pouvoir de l’arrondissement se limitant alors au réseau secondaire. Il va sans dire que le centre-ville, et donc le Village, est plus que concerné.
Toujours selon le maire, l’arrondissement semble pouvoir toutefois décider d’appliquer totalement ou partiellement cette taxation et d’en limiter les effets. Ce qu’il aurait fait sur les rues à l’est de l’arrondissement, dont une partie de la rue Ontario, alors que le reste de Ville-Marie s’ajuste aux tarifs des quartiers ouest plus aisés.Monsieur Labonté ajoute que, de fait, l’arrondissement ne s’opposait pas techniquement ni politiquement à cette décision municipale... Selon des projections comptables, ce serait annuellement trois millions de dollars qui entreront dans le budget global de l’arrondissement. « Sommes dont une partie sera consacrée à la propreté et à l’embellissement dans le cadre d’un nouveau programme qu’on vous présentera bientôt », ajoute Benoît Labonté.

Moins d’autos... pour un temps!
Dans l’immédiat, le seul avantage d’une désertification causée par une frilosité autant climatique que financière, c’est un plus grand nombre de places disponibles parce que, entre autres, les gens restent moins longtemps. Mais cet état de fait n’enchante guère certains commerçants. La librairie SergetRéal enregistre une chute de 30 à 40% de son chiffre d’affaires du dimanche. «Les clients sont plus pressés et s’impatientent vite, explique le libraire. Ça stresse tout le monde. Ils flânent moins entre les rayons et réduisent leur visite et donc leurs achats. Une cliente de la Rive-Sud m’a même dit qu’elle ne viendrait plus au cinéma dans le quartier à cause du surcoût que cette hausse entraîne». Même discours chez Michel-Ange Coiffure: «On a des clients anciens et fidèles qui continueront à venir, mais ils sont plus exigeants et nerveux sur le respect de l’heure du rendez-vous.»
«Il coûte plus cher à mes clients de stationner leur voiture que de louer une chambre quand ils viennent au sauna, explique Ronald, le gérant du Sauna Centre-Ville. Moi-même, ça me coûte 24$ par jour pour venir travailler dans mon propre commerce!»

Gratuit le dimanche matin
Le directeur général de la SDC du Village et le maire de l’arrondissement sont toutefois d’accord sur un point : la société et le monde du travail ont évolué. Contrairement aux premières années des parcomètres, le rythme professionnel et urbain se vit désormais chaque jour et plus tard en soirée. À l’heure des «accommodements raisonnables», les «ajustements progressifs» auraient donc été les bienvenus.
Pour info, notez que les horaires payants s’étalent donc de 9h à 21h, du lundi au vendredi, jusqu’à 18h, le samedi et de 13h à 18h, le dimanche. Ainsi, pour se consoler, les conducteurs se souviendront qu’à l’heure de la messe, le stationnement est encore gratuit...

 

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Publié le 20 février 2007

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